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Jeanne, Jacqueline de Romilly

JeanneJeanne, c’est un hommage vibrant, mais timide, de Jacqueline de Romilly à sa mère. C’est le récit de la vie de cette femme libre, indécente, gracieuse et habile. C’est le point de vue d’une enfant, d’une adulte si bien entourée et aimée. C’est un texte absolument tendre, touchant, humain.

L’auteur raconte les événements et les rencontres qui ont ponctués la vie de Jeanne d’une manière si douce que l’on se croirait confident. Parfois indécise, parfois confuse, Jacqueline de Romilly montre à voir ses propres regrets et remords à l’égard de sa mère maintenant perdue. Parce qu’elle n’a pas toujours tout réussi, la mère. Parce qu’elle n’a pas toujours tout compris, la fille. Et elle ne se le pardonne pas vraiment. Néanmoins, grâce à son écriture fine, riche d’amour et de mots tendres, nous la pardonnons. On aime tant l’entendre parler de sa mère brisée par la guerre mais toujours forte, solide, profondément vivante.Jacqueline de Romilly

Jeanne est une mère douce, discrète, jolie et amusante. C’est une mère passionnée, écrivain, apprentie comédienne. C’est une mère aimante, qui ne vit que pour sa fille chérie, vestige d’un homme tant aimé et trop tôt parti… C’est une femme appréciée, entourée, courtisée, mais aussi une dame libre, indépendante, indocile.

Jacqueline de Romilly dresse donc un très beau portrait de cette fameuse Jeanne. On aurait presque envie de lire ses romans inconnus aujourd’hui. On est touché par les troubles de l’auteur, qui mêle les époques et les gens qui l’ont entourée autrefois et ne cesse de s’en excuser. On la comprend si bien aussi lorsqu’elle constate tristement qu’elle n’a pas été assez présente ou bienveillante à l’égard de sa vieille mère.

Jeanne est un livre personnel, intime, qui nous plonge au cœur de l’amour qui unit Jacqueline et sa maman. Publié après la mort de l’auteur, on se sent terriblement ému par ce récit tenu secret et l’on ne peut alors qu’admirer les deux femmes.

ROMILLY (de) Jacqueline, Jeanne, Editions de Fallois, 2011 (écrit en 1977), 245 pages

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L’écriture en soi (multiplier la création) – collectif

L'écriture en soiEn voici un bien curieux livre ! Certes, selon le descriptif de l’ouvrage, je m’attendais à réfléchir à la notion d’écriture, à ce qu’elle implique, etc. Mais de manière ludique. L’écriture en soi est en fait un bouquin très théorique. Donc forcément, mieux vaut être prévenu.

Voilà ce que l’éditeur dit du livre :

“Fidèle à lui-même, Bruno Gaia donne ce portrait réjouissant d’un écrivain qui se fait interviewer par une jeune et belle journaliste. Laurent Herrou a choisi également l’imaginaire pour narrer l’histoire sensuelle d’une écrivaine et de son amant. Quant à Michel Zumkir, il est question d’une réflexion qui touche aussi bien à son travail de créateur littéraire que sa place dans la communauté. Nicolas Brulebois, lui, préfère faire part à chacun de ses fantasmes et – subsidiairement – de ses influences artistiques. Enfin, Wilfried Salomé rend implicitement hommage à feu Guillaume Dustan (sous-titre "Génie divin 2") et propose, par conséquent, "sa" vision du monde.”

Attardons-nous d’abord sur le titre : “l’écriture en soi”. Tout est dit. Les cinq auteurs de ce livre réfléchissent, chacun à leur manière, à ce que cela peut vouloir dire. Est-ce l’écriture que l’on a en soi, l’envie et le besoin d’écrire qui veut sortir à tout prix ? Ou est-ce plutôt l’écriture en tant qu’acte, en tant que problématique ? Haha. Bonne question.

Pour résumer un peu le travail, L’écriture en soi rassemble donc cinq textes, de cinq auteurs différents mais tous un peu fous : Bruno Gaia, Laurent Herrou, Michel Zumkir, Nicolas Brulebois et Wilfried Salomé.

