Livres

Longues peines, Jean Teulé

longuespeines-jeanteuléPourquoi ce livre ?

J’aime particulièrement la plume de Jean Teulé. L’autre jour, en faisant mes courses, j’ai eu envie de quelques livres de poche, rapides à lire et faciles à transporter. Parmi ceux choisis au hasard se trouvait donc Longues peines.

De quoi ça parle ?

L’auteur dresse un portrait très réaliste des détenus et des surveillants d’une prison (on ignore laquelle mais peu importe). Ecrit à la manière d’un témoignage, en alternance avec des chapitres plus romancés, ce livre donne à voir l’ambiance de ce lieu morne et triste, où déambulent des personnages cruels et attachants, fatigués et détruits par la vie.

Mon avis

En achetant ce petit livre coloré, je ne pensais pas tomber sur une lecture assez dure. Non pas qu’elle soit difficile, mais elle met en scène des situations brutales ou saisissantes, provoquées par des êtres désespérés. Bien évidemment, cela ne m’a pas laissée indifférente. On rencontre donc Cyril, le nouveau surveillant maladroit et amoureux d’une toxico ; on observe Popineau, pédophile tabassé et violé par ses codétenus, enfermé avec deux autres types fous d’amour pour des femmes qu’ils ne connaissent pas ; on s’attache au directeur de l’établissement, marié à une femme détruite par trois fausses couches…

L’amour est au coin de chaque couloir, dans la cour, dans chaque cellule. Chacun s’accroche au peu d’espoir qui lui reste. Les longues peines de prison vont de paire avec les peines de cœur. Ce qu’ils veulent tous, au final, c’est être aimé, malgré les malheurs qu’ils ont engendré, les horreurs qu’ils ont commises. On ne les pardonne pas mais on les comprend. Jean Teulé parvient, en moins de 200 pages, à créer chez le lecteur une empathie pour les pires malfrats.

J’ignore si l’auteur a vraiment rencontré des surveillants de prison et s’est inspiré de leurs témoignages, mais cela serait tout à fait plausible. Un beau roman sur l’espoir et l’humanité en général.

TEULÉ Jean, Longues peines, Editions Pocket, 2011 (2001 pour la première publication chez Julliard), 185 pages

Livres

L’amitié selon Prévert, Carole Aurouet

lamitieselonprevertPourquoi ce livre ?

Mes parents me l’ont offert pour Noël et un mois plus tard, il est enfin lu !

De quoi ça parle ?

Il s’agit d’un recueil d’éphémérides conçues par Prévert. Comme cela est expliqué au début de l’ouvrage, le poète s’amusait, chaque jour, à dessiner une fleur colorée sur une page blanche, en indiquant à côté les rendez-vous qu’il avait avec ses amis. Cela a duré plus de 10 ans. Bien sûr, nous n’avons pas accès à l’intégralité des fleurs de Prévert, mais un aperçu assez touchant, en alternance avec de courts textes présentant ses amis les plus proches et fidèles.

Mon avis

Jacques Prévert, tout comme Boris Vian, est un auteur et une personnalité qui me touche depuis longtemps. Ses poèmes, simples, drôles et émouvants, ont toujours su me faire sourire. Même si je ne le connais pas très bien, je pense que cet homme ne se prenait pas au sérieux et défendait les choses les plus simples. Et c’est cela qui me touche chez lui.

J’ai découvert, par le biais de cet ouvrage, qu’il était entouré d’amis tous plus connus les uns que les autres. A travers les textes de Carole Aurouet, on ressent une atmosphère propre au début du 20e siècle qui fait vraiment envie. Un peu jemenfoutistes, défenseurs de l’art sous toutes ses formes et de la beauté de la nature, toutes ces personnes ont le don de me rendre nostalgique d’une période que je n’ai pas vécue.

