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Le sari rose, Javier Moro

Le sari roseHaaaa. Je viens enfin de terminer la lecture de ce long, long, long roman. Parce qu’il est en effet très long, 573 pages, dont 557 qui constituent le texte lui-même. Et parce qu’il faut s’accrocher pour le lire. Sonia et Rajiv Gandhi

L’auteur nous présente la vie et le parcours de Sonia Gandhi, italienne d’origine qui a épousé Rajiv, le petit-fils de Nehru et fils d’Indira Gandhi, de grands premiers ministres indiens. On la suit depuis sa jeunesse, jusqu’à ses études à Cambridge où elle rencontre son futur mari, puis en Inde, où elle a fondé une famille et a, sans le vouloir, fait partie de la vie politique.

Tout cela est romancé par moments, décrit à la manière d’un essai ou d’une biographie par d’autres. Parfois, Sonia laisse la place à d’autres personnages, comme Indira Gandhi, qu’on observe dans ses choix les plus compliqués et les plus douloureux. Cette espèce de récit alterné et entremêlé est assez perturbant, ennuyeux. La vie politique indienne (et tout ce qu’elle implique) est beaucoup décrite, expliquée. Et malheureusement, moi, les romans qui parlent de politique, ça ne me passionne pas.

Bien sûr, j’ai appris beaucoup de choses sur la famille Gandhi, sur ses batailles et ses faiblesses, ainsi que sur le parcours incroyable d’une femme qui, simplement par amour, a accepté de mettre sa vie de famille de côté au profit d’une vie publique trop souvent malmenée. Bien sûr, j’ai compris la souffrance de Sonia face au meurtre de sa belle-mère, Indira, raconté à la manière d’un film, puis face à la mort de Rajiv, l’homme de sa vie. Bien sûr, je l’ai admirée et je l’admire encore pour avoir enfin réussi à rompre le règne des Gandhi qui les menait toujours à la mort, et pour avoir laissé place à un autre Premier ministre, d’une autre famille, d’une autre région.

Mais non, non. Je ne peux pas conseiller ce livre. C’est d’une longueur intenable, je l’ai déjà dit. C’est aussi un peu trop larmoyant, Sonia apparaît comme une reine, sans cesse adulée par l’auteur, et ça en devient lourd à la lecture. Et puis surtout, le début du roman et tout le dernier chapitre sont écrits au présent, et ça, je ne supporte pas. Je comprends le choix de l’auteur, puisqu’ici, le présent permet de faire une rupture avec tout le récit de la vie de l’héroïne et de l’ancrer dans le présent réel et dans l’avenir. Mais bon, ça reste quand même insupportable. C’est un critère personnel, évidemment.

Je suis soulagée d’en avoir enfin fini avec ce livre, qui est sur ma table de nuit depuis plus d’un mois… C’est comme si je m’étais noyée dans les pages, mille fois endormie le livre encore ouvert. Je salue tout de même l’hommage fait à Sonia Gandhi et à l’Inde.

MORO Javier, Le sari rose, Editions Robert Laffont, 2008 pour l’édition originale, 2010 pour la traduction française, 573 pages.

Livres

A quoi sert notre cerveau ?, Nicolas Chevassus-au-Louis

A quoi sert notre cerveauAh, ah, cette fois, un livre différent par son genre : ce n’est pas un roman, mais oui. Simplement un petit bouquin sur le cerveau. J’avoue que cette espèce de machin fantastique, ses mystères et sa capacité à s’adapter aux événements extérieurs me fascinent. Comme je me pose beaucoup de questions là-dessus, concernant le sommeil, l’inconscient, la mémoire, l’adaptation, le rôle de chef d’orchestre, et compagnie, j’ai farfouillé dans le rayon “corps humain” de la médiathèque et j’ai trouvé ce petit livre ludique et coloré.

Et il est plutôt pas mal ! Le bon côté, c’est que le docteur en neurobiologie qui est à l’origine de tout le contenu du livre répond à tout un tas de questions (64 exactement) que chacun se pose forcément. J’ai appris comment fonctionne un IRM, c’est déjà ça. Je regrette justement que certains points ne soient pas approfondis, mais il me semble que ce n’est pas le but du livre. En tout cas, pour informer et répondre aux questions générales, il est parfait.

Et puis il a un petit plus qui m’a séduit lors de mon farfouillage de rayon : chaque “chapitre” se termine par une petite bibliographie/webographie, ce qui permet de prolonger l’information sur les sujets qui nous intéressent. Une idée astucieuse !

Enfin, c’est agréable à lire, concret et compréhensible : pas besoin d’être un as en neurobiologie. C’est aéré, coloré, agrémenté de citations, de petites expériences scientifiques, d’anecdotes parsemées par-ci par-là, et tout ça est vraiment un atout !

Si vous aussi vous vous intéressez au cerveau et à ses bizarreries, que vous voulez faire un petit bilan sur son fonctionnement, je vous conseille ce petit livre.