Pourquoi fous ? Je m’explique. Car chez moi, il faut le savoir, le terme n’est pas péjoratif. Il correspond seulement à mon ressenti : j’en suis ressortie étourdie, assommée par ce que je venais de lire. Comprenez-moi ! Les auteurs débitent des tas de théories, d’idées, de phrases longues et pleines de mots compliqués… Il faut donc bien s’accrocher. LOGO_EP-LA_CMJN

Sinon, je vous avais déjà parlé de Bruno Gaia. Ici, il n’a pas changé : toujours aussi pessimiste, en colère contre notre société, à l’écriture acide, efficace et parfois violente. Le voilà qui, tout comme Laurent Herrou et Michel Zumkir, choisit la fiction pour parler de l’écriture. Enfin… ils essayent. Bien sûr, il y a des personnages. Mais la plupart du temps, ils restent très peu dessinés ; le discours, lui, est théorique, complexe. Ce sont les auteurs qui parlent. On ne croit donc pas du tout aux histoires, aussi simples et floues soient-elles. Les auteurs surgissent d’on ne sait où et s’expriment directement. Et si cela n’est pas voulu, c’est du moins ce que l’on ressent. De vraies fractures qui embrouillent l’esprit plus qu’elles facilitent la lecture.

Les deux autres, Nicolas Brulebois et Wilfried Salomé, déclarent, eux, haut et fort ce qu’ils pensent, à la première personne. Ils abordent donc la question du modèle littéraire, du pouvoir de la littérature, leurs obsessions, leurs passions… Mais il faut être ultra-concentré pour comprendre leurs idées. C’est un peu dommage.

Ah oui ! Autre chose ! Il faut croire que pour les écrivains, l’écriture est indéniablement liée au sexe, au rapport charnel. Tous ou presque y font référence, de manière plus ou moins explicite, parfois même très exagérée. Bon. Si vous l’dites. Je ne suis pas vraiment convaincue. Le message, si je l’ai compris, c’est :

écrire, c’est se mettre à nu, se livrer, se délivrer.

Très bien. Mais était-il nécessaire de rentrer dans les détails, d’ensevelir le lecteur sous un amas de langage cru, de corps suants, collés, mélangés, de jouissance, de désir… tout cela sans aucun érotisme ? Une page, ça va, deux aussi, mais tout un texte là-dessus, c’est vite ennuyeux malheureusement.

Bref, L’écriture en soi tourne un peu en rond. Les textes en eux-mêmes sont décousus, lourds, compliqués. Sans pour autant exclure le fond de la pensée des écrivains, on aurait envie d’un peu plus de contextes, d’histoires, de personnages étoffés, pour mieux rentrer dans la tête des auteurs et pour, peut-être, mieux approuver leur vision du monde.

GAIA Bruno, HERROU Laurent, ZUMKIR Michel, BRULEBOIS Nicolas, SALOME Wilfried, L’écriture en soi, multiplier la création, Editions E P & L A, 2011, 70 pages pdf.

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Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire, Jonas Jonasson

Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaireLà, déjà, il faut dire que la couverture est drôle. Moi, elle m’a intriguée. J’ai lu à plusieurs reprises qu’elle n’était pas appréciée de tout le monde. Eh bien moi, je l’aime. Elle est déjantée, c’est mon état d’esprit. Sourire

Et puis le titre est drôle et même le nom de l’auteur, qui comprend son prénom (vous avez remarqué vous aussi ou je suis complètement bizarre !?). Dingue.

Le livre maintenant.

Le lundi 2 mai 2005, une maison de retraite suédoise décide de célébrer les cent ans d’Allan Karlsson, leur plus vaillant pensionnaire. Mais cela n’est pas du tout du goût du vieux, qui décide subitement de s’enfuir par la fenêtre de sa chambre.