Qui étaient les amis de Prévert ? Boris Vian, bien sûr, son voisin complice ; Robert Doisneau, alors jeune photographe ; Pablo Picasso, admiratif du coup de crayon de Prévert ; Pierre, frère et coéquipier… Les déclarations d’amitié de Prévert sont légion. On envie ses rendez-vous, secrets et furtifs, avec chacun de ses proches. Comme j’aurais aimé avoir un entretien avec lui !

Les éphémérides, quant à elles, sont bien curieuses et mystérieuses. Ces fleurs très colorées, toujours différentes, témoignent de la tendresse de l’auteur. Un seul regret : ne pas toujours pouvoir lire les annotations du poète, écrites en pattes de mouche ou gribouillées. Il aurait peut-être fallu les retranscrire à côté… Mais le charme aurait alors été rompu.

Petit et court, ce bel ouvrage donne surtout envie d’en savoir plus sur Jacques Prévert, ce drôle de bonhomme qu’on a envie de bisouiller. Si, si, regardez cette photo de Doisneau (1955) :

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J’ai déjà prévu, un jour, de m’offrir Rue Jacques Prévert, un recueil conçu par Robert Doisneau, rassemblant des photos et des textes des deux compères. En tout cas, si vous aimez Prévert, offrez-vous le livre de Carole Aurouet, qui agira comme une parenthèse dans votre emploi du temps.

AUROUET Carole, L’amitié selon Prévert, Editions Textuel, 2012

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Tu mourras moins bête, tome 1, Marion Montaigne

tumourrasmoinsbete-1-montaigneCa fait peut-être aussi partie des nouveautés 2013, mais là, tout de suite, j’ai envie de vous parler d’une bande-dessinée. Eh oui, d’habitude, je les lis dans mon coin sans les chroniquer mais bon… Le changement, c’est maintenant !

Comme vous pouvez le voir, je m’apprête à blablater sur Tu mourras moins bête de Marion Montaigne, une bd tirée du blog Tu mourras moins bête (du même nom, oui oui). Première information capitale : j’ai découvert ce blog il y a à peu près… 3 jours. Hum. Je me sens [comment dire..?] légèrement en retard, car oui, c’est une réalité, le blog existe depuis… 2008 !

Heureusement, la bd est sortie en 2011, donc ça me fait un retard de 2 ans. Ca va (hum).

Bref ! Tout ça pour introduire mon passionnant avis sur la chose.

Pourquoi ce livre ?

Pour une fois, je n’ai pas de raison. Je l’ai vu en librairie et j’ai décidé de l’acheter, comme ça, subitement. Parce que ça avait l’air drôle et que Lolita n’arrivait pas à me distraire correctement.

De quoi ça parle ?

L’auteur s’amuse à répondre à des questions un peu farfelues, en démontrant bien que ce qu’on voit au cinéma ou à la télé n’est pas du tout réel/possible/imaginable. Les démonstrations sont basées sur des études scientifiques et sont surtout très drôles !

Mon avis

Vous avez envie de passer un bon moment en apprenant des choses et en vous marrant comme une baleine (il paraît que ça rigole bien ces bêtes-là) ? N’hésitez plus, lisez Tu mourras moins bête ou promenez-vous sur le blog de Marion Montaigne. Vous saurez ainsi pourquoi on ne donne pas de parachutes aux passagers d’un avion, mais aussi pourquoi les séries d’enquêtes policières ou médicales sont complètement à côté de la plaque. Entre autres.

Les dessins, assez simples, ont un aspect gribouillis mais sont très expressifs. Ne vous attendez donc pas à de magnifiques dessins parfaitement tracés. Ils sont surtout là pour illustrer le propos de manière ludique.

Notez bien que la bd est assez longue (255 pages), ce qui permet d’en avoir pour son argent. Le tome 2 est déjà sorti, j’ai bien envie de le lire mais je vais attendre un peu pour l’acheter. Pour patienter, rendez-vous sur le blog !

