Livres

Au hasard, Bruno Gaia

couv_auHasardEt bien ça y est, je me suis lancée dans la lecture de livre numérique. Qui y’a-t-il de si extraordinaire à cela, me direz-vous ! C’est vrai que le phénomène se répand de plus en plus, il va finir par ne plus étonner personne.

J’ai testé, donc, Au hasard de Bruno Gaia, sur ordinateur en format pdf et sur Iphone (y’en avait un qui traînait sur la table alors hop, me suis servie). Certes, le livre n’est pas très long, mais je constate avec surprise que je l’ai lu assez vite, principalement sur le tout petit écran qui me servait de livre dans les transports. La lecture est ludique (parce que tourner les pages juste en effleurant l’écran, c’est marrant quand même !), ça passe le temps et le temps passe.

Le livre en lui-même, maintenant.

Il se compose donc de deux “parties”, dirons-nous : la première, un court roman, intitulé “Intense Navette”. La deuxième est une succession de cinq nouvelles toutes plus grinçantes les unes que les autres. Un format déjà original, en plus d’être numérique.

“Intense Navette”, d’abord. Le narrateur suit deux hommes qui travaillent dans la même usine à fromages mais ne se connaissent pas. Paul, le responsable clients de l’entreprise, Georges, un simple ouvrier. Dès le début, l’usine ferme parce qu’un cure-dents s’est glissé dans un fromage et a transpercé la joue d’une femme. Ce cure-dents, c’est Georges qui l’a malencontreusement fait tomber dans la soupière (en quelque sorte).

Les deux hommes suivent donc chacun leur parcours. Georges, par chance, retrouve du travail dans une boîte qui vend des boîtes (c’est quand même mieux que le fromage, non ?) et découvre son potentiel séduction grâce au fitness.

Paul, lui, vit une sorte de descente en enfer, qui se rattrape petit à petit : sa femme, assoiffée de sexe, le trompe et le quitte (pour Georges évidemment). Il devient chauffeur de bus, suite à une opportunité, et décide de se remettre au dessin, son seul talent malheureusement caché.

Paul est touchant, foudroyé d’amour pour la jeune Laura, une femme qui prend son bus pour aller au travail (et devinez où…? La boîte à boîtes bien sûr).

L’histoire est donc assez originale, même plutôt marrante hormis le fait que les destins croisés des deux hommes ne soient pas des plus gais. Mais elle est aussi dissipée, l’histoire… perdue au milieu de considérations sociales et de critiques piquantes et constantes de la part de l’auteur. On est sans cesse déconnecté de la fiction, pour revenir à ce qui nous entoure réellement. Et Bruno Gaia n’est pas des plus optimistes : les femmes, les hommes, Paris, les employeurs hypocrites, la famille, les racistes, les psy, les villages, les couples… L’écriture est sarcastique et casse le rythme.

L’auteur peut aussi parfois écrire violemment. Je pense là à la description du caractère de Georges, assoiffé de vengeance : lui qui avait toujours dû se contenter (le verbe est d’une méchanceté fulgurante) de femmes flasques, il a désormais faim de jeune chair. Le passage est ardu, je vous la fais soft.

En fait, l’omniprésence de l’auteur (“je” qui s’adresse à “nous”, lecteurs) est pénible. J’imagine que c’est un choix qui caractérise l’écriture, mais finalement, on est surtout happé par les histoires de Paul et Georges.

La fin est dramatique, violente, non pas dans l’action, mais dans les termes. Qu’aurions-nous fait, nous, lecteurs, si on avait un choix à faire… pas si anodin… ?

Un court roman très grinçant, difficile à lire parce que proche de l’essai critique.

Ah, et puis les nouvelles ? Et bien, les cinq sont dans la même veine. Un personnage au centre du récit, déçu par la vie, en proie à des pensées noires. J’ai préféré la dernière, “Glossy Crash”, qui est, je trouve, la plus cruelle. Et donc la plus drôle. Etre une femme qui aime l’argent, la beauté, le succès et qui emmerde tout le monde… et alors ?!

Bruno Gaia a donc une écriture très aiguisée, tranchante, particulière. On en sort un peu étourdi par tant de noirceur et de pessimisme. Toutefois, la critique est entendue et parfois fine.

GAIA Bruno, Au hasard, Éditions E P & L A, 2011, 131 pages pdf.

5 réflexions au sujet de « Au hasard, Bruno Gaia »

  1. J’aime bien l’idée des destins croisés. Je dois avouer que tu m’as mise en appétit et que je suis tentée de lire ce roman…

    1. Et bien tant mieux ! Attention, deux conditions : accepter de lire sur un support numérique uniquement (pas de version papier) et tolérer que le récit soit ultra-découpé et interrompu. 🙂

    1. Ah quel plaisir que d’être enseignant tout de même! Je reconnais bien là toute la subtilité de ton d’un élève qui ne m’apprécie et a trouvé un endroit où le faire savoir anonymement. Si c’est pas mignon à cet âge-là tout de même! Adorable !

      1. Ouf. J’ai cru un instant que ce message m’était destiné… et puisque je ne suis pas une de vos élèves, j’ai eu du mal à comprendre. Mais tout s’éclaire en venant sur le blog voir ça de plus près. Ouf, disais-je. 🙂

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