Voilà comment débute la rocambolesque histoire de cet incroyable et dynamique vieillard. Car tenez-vous bien, ce n’est que le début. Heureux de vivre à nouveau, Allan se rend à la gare routière de son village pour s’enfuir loin d’ici, peu importe où. Il fait la rencontre d’un jeune homme un peu louche encombré d’une lourde valise. La vessie pleine, celui-ci demande au vieux de la lui garder le temps d’un détour aux toilettes. Pas de chance ! Le car d’Allan arrive justement. Il s’enfuit donc avec la fameuse valise. Le hic : notre héros ignore que son contenu va lui attirer un certain nombre de problèmes. Commence alors une aventure farfelue à travers la Suède. Poursuivi par un enquêteur fatigué, une presse locale avide de faits divers et une bande de voyous bêtes comme leurs pieds, Allan fait petit à petit des rencontres riches en événements.

L’écriture de Jonas Jonasson est piquante, absurde, infiniment drôle, parfois moqueuse, parfois touchante, bref, on traverse les chapitres le sourire aux lèvres. L’auteur s’amuse à alterner la course-poursuite d’Allan avec l’histoire de toute sa vie. Et ce n’est que meilleur. On découvre un vieux qui ne l’a pas toujours été, vigoureux, chanceux, original et rigolo. Roi des explosifs en tout genre, Allan est en fait lié de près ou de loin à de nombreux événements historiques, qui lui ont permis de côtoyer Franco, Staline, Truman, Mao, Churchill, Kim Jong-il… et bien d’autres encore.

Tout simplement, pour découvrir ce que cache ce joli roman, fiez-vous à la couverture. Colorée, folle, décalée, mystérieuse, elle reflète bien l’imaginaire de l’auteur. Loin d’être glacial, obscur et maussade, ce roman nordique plaira à ceux qui aiment les aventures loufoques. Ici, l’histoire du monde est réécrite avec un humour débordant, on ne demande pas mieux.

JONASSON Jonas (avouez que c’est amusant !), Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire, Presses de la Cité, 2011, traduit du suédois par Caroline Berg, 454 pages

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Les revenants, Laura Kasischke

Les revenantsBonjour à tous ! Eh bien ça y est, nous sommes en décembre, depuis quelques jours déjà. L’année 2011 est passée si vite que je n’ai pas eu le temps de lire tous les livres que je voulais lire, d’acheter tous les livres que j’avais prévu de lire un jour, de voir tous les gens que je ne vois plus… C’est dingue.

En attendant, moi, vu que j’aime la neige, ben j’aime décembre. Pas de chance, cette année, pas de neige. Du coup, j’aime pas trop ce décembre-là. Il est assez gris, froid, pluvieux. Je me calfeutre sous la couette avec un livre pas loin et du travail. Faut pas croire, la dernière année d’étude, c’est pas comme les autres. On a du temps, certes, mais on a du boulot. Plein.

Bon, sinon, j’ai quand même lu un livre depuis celui de Véronique Ovaldé (ouaaahhhouuu). Un livre, c’est vraiment beaucoup, n’est-ce pas !? Bon, on arrête de faire les grincheux, maintenant. Un livre, c’est déjà bien. Non ? Et puis on n’est pas là pour compter, seulement pour se régaler.

Tout ça pour dire (oui, je suis bavarde et alors !?) que j’ai lu Les revenants de Laura Kasischke (le “i” est coincé entre 2 “s”, puis “ch” puis “ke”… c’est dur à retenir, bon sang !).

L’histoire (je vais essayer de faire simple, c’est pas gagné !) : Un couple d’adolescents américains, Craig et Nicole, a un accident de voiture. Jusque là, rien de super extraordinaire même si c’est pas joyeux-joyeux. Il y a une témoin, Shelly, une adulte un peu névrosée. Elle essaye de témoigner mais personne ne veut entendre ce qu’elle a à dire. La jeune fille, Nicole, est morte. Craig, l’amoureux transi inconsolable est accusé de meurtre. Voilà le tableau.

Le nœud, le bazar, le truc qui fait mouche et qui fait démarrer l’histoire : Perry, le coloc’ de Craig, croit voir Nicole à plusieurs reprises et il n’est pas le seul. Il décide d’enquêter à l’aide d’un ami et d’une prof obnubilée par la mort. Là, on se dit : mais c’est quoi ce bazar !?