MONTAIGNE Marion, Tu mourras moins bête, La science, c’est pas du cinéma, tome 1, Editions Ankama, 2011, 255 pages

Livres

Lolita, Vladimir Nabokov

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Pourquoi ce livre ?

Je l’ai choisi il y a quelques temps à la médiathèque, un peu par hasard, mais surtout parce qu’il s’agit d’un classique. Et puis, j’avais aimé le film de Kubrick, alors…

De quoi ça parle ?

L’histoire relate une large partie de la vie de Humbert Humbert, un homme franchement attiré par les petites filles. Après avoir cerné le personnage, on entre vraiment dans le cœur du récit, où notre “héros” rencontre Lolita, une “nymphette” âgée de 12 ans, qui va le rendre fou. Afin de parvenir à ses fins (c’est-à-dire avoir des relations sexuelles avec l’enfant), Humbert va prévoir tout un stratagème, notamment en épousant la mère de la jeune fille.

Mon avis

Vladimir Nabokov écrit superbement, je l’affirme haut et fort. Les formules sont parfois audacieuses, parfois drôles. Les états d’âme du narrateur (qui n’est autre que Humbert Humbert le pédophile pervers et vicieux) sont parfaitement rendus : on hait ce personnage dès le début, pour finir par s’y attacher (mais si). Quel paradoxe ! On préfèrerait le détester, le montrer du doigt et applaudir ceux qui font échouer ses plans. Mais Nabokov parvient à le rendre sympathique. On a même pitié de lui dans la deuxième partie du roman… et on en a honte ! C’est donc un coup de maître de réussir à créer ce sentiment contradictoire.

En dehors de l’écriture, il est malheureusement difficile de s’accrocher. Le récit est souvent long et fastidieux… On alterne les passages ennuyeux où il ne se passe rien avec des chapitres plus énergiques, où l’intrigue se développe et où les personnages prennent vie. Mais ces moments-là sont trop peu nombreux. Difficile alors de se plonger dans l’histoire.

La rencontre entre Lolita et Humbert Humbert et ce qui s’ensuit est sans doute ce qu’il y a de plus savoureux dans ce roman. La mère de la jeune fille est en alerte, le héros est sur les nerfs, l’enfant est maligne et profiteuse. Ce trio créerait presque du suspense. Jusqu’à la deuxième partie du livre, où nos deux compères partent en road-trip à travers les Etats-Unis. Les descriptions sans fin de paysages, de villes et d’hôtels m’ont achevée…

J’ai sans conteste préféré le film de Kubrick, bien plus dynamique. Il me semble qu’il s’agit d’une bonne adaptation, même si la relation entre Lolita et son père adoptif est beaucoup moins développée que dans le roman.

Pour résumer, je dirais que Lolita est en effet un classique à lire, rien que pour l’écriture de l’auteur. Esprits sensibles, attention toutefois : on y parle clairement de pédophilie, du point de vue du pédophile bien sûr. Un livre impolitiquement correct, donc, qui malgré ses longueurs, marque son lecteur.

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James Mason et Sue Lyon interprétant Humbert Humbert et Lolita dans le film de Stanley Kubrick, en 1962.

NABOKOV Vladimir, Lolita, Editions Gallimard Folio, 1977 (1955 pour l’édition originale), 502 pages

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Les âmes perdues, Michael Collins


michaelcollins-amesperduesPourquoi ce livre ?

Il m’a été conseillé par Natalia, blogueuse et lectrice, spécialiste des conseils de lecture. Vous le savez, quand on me présente un polar, j’accoure.

De quoi ça parle ?

L’histoire se passe dans une petite ville américaine un peu paumée. Le soir d’Halloween, une petite fille âgée de 3 ans est retrouvée morte, écrasée par un véhicule. Lawrence, flic dépressif et solitaire, est prié par le maire et le commissaire de mener l’enquête. Mais le plus discrètement possible ! On soupçonne en effet Kyle Johnson, la star de l’équipe de foot locale. Le désigner publiquement coupable serait terrible pour l’avenir de la petite ville. Mais l’officier de police ne l’entend pas de cette oreille. Décidé à connaître la vérité, il dérange assez vite ceux qui l’entourent… et devra le payer, d’une manière ou d’une autre.

Mon avis

L’histoire est sombre, sans aucun doute. Dès les premières pages, une ambiance triste et morose est perceptible. La ville semble fantomatique, Lawrence, anti-héros par excellence, est défait par son divorce, bref, ça ne respire pas la joie de vivre ! Ce flic noie son chagrin dans l’alcool et déambule lentement dans les rues, enquêtant sur la mort de l’enfant. Solitaire, il n’a pas de famille ni d’amis. Il n’a que Lois, collègue et amante, qui le comprend plus ou moins.

Il ne s’agit pas seulement d’une enquête policière. Derrière se joue aussi la réputation de la ville et de ses habitants. Tout le monde sait mais personne ne dit rien. Certains sont trop frileux, trop honteux, d’autres trop impliqués… Lawrence, un peu trop curieux, va apprendre à ses dépends qu’il vaut mieux se mêler de ses affaires.

Même si l’histoire me semblait au début trop classique, déjà vue mille fois, j’ai été plusieurs fois surprise par la tournure des événements. Sans que l’on s’y attende, des éléments viennent perturber le récit et redonner un coup de fouet à l’intrigue. J’ai à plusieurs reprises émis des hypothèses qui se sont révélées fausses… et tant mieux ! L’auteur a donc su me surprendre et me donner tort.

Quelques critiques tout de même. D’abord, l’emploi du passé composé m’a beaucoup gênée ! Je suis une véritable adepte du passé simple dans les romans. Sans cela, je ne parviens pas vraiment à me plonger dans le récit. L’écriture de Collins m’a semblée bien trop descriptive, c’est sans doute le passé composé qui en est la cause…

Autre reproche : le méli-mélo. Soit je suis complètement à la ramasse, soit en effet, on ne sait pas, au final, qui a fait quoi. Je pense notamment à deux éléments dans l’histoire (je ne peux les révéler ici)… J’ignore toujours qui est l’auteur de ces actes, ce qui m’embête un peu.

A part cela, Les âmes perdues est un point de vue intéressant sur l’Amérique profonde et ses travers. On pourrait sans doute en faire un bon film noir.

COLLINS Michael, Les âmes perdues, Editions Christian Bourgeois, 2004 (2003 pour l’édition originale), 335 pages

Livres

Je vais passer pour un vieux con, Philippe Delerm

roman-delermPourquoi ce livre ?

Je vais passer pour un vieux con fait partie de la sélection 2012-2013 du Prix de la Critique Littéraire de Puteaux, auquel je participe.

De quoi ça parle ?

Comme le sous-titre l’indique (Je vais passer pour un vieux con et autres petites phrases qui en disent long), l’auteur revient dans cet ouvrage sur 42 petites phrases que l’on dit ou entend souvent, à propos de tout et n’importe quoi : la météo, les habitudes, les compliments, les formules toutes faites et autres fantaisies.

Mon avis

On peut abhorrer la voix de Vincent Delerm et se délecter de l’écriture du père. Car Philippe Delerm sait écrire, incontestablement. C’est avec un humour parfois piquant, parfois tendre, qu’il explique des petites phrases du quotidien. En 124 pages, le voilà qui décortique chaque mot, chaque intention, qui remet en cause la véracité des propos. L’auteur s’enflamme pour un hautain “Tout d’abord, bonjour !” venu d’un vendeur impoli, puis il se moque des écrivains commerçants lâchant à tout-va un splendide “J’en parle dans le livre”. Il soupçonne le vantard déçu qui ne peut s’empêcher de préciser qu’il a “fait cinq ans de piano” et pointe du doigt l’hypocrite cuisinière lançant un “C’est vraiment par gourmandise” avant de manger son dessert gras et sucré.philippe-delerm

Le ton n’est pas moqueur, ou si peu. Philippe Delerm préfère répertorier avec malice ce qu’il a sans doute entendu, ce que nous entendons tous en vérité. Ces petites phrases toutes faites qui semblent si banales et révèlent finalement bien plus que cela… Le coup porté au fameux “J’étais pas né” est un délice : comment ne pas s’énerver devant une telle réplique ? La plume est aiguisée, précise, argumentée et drôle, très drôle !