En fait, Les revenants est un roman très mystérieux, basé sur la disparition d’une fille. En gros, la question, c’est "Nicole est-elle vraiment morte ?”. Tous ceux qui essayent d’en savoir plus sont parfois piégés, parfois harcelés, tourmentés, on sent bien qu’il y a un problème.

Voilà !

J’ai bien aimé (superbe critique n’est-ce pas ?). Mais j’ai été déçue par la fin. Je m’attendais à un rebondissement soudain, un truc-de-fou qui fait sursauter, qui nous brûle les yeux tellement c’est dingue, bref, voilà. Mais non. Le fil de l’histoire et le suspense se déroulent petit à petit. Résultat : à la fin, rien. L’auteur confirme ce qu’on a compris dans les 200 dernières pages (j’exagère mais c’est un peu ça).

Juste une chose : le livre est beau. Je ne sais pas pourquoi, j’ai passé du temps à l’admirer entre deux chapitres ou avant d’entamer ma lecture. Les pages sont bien blanches, la couverture est mystérieuse, épurée… ça m’a plu.

Je conseille donc Les revenants à tous les fans de romans américains qui parlent de campus et d’étudiants bizarres, à tous les intrigués, à ceux qui aiment les beaux romans, les histoires sombres, parfois palpitantes, aux gens attirés par les histoires morbides ou celles sur les esprits/les fantômes, et bien sûr, à tous ceux qui veulent savoir si Nicole est morte ou non.

KASISCHKE Laura, Les revenants, Christian Bourgeois Editeur, 2011, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Eric CHEDAILLE, 588 pages

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Des vies d’oiseaux, Véronique Ovaldé

Des vies d'oiseauxToc-toc. Me revoilà. Je vais pas vous faire tout un blabla pour vous expliquer ma si longue absence, qui, je vous l’assure, a ses raisons. Deux seules infos : je suis toujours étudiante mais à Lille, cette fois, et dans la rédaction. Mon objectif est désormais clair : rédiger. Sites, brochures, magazines, services communication, attention, me voilà ! Sourire

Bon, sinon, je sais bien : les critiques des Vies d’oiseaux de Véronique Ovaldé fleurissent sur tous les blogs, sites et plateformes spécialisés. Mais que voulez-vous !? Moi aussi je veux donner mon avis ! Critiqué dans le cadre d’un Prix de la Critique (comment ça, je répète trop “critique” ?), je vous donne ma version.

Comme une fresque picturale, Des vies d’oiseaux dresse le portrait d’une femme, d’une fille, lentement englouties dans le tourbillon de leurs vies. Parfois, elles essayent de s’en extirper, par un regard, une disparition, une envie. Vida, elle, est perdue dans sa gigantesque villa aux couleurs espagnoles, délaissée par son mari, abandonnée par sa fille bien-aimée qu’elle n’a pas toujours compris. Paloma, brisée par la mort de sa meilleure amie et irritée par l’incompréhension de ses vieux parents, a, elle, choisit de s’échapper, de fuir ce monde qu’elle ne supporte plus.

L’histoire s’arrête presque là. L’enquêteur Taïbo entre en scène et bouscule un peu cette mélancolie ambiante. Il essaye de comprendre qui s’installe dans les riches maisons de Villanueva, lorsque leurs propriétaires sont en vacances. Vida fait d’ailleurs partie des « victimes » : les lits ont accueilli des intrus, le frigo est vide, il y a eu de la vie dans ses murs durant son absence. Bien sûr, on comprend tout de suite de quels intrus il s’agit : Paloma, la fille, et son amoureux. Aucun suspense, donc, dans ce livre d’une lenteur inconcevable.

Voilà, c’est à peu près tout. Vida, qui ne fait rien de ses journées à part se morfondre et ressasser son passé sinistre, décide sur un coup de tête de suivre Taïbo jusque dans son village natal, à la poursuite de sa fille. Comme un unique espoir, une seule petite lumière qui la fait sortir de son trou.

L’histoire est belle, les personnages rongés, attachants et leurs désirs de liberté nous parlent, évidemment. Mais que cela est long et lent ! On aurait envie d’un bon coup de fouet pour nous réveiller et pour faire sursauter ces deux femmes fantômes une bonne fois pour toutes. Le livre entier est brumeux, plein de mélancolie, de regrets et de frustrations. On est quand même soulagés par la fin, qui, d’un coup, paraît plus que jamais vivante ! « Enfin ! », crie-t-on alors. Mais l’histoire est finie.