On reconnait l’homme politique, la mère de famille dépassée par les événements, l’oncle ou le cousin, la sœur ou la grand-mère, l’ami et l’amoureux. On se souvient des phrases que l’on a soi-même prononcé. Les situations sont d’ailleurs si réelles qu’on imagine facilement la mise en scène théâtrale de ce drôle d’inventaire.

Il faut en tenir compte, Je vais passer pour un vieux con se goûte et se savoure. Les lecteurs les plus patients sauront piocher quelques pages par-ci par là, en prenant le temps de découvrir l’intégralité du livre. Les autres, curieux et gourmands, engloutiront l’ouvrage en moins d’une demi-heure. Et pourront, sans conteste, s’écrier alors “c’est déjà fini ?”

DELERM Philippe, Je vais passer pour un vieux con, Editions du Seuil, 2012, 124 pages

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Jane Eyre, Charlotte Brontë

janeeyrePourquoi ce livre ?

Après avoir demandé sur Twitter quel classique des sœurs Brontë je pouvais lire les yeux fermés (j’ai un don), j’ai constaté que Jane Eyre faisait partie des favoris. Aussitôt dit aussitôt emprunté à la médiathèque. Il attendait simplement d’être lu sur son étagère. Ce fut chose faite durant la semaine des réveillons de fin d’année.

De quoi ça parle ?

Le roman retrace la moitié de la vie de son héroïne, Jane Eyre. C’est d’ailleurs elle qui nous la raconte. On la rencontre enfant, orpheline éduquée par une méchante tante, tyrannique et brutale. Puis on la suit à Lowood, école hyper-stricte où elle passe plusieurs années de sa vie à lutter contre la faim, la violence, l’injustice et la maladie. Mais la majeure partie de l’ouvrage s’intéresse à l’âge adulte de Jane. Devenue institutrice, elle intègre une noble demeure un peu à l’abandon, pour éduquer la petite Adèle. C’est là qu’elle va faire la rencontre de Mr Rochester, celui qui deviendra l’amour de sa vie.

Mon avis

J’ai terminé l’année 2012 avec un livre superbe ! Eh oui, je crois qu’on peut parler de coup de cœur littéraire. Serais-je finalement faite pour les classiques ? Après Les liaisons dangereuses, voilà que je tombe sous le charme de Jane Eyre. Même si le roman est assez long (environ 450 pages), il se lit de manière très fluide. Les états d’âme, la curiosité et la passion qui animent l’héroïne nous tiennent en haleine. Si fragile et courageuse à la fois, Jane étonne, émeut, surprend.

charlotte-bronte-par-evert-augustus-duyckinck-1873Ne croyez pas que l’on assiste à d’infinies conversations de salon. Jane Eyre est plutôt le récit d’une vie, la narration de plusieurs aventures. Car Jane ne se laisse pas faire. Elle ne se morfond pas dans son fauteuil. Elle prend les choses en main, fuit ce qui peut la briser, revient quand cela est à nouveau possible, résiste et lutte, donne son avis, regarde dans les yeux et tient tête. C’est une héroïne comme je les aime. Ni dure ou froide, ni victime.

L’écriture de Charlotte Brontë est belle et majestueuse. Les personnages s’expriment bien, ils se taquinent avec subtilité, déclarent leurs flammes avec passion, se respectent avec tact.

Le petit plus : les chapitres sont courts et efficaces. Ils s’enchaînent si vite que Jane, en quelques dizaines de pages, a déjà grandi et mûri. L’histoire avance, rien ne stagne, de nouveaux personnages apparaissent… bref, on ne s’ennuie pas !