Et vous, qu’en pensez-vous ?

OVALDÉ Véronique, Des vies d’oiseaux, Editions de l’Olivier, 2011, 236 pages

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Guide de survie des Européens à Montréal, Hubert Mansion

guide survie montréalIl faut le savoir : je suis obnubilée par le Canada, notamment le Québec, notamment Montréal. J’en parle un peu partout, j’écoute des groupes ou chanteurs/chanteuses québécois, j’aime les auteurs et dessinateurs québécois, j’aime leur accent, la neige, le froid, la gentillesse et la solidarité. Il y a juste un tout petit hic : je n’y suis jamais allée.

On peut bien sûr se demander ce qui me prend depuis quelques temps. Je n’ai pas la réponse. Comment peut-on aimer un pays qu’on ne connait pas !? Mystère… Sissi était bien passionnée par la Hongrie avant même d’en devenir la reine !

Bon, tout ça pour vous dire que j’ai acheté un guide, pour faire comme si j’y allais. Il y en a un certain nombre, des plus connus avec un sac à dos aux autres. Et j’ai choisi… le Guide de Survie des Européens à Montréal.

Pour résumer : c’est drôle, décalé et ça donne vraiment envie.

L’auteur est taquin, il s’amuse des pharmacies qui abritent des bureaux de poste et vendent des tickets de transport, énumère toutes les aberrations qui font le charme de Montréal, traduit un bon nombre de termes qui ne sont pas loin d’être des faux-amis (“allô” veut dire bonjour, “bonjour” veut dire “au revoir” !). Il explique comment ouvrir une ligne téléphonique, comment se perdre dans Montréal, comment faire ses courses, comment se loger, etc., etc.

Je l’ai lu dans les transports, comme un bouquin “normal”. J’ai plusieurs fois esquissé un sourire voire un tout petit rire discret. Vous allez peut-être trouver ça bizarre, mais c’est très TRES rare quand je ris de quelque chose d’écrit. Je ris à l’oral, c’est comme ça. 🙂

Je vous le conseille si, comme moi, ce pays lointain et si proche à la fois vous happe. Sinon, ça peut peut-être vous faire marrer mais bon, ça aura quand même moins d’intérêt, du coup.

Allez, bientôt, je reviens aux romans.

MANSION Hubert, Guide de survie des Européens à Montréal, Editions Ulysse, 2010, 191 pages

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Le fauteuil hanté, Gaston Leroux

Fauteuil_hantéHaaa… Gaston Leroux. C’est le troisième livre que je lis de lui. J’avais déjà aimé La poupée sanglante et La machine à assassiner. Ca se confirme avec celui-ci.

Dès le début de l’histoire, on assiste à la mort subite de Maxime d’Aulnay, tout juste nommé académicien. Cela est d’autant plus effroyable que son prédécesseur est décédé de la même façon, il y a peu de temps.

Ce siège, aillant appartenu à Monseigneur d’Abbeville, semble tout à fait malfaisant ! Et ce depuis qu’on l’a refusé à un mage au nom à coucher dehors (Eliphas de Saint-Elme de Taillebourg de la Nox, exactement). Aurait-il été frappé d’une malédiction, où celui qui voudrait s’en emparer mourrait instantanément ?Leroux

Toujours est-il que Hippolyte Patard, le secrétaire perpétuel de l’Académie française, nous fait une petite déprime. Ne pourra-t-il jamais reléguer ce fameux fauteuil…? Les immortels (les académiciens, quoi) seront-ils éternellement 39, désormais ? Toujours est-il que lorsque Martin Latouche, un homme de lettres, se présente au poste, il est immédiatement admis. Mais cet homme est auréolé de mystère… Pourquoi sa servante affirme-t-elle qu’il s’est enfermé avec deux autres hommes l’autre jour ? Qu’ont-ils manigancé ? Et puis, quelle est cette affreuse petite musique qui tourne en boucle sous ses fenêtres ?