La dévotion de Jane pour son maître (puis son amant), Mr Rochester, force le respect. Malgré tout ce qui sépare ces deux êtres, ils parviennent à s’aimer de la manière la plus pure. On ne peut qu’admirer cette belle histoire d’amour.

Infos complémentaires

Jane Eyre est sans aucun doute inspiré de la vie de Charlotte Brontë, qui, elle aussi, connut une éduction stricte et fut institutrice. En lisant la bio de l’auteur, on est touché par ces similitudes.

Le livre a été adapté au cinéma de nombreuses fois, notamment en 2011, avec Mia Wasikowska et Michael Fassbender. Maintenant que j’ai lu le roman, je serais tentée par cette adaptation. Me la conseillez-vous ?

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BRONTË Charlotte, Jane Eyre, Editions Flammarion, 1990 (1847 pour l’édition originale), 476 pages (avec préface, notes et éléments biographiques)

Livres

Elizabeth II, dans l’intimité du règne, Isabelle Rivère

elizabeth2Quand elle apparaît à la télévision, la reine Elizabeth II semble froide, impassible. Elle ne réagit pas à l’agitation qui l’entoure, ou si peu. Elégamment vêtue de tissus colorés et de bijoux précieux, la souveraine n’inspire pas d’emblée la sympathie. Pourtant, elle est aussi femme et épouse. Elle a été enfant, amie ou cousine. Elle est devenue mère et grand-mère. Bientôt, elle sera aussi arrière-grand-mère.

C’est sous cet angle qu’Isabelle Rivère dresse le portrait de l’actuelle reine du Royaume-Uni. Dès le début, on y découvre une personnalité, des qualités et des défauts. On y apprend qu’Elizabeth, si jeune alors à la mort de son père George VI, ne voyait pas forcément d’un bon œil son couronnement soudain. Déjà petite, elle savait ce qui l’attendait et ne s’en réjouissait pas.

C’est un soulagement : le chef du Commonwealth fut une petite fille (presque) comme les autres ! Lilibeth, comme la nomme ses proches, a joué avec sa sœur, s’est ennuyée aux repas officiels, s’est passionnée pour l’équitation. Bien sûr, elle a aussi connu le luxe, les grands espaces, les vêtements resplendissants et les cadeaux rares. Elle a croisé du beau monde, voyagé dans le monde entier, goûté aux meilleurs plats. Mais cette magie-là, au lieu de la desservir, la rend charismatique. Elle a eu tout ce qu’elle voulait, excepté une vie normale, et c’est ce qui fait sa richesse.

Admirable personnage qui, malgré ses premières réticences, a accepté son destin et joué son rôle à merveille. Proche des gens, curieuse de tout, compréhensive et à l’écoute, Elizabeth a notamment séduit tous les chefs d’Etat français. L’auteur consacre d’ailleurs un chapitre à cette relation franco-britannique, avant tout politique mais aussi sincèrement amicale.

Quel plaisir donc, de découvrir ce parcours flamboyant. Mais l’écriture d’Isabelle Rivère n’y est pas… Les citations et les arbres généalogiques alourdissent le récit. Les informations factuelles, inintéressantes, allongent les chapitres inutilement. On aurait préféré plus d’anecdotes et surtout, quelques documents, quelques photos de jeunesse de la reine, parsemées entre les pages. Présentées sous forme de portraits, dessins et photographies, les grandes familles royales et aristocratiques décrites ici ou là auraient sans aucun doute plus attiré l’attention. Sans cela, leurs parcours n’ont que peu d’intérêt. Les longues descriptions achèvent le lecteur, qui sursaute quand enfin une phrase ou une exclamation viennent le réveiller.

Néanmoins, le livre d’Isabelle Rivère a le mérite de faire connaître la souveraine et de changer le regard qu’on lui portait auparavant. Désormais, aux yeux du lecteur, Elizabeth n’est plus seulement reine, elle est humaine.