Bon, ce n’est pas trop vous dévoiler l’intrigue que d’affirmer que ce fameux Martin va lui aussi rendre l’âme, on ne sait pas trop comment. Bref, à ce moment-là, on a envie de savoir ce que c’est que ce bazar-là ! Une malédiction jetée par un mage frustré ? Hmmm… ce serait trop simple.

Apparait donc un petit monsieur rondouillard, qu’on imagine avec une bonne bouille, du genre Sherlock Holmes (vous le voyez pas comme ça, vous ?)… Monsieur Gaspard Lalouette ! Déjà, il a un joli nom. Il est antiquaire, marchand de breloques et assez curieux. Le voilà qui va mener son enquête et, pourquoi pas, se proposer au siège hanté !

Gaston Leroux est un spécialiste des enquêtes façon polar, des histoires à dormir debout, des personnages futés, drôles et touchants. Le suspense n’est pas intenable mais l’histoire reste mystérieuse et, après tout, on voudrait bien comprendre. C’est ce qui nous fait rester jusqu’au bout, accompagnés d’un Monsieur Lalouette formidable, un poil courageux, un brin peureux, fier et timide à la fois.

Envie de passer un bon moment, de découvrir une histoire dans le style de celles qu’on vous racontait étant enfant ? Je vous conseille Le fauteuil hanté ! Et puis si vous aimez ce style un peu farfelu, amusant et énigmatique, testez La poupée sanglante. De mon côté, va bien falloir que je lise Le mystère de la chambre jaune, quand même.

Et puis je viens d’apprendre que le roman a été adapté par Claude Chabrol en 2010 et diffusé sur France 2 parmi leurs fameux “contes et nouvelles du XIXe siècle”. Ca me dirait bien de le voir, tiens !

[La couverture du livre que j’ai mis là n’est pas celle que j’ai à mes côtés, la mienne date de 1979 et je ne la trouve nulle part sur le net.]

LEROUX Gaston, Le fauteuil hanté, Editions Gallimard, 1979, publié la première fois en 1909-1910 dans le mensuel Je Sais Tout, 164 pages.

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Au hasard, Bruno Gaia

couv_auHasardEt bien ça y est, je me suis lancée dans la lecture de livre numérique. Qui y’a-t-il de si extraordinaire à cela, me direz-vous ! C’est vrai que le phénomène se répand de plus en plus, il va finir par ne plus étonner personne.

J’ai testé, donc, Au hasard de Bruno Gaia, sur ordinateur en format pdf et sur Iphone (y’en avait un qui traînait sur la table alors hop, me suis servie). Certes, le livre n’est pas très long, mais je constate avec surprise que je l’ai lu assez vite, principalement sur le tout petit écran qui me servait de livre dans les transports. La lecture est ludique (parce que tourner les pages juste en effleurant l’écran, c’est marrant quand même !), ça passe le temps et le temps passe.

Le livre en lui-même, maintenant.

Il se compose donc de deux “parties”, dirons-nous : la première, un court roman, intitulé “Intense Navette”. La deuxième est une succession de cinq nouvelles toutes plus grinçantes les unes que les autres. Un format déjà original, en plus d’être numérique.

“Intense Navette”, d’abord. Le narrateur suit deux hommes qui travaillent dans la même usine à fromages mais ne se connaissent pas. Paul, le responsable clients de l’entreprise, Georges, un simple ouvrier. Dès le début, l’usine ferme parce qu’un cure-dents s’est glissé dans un fromage et a transpercé la joue d’une femme. Ce cure-dents, c’est Georges qui l’a malencontreusement fait tomber dans la soupière (en quelque sorte).

Les deux hommes suivent donc chacun leur parcours. Georges, par chance, retrouve du travail dans une boîte qui vend des boîtes (c’est quand même mieux que le fromage, non ?) et découvre son potentiel séduction grâce au fitness.

Paul, lui, vit une sorte de descente en enfer, qui se rattrape petit à petit : sa femme, assoiffée de sexe, le trompe et le quitte (pour Georges évidemment). Il devient chauffeur de bus, suite à une opportunité, et décide de se remettre au dessin, son seul talent malheureusement caché.

Paul est touchant, foudroyé d’amour pour la jeune Laura, une femme qui prend son bus pour aller au travail (et devinez où…? La boîte à boîtes bien sûr).

L’histoire est donc assez originale, même plutôt marrante hormis le fait que les destins croisés des deux hommes ne soient pas des plus gais. Mais elle est aussi dissipée, l’histoire… perdue au milieu de considérations sociales et de critiques piquantes et constantes de la part de l’auteur. On est sans cesse déconnecté de la fiction, pour revenir à ce qui nous entoure réellement. Et Bruno Gaia n’est pas des plus optimistes : les femmes, les hommes, Paris, les employeurs hypocrites, la famille, les racistes, les psy, les villages, les couples… L’écriture est sarcastique et casse le rythme.

L’auteur peut aussi parfois écrire violemment. Je pense là à la description du caractère de Georges, assoiffé de vengeance : lui qui avait toujours dû se contenter (le verbe est d’une méchanceté fulgurante) de femmes flasques, il a désormais faim de jeune chair. Le passage est ardu, je vous la fais soft.

En fait, l’omniprésence de l’auteur (“je” qui s’adresse à “nous”, lecteurs) est pénible. J’imagine que c’est un choix qui caractérise l’écriture, mais finalement, on est surtout happé par les histoires de Paul et Georges.

La fin est dramatique, violente, non pas dans l’action, mais dans les termes. Qu’aurions-nous fait, nous, lecteurs, si on avait un choix à faire… pas si anodin… ?

Un court roman très grinçant, difficile à lire parce que proche de l’essai critique.

Ah, et puis les nouvelles ? Et bien, les cinq sont dans la même veine. Un personnage au centre du récit, déçu par la vie, en proie à des pensées noires. J’ai préféré la dernière, “Glossy Crash”, qui est, je trouve, la plus cruelle. Et donc la plus drôle. Etre une femme qui aime l’argent, la beauté, le succès et qui emmerde tout le monde… et alors ?!

Bruno Gaia a donc une écriture très aiguisée, tranchante, particulière. On en sort un peu étourdi par tant de noirceur et de pessimisme. Toutefois, la critique est entendue et parfois fine.

GAIA Bruno, Au hasard, Éditions E P & L A, 2011, 131 pages pdf.

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Hush, Kate White

HushHush. Chut. Silence. Ne rien dire, tout garder pour soi. Une véritable question de vie ou de mort. Voilà le sacré problème de Lake Warren, une jeune mère américaine en plein divorce, consultante en marketing dans une clinique d’insémination artificielle à New-York. On la découvre en manque d’amour et de passion, sous le charme de l’irrésistible Dr. Keaton, l’un de ses collègues. Dès les premiers chapitres, on les observe en plein flirt à plusieurs occasions. Ils finissent d’ailleurs par coucher ensemble. Cette fameuse nuit-là, Lake se réveille, encore étourdie de ce qu’elle vient de vivre, et découvre avec horreur son nouvel amant égorgé, juste à ses côtés.

Tout à coup, tout va alors devenir extrêmement compliqué dans la vie de cette femme. Parce que son ex-mari demande la garde des enfants de manière inopinée, que son avocat lui a conseillé une conduite exemplaire pendant quelques temps, elle ne peut révéler ce qu’elle faisait cette nuit-là, avec cet homme-là. On la croirait irresponsable, insensée et elle perdrait alors la garde de Will et Amy.

Tous ceux qui l’entourent deviennent suspects à ses yeux. Pourquoi la secrétaire la surprend-elle toujours lorsqu’elle a besoin d’intimité au bureau ? Pourquoi les médecins réagissent-ils bizarrement ? Pourquoi son ex-mari surgit-il chez elle, comme s’il voulait fouiner dans ses papiers ? Qui l’appelle en pleine nuit pour lui demander où est son fils ? Et surtout, qui rase son pauvre chat, qui la poursuit dans le quartier sombre de SoHo ?