RIVERE Isabelle, Elizabeth II, Dans l’intimité du règne, Editions Fayard, 2012, 359 pages

Livres

La femme du Lac Rouge, Aurélie Airoude

couv-femmedulacrougeIl y a quelques temps, Aurélie Airoude, qui passait par là un bon matin, a eu la gentillesse de m’envoyer son roman, La femme du Lac Rouge. Non-propriétaire d’une liseuse, je me suis empressée de transférer ce texte numérique dans mon smartphone, en me promettant de le lire dans les transports. Un lieu hyper adapté à la lecture sur (petit) écran, puisque l’on y est souvent comprimé.

J’ai commencé ma lecture sans aucun avis, aucun apriori. Seulement un peu déçue par la bande-annonce du bouquin, très énigmatique et construite avec trop peu de moyens…

La femme du Lac Rouge raconte donc l’histoire d’Hoai, écrivain d’origine vietnamienne vivant aux Etats-Unis. Cet auteur de best-seller mène une vie morne et tranquille : depuis son dernier succès, “La femme du Lac Rouge”, il est en manque d’inspiration et erre dans son grand appartement new-yorkais, sous le regard médusé de sa femme Lisa. Active et déterminée à fonder une famille, elle propose à son époux de partir quelques temps au Viet Nam, retrouver ses racines. Elle restera à Manhattan quand lui retrouvera le goût d’écrire, auprès de ses parents, dans son village natal.

Hoai accepte rapidement : le Viet Nam lui rappelle surtout son premier amour, Mai, une mystérieuse jeune femme assassinée sous ses yeux des années auparavant. C’est d’ailleurs cette aventure qui lui a inspiré son œuvre. Le voilà donc parti retrouver sa terre d’origine. Mais il ignore encore qu’il va faire une rencontre bouleversante, qui va remettre ses choix et sa vie en question.

L’histoire, si elle n’est pas originale au début, devient plus surprenante par la suite. L’exotisme du Viet Nam et le brouhaha citadin de New-York sont perceptibles : ces deux lieux opposés illustrent bien les états d’âme du personnage d’Hoai. Lui aussi prend d’ailleurs de l’ampleur au fil des pages. On l’imagine très bien, calme, doux et pensif, très observateur, solitaire et sensible. Plein de bonté, il est aussi très égoïste et exécrable avec sa femme. Tout le long du récit, on ne peut s’empêcher de se mettre à sa place à elle : si préoccupée par son mari, elle ne reçoit en échange que de l’ignorance, de la mollesse, de la contradiction.

Durant le voyage d’Hoai, plusieurs meurtres de jeune vietnamiennes sont commis à New-York. Ils sont “signés” par un portrait du romancier, dessiné à la main. L’auteur, contre sa volonté, va donc devoir comprendre qui est ce tueur fan et fou pour mettre fin à cette série meurtrière. Cet élément attise notre curiosité et provoque le suspense.

La fin, bien que précipitée, est haletante : on a envie de savoir ! Impossible alors de lâcher le roman sans avoir parcouru les dernières pages. Seul regret : que l’enquête ne soit pas plus longue. Il manque peut-être quelques rebondissements, quelques fausses pistes, conçues pour frustrer le lecteur et faire des dernières pages un feu d’artifice.

Hormis cela, La femme du Lac Rouge reste un bon thriller : les personnages existent sous nos yeux, ils ont une allure, un visage, un caractère. L’intrigue est bien orchestrée, l’écriture est fluide et sensuelle. Amateurs d’enquêtes policières, de voyages et d’histoires d’amour, ce roman vous plaira, sans aucun doute.

AIROUDE Aurélie, La femme du Lac Rouge, iPagination éditions, 2012

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Barbe bleue, Amélie Nothomb

barbebleue-nothombC’est dans le cadre du Prix de la Critique Littéraire de Puteaux que j’ai lu Barbe bleue, le dernier roman d’Amélie Nothomb. Autant vous dire que je ne l’aurais pas acheté (ni lu) autrement. Je ne suis pas une adepte de sa plume et cette lecture n’a fait que confirmer mon avis.

Le Barbe bleue d’Amélie Nothomb reprend le brillant conte de Perrault, mille fois revisité sur scène, au cinéma, au théâtre, à l’opéra. Ayant toujours aimé les contes, j’étais plutôt emballée par cette adaptation contemporaine. Nous y découvrons une jeune femme prénommée Saturnine, à la recherche d’un appartement parisien digne de ce nom et au loyer abordable ; autant dire une chose impossible ou miraculeuse. Mais c’est la chance qui frappe à sa porte : elle est choisie comme colocataire par Don Elemirio, un riche espagnol, qui possède un luxueux appartement dans le 7e arrondissement. Pour 500 €, il accepte de le partager avec elle.

Sans hésiter, Saturnine signe le contrat et découvre le luxe : sa chambre est sublime, ultra-confortable, elle déguste avec le maître des lieux langoustes, caviar et champagnes hors de prix, la vie est belle. Le hic : elle a l’interdiction d’approcher la chambre noire, soi-disant destinée au développement des photos du propriétaire.

Le suspense est à son comble : va-t-elle, oui ou non, ouvrir cette porte interdite ? Que cache cette chambre noire non-verrouillée ? C’est sans compter sur la parfaite indifférence de la jeune femme, qui préfère mépriser son hôte à table plutôt que découvrir pareil secret.

En effet, lorsque les deux personnages se retrouvent pour dîner, ils échangent des conversations musclées, absolument anti-naturelles. Leur centre d’intérêt commun : l’or. Les voilà qui dévient sur le sujet, philosophent sur le repentir, le pardon, la morale, la noblesse, la “grandesse”, l’enfer, le péché… Ils se lancent sans cesse des piques, se défient, se cherchent. Sans conteste, Saturnine maîtrise la situation : c’est elle qui décide quand la conversation est finie, elle qui subjugue Don Elemirio par sa franchise. Il l’aime, elle le déteste.

Si peu crédible, résigné et apathique, le “méchant” de l’histoire déçoit au plus haut point. Loin d’être un monstrueux personnage, il apparaît plutôt vieillissant et bougon, isolé du monde depuis vingt ans. D’abord déstabilisé par le caractère de la jeune femme qui vit avec lui, il finit par se prendre au jeu et se laisse alors dominer.

Même si le roman est court, on ne comprend pas bien l’intérêt de ces discussions hachurées qui animent les repas des personnages. L’écriture est d’une simplicité déconcertante, on stagne donc pendant les trois quarts du roman, jusqu’à ce que l’héroïne agisse enfin. En tombant à son tour amoureuse de son hôte, par on ne sait quel prodige, Saturnine prend les choses en main et parvient à faire dire à Don Elemirio son secret, absolument décevant, cela va sans dire.

Ce Barbe bleue semble inachevé : a-t-il été écrit en quelques heures ? On le croirait. L’histoire est rapidement résolue, l’action quasi-inexistante, les personnages peu intéressants. On a le sentiment de s’être fait berner par un ouvrage vite fait bien fait, incohérent et assez décevant. Retravailler le mythe de Barbe bleue était pourtant une bonne idée… mais Amélie Nothomb n’a pas su rendre sa version attractive.

Comme je le pressentais, l’écriture est bien trop simpliste. J’attends toujours d’un auteur qu’il soit plaisant à lire, que ses mots me charment et me convainquent, qu’ils me passionnent et me troublent. Chez Amélie Nothomb, je ne ressens malheureusement rien. A lire à la plage ou dans une salle d’attente, donc, pour passer le temps, tout simplement.

NOTHOMB Amélie, Barbe bleue, Editions Albin Michel, 2012, 170 pages