Lake devient paranoïaque et nous avec. On la soutient en angoissant avec elle. Ceux qui la regardent d’un mauvais œil, notamment deux policiers austères, vont finir par la croire coupable. Et elle ne peut rien prouver… Nous voilà donc pris dans un tourbillon sans cesse alimenté par un nouveau chapitre inquiétant. Les pages défilent, tant on est pressé de connaître tout ce qui se cache là-dessous.

Hush est une belle découverte qui a l’avantage de nous faire frissonner – de plaisir bien entendu. L’histoire se déroule naturellement, l’écriture est fluide et bien aiguisée, surtout à la fin de chaque chapitre. Impossible de s’arrêter là où on l’avait décidé. Kate White nous entraîne, piquant notre curiosité aux bons moments. La fin, toutefois, semble un peu précipitée. Plus de nuances aurait été bienvenue. Mais on ne peut que conseiller ce roman palpitant qui ne pourra que plaire aux amateurs de thriller.

WHITE Kate, Hush, Editions Marabout, 2010, 381 pages.

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Dix mille guitares, Catherine Clément

dix mille guitaresDès le début, difficile de s’y retrouver. Vous ne connaissez rien à propos de Sébastien 1er, jeune roi du Portugal au XVIe siècle ? Rien non plus sur l’histoire de l’Espagne ou plus largement, celle des rois, reines et empereurs de l’époque ? Alors accrochez-vous. Le prologue, déjà : tous les deux mots, un nom propre. Difficile de s’imprégner tant cela est lourd et foisonnant. Passons donc au premier chapitre : mais oui, vous ne rêvez pas, un rhinocéros nous parle. On ne sait pas trop s’il a vraiment été humain avant ou s’il divague. Les premières pages, donc, sont loin de confirmer le choix du lecteur, celui d’avoir bien voulu ouvrir le livre. On soupire, en espérant vivement que l’action démarre et surtout, surtout, que l’on s’y retrouve, que l’on comprenne qui fait quoi et qui est qui.

Et puis progressivement, tout s’éclaircit. Le roman (car il s’agit bien d’un roman, même historique), suit le parcours d’un jeune roi, Sébastien, un peu fou et insouciant, très aimé des Portugais et dont la seule envie est de mener une croisade au Maroc. Dans son jardin, un rhinocéros tourne en rond. Etonnamment, c’est lui qui commence par prendre la parole. Elle vient ensuite du roi d’Espagne, Philippe II, oncle de Sébastien. Puis du jeune roi lui-même, d’un jésuite, d’un chien, de l’ambassadeur d’Autriche, d’un sultan marocain… Les points de vue changent constamment.

On suit donc Sébastien dans sa funèbre croisade : il n’en reviendra pas. Est-il mort ? Ne l’est-il pas ? Catherine Clément propose de lui laisser la vie, mais au Maroc. A partir de cet instant, il n’est plus jamais appelé par son nom royal mais par « l’Infirme ». Il survit à la bataille, défiguré et un bras en moins, et s’installe avec la fille du sultan, Jasmine, dans un coin perdu du désert. Le jeune roi semble heureux et épanoui. Il donne progressivement naissance à cinq enfants.

En Europe, le monde continue de tourner. On attend tristement le roi disparu mais rapidement, il est remplacé. On assiste aux déboires de Philippe II, puis à ceux de Christine, reine de Suède, dans le contexte de la Guerre de Trente Ans. Tous deux détiennent, chacun leur tour, ce qui reste du rhinocéros, une jolie corne en guise de coupe. La corne nous parle encore, regrettant son propriétaire initial, décrivant les folies des souverains.

Dix mille guitares, vous l’aurez compris, c’est donc un fouillis de personnages historiques, de lieux et de dates. On a beaucoup de mal à se lancer. Rien ne nous happe, tout est dispersé. On parvient tout de même à s’attacher à Sébastien, le seul personnage qui suit son instinct et ses envies, même si elles ne correspondent pas à son statut royal. Cumuler la lecture du roman avec quelques recherches historiques serait sans doute un bon compromis pour tout comprendre et tout situer. Catherine Clément nous propose là une lecture riche et complexe, tortueuse et éparpillée. Au lecteur de démêler.

CLEMENT Catherine, Dix mille guitares, Editions du Seuil, 2010, 475 pages.