CHEVASSUS-AU-LOUIS Nicolas, A quoi sert notre cerveau ?, Spécifique Editions, 2007, 112 pages.

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L’assassin habite au 21, Stanislas-André Steeman

L'assassin habite au 21Ha celui-là, je vous le conseille ! C’est un tout p’tit bouquin facile à lire et plutôt aéré, drôle et intriguant, bref, moi, je ne demande rien d’autre.

Il s’agit d’une histoire à la Agatha Christie : la police londonienne du début des années 1900 enquête en vain sur un tueur en série qui signe tous ses crimes du nom de Mr Smith, dactylographié sur une carte de visite, qu’il glisse subrepticement dans les vestes de ses victimes. Il reste introuvable et aucun indice ne permet de retrouver sa trace. Jusqu’au jour où un pauvre homme apprend à l’inspecteur de Scotland Yard à quelle adresse le meurtrier habite. Au 21 Russel Square. Sauf qu’à ce numéro se trouve une pension de famille, réunissant une dizaine de résidents. Mais qui est donc Mr Smith !? 

Va suivre une série d’enquêtes sur les personnages de la pension, tous plus timbrés les uns que les autres, avec leurs secrets, leur timidité, leur vices. Moi, j’aime beaucoup Mr Crabtee, je l’imagine tout timide, obéissant à sa femme autoritaire, un brin coincé mais touchant, bref, un bon personnage. Tout comme la police londonienne, j’ai trouvé que “Mr Smith” était un pseudonyme anonyme très astucieux, particulièrement à Londres. Et puis l’histoire est bien construite, on ne devine jamais ce qui va se passer. L’auteur joue avec le lecteur, devine ses interrogations et les trouble. Il s’adresse même deux fois à nous, directement, en nous demandant si nous avons enfin compris.

Je suis sans doute un poil feignasse, ou alors tout est fait pour qu’on ne devine pas la fin, ce qui est sûr, c’est que je ne me suis pas vraiment posé de questions parce que j’étais sûre d’avoir la réponse en lisant, tout simplement. Héhé. Eh bien je n’étais pas prête de la deviner, cette réponse. Le dénouement m’a surpris. Ha il m’a bien eu !

J’ai vu que Clouzot l’avait adapté au cinéma, seulement, un p’tit monsieur d’un magasin de dvds m’a dit qu’il y avait eu des problèmes de droits ou j’sais pas quoi, et que du coup, on pouvait difficilement le trouver. Je l’ai vu d’occasion sur Internet aux alentours de 50€, c’est trop. Si j’pouvais l’emprunter quelque part, ce serait chouette.

Bon, en tout cas, tout ça pour dire : lisez ce p’tit bouquin fabuleux, c’est léger et amusant, ça se lit très bien dans le train ou dans les salles d’attente médicales et même au chaud dans son lit !

STEEMAN Stanislas-André, L’assassin habite au 21, Editions Le Livre de Poche, 2008 (1ère publication datant de 1986), 187 pages.

Livres

Le goût des pépins de pomme, Katharina Hagena

Le goût  des pépins de pommeMe revoilà, inscrite à la fac, enfin. Un vrai parcours du combattant. Et j’ai une critique à vous livrer. Pendant toute cette absence, j’ai lu quelques romans, qui m’ont plu d’ailleurs, mais comme je n’ai pas écrit dessus une fois la dernière page tournée, là, tout de suite, immédiatement, faute de temps, j’ai préféré passer au livre suivant, etc, jusqu’à aujourd’hui. Breeef !

Le goût des pépins de pomme, je ne l’ai pas emprunté, je l’ai acheté dans un relais de presse, avant de prendre un train. Je venais de terminer le livre précédent et je ne me sentais pas passer plusieurs heures assise sans un truc à lire. Alors, hop, j’ai regardé les couvertures, j’ai trouvé celle-ci jolie, j’ai lu le résumé et je l’ai acheté. Tout simplement.

La quatrième de couverture m’a attirée parce qu’elle parle de nostalgie et de récits de vie de trois femmes, dont l’une bibliothécaire. Ca sentait le romantique, le mélancolique, un peu de tristesse et délicatesse par-ci par-là, alors ça m’a intéressée. De temps en temps, ce genre de roman m’apaise. C’est en général assez calme, avec peu d’action, beaucoup de pensées, un peu comme dans un film de Woody Allen. Et puis aussi (et même plus), j’aime les thrillers, les policiers, les histoires tordues ! Enfin ça, c’est une autre affaire.

Revenons à nos pommes : le roman de Katharina Hagena raconte donc un moment bien précis de la vie d’Iris, une jeune femme solitaire. Lors de l’enterrement de sa grand-mère, elle apprend qu’elle hérite de la petite maison campagnarde de la défunte, perdue quelque part en Allemagne (la maison, voyons !). Elle décide donc d’y passer quelques jours pour s’occuper de toute la paperasse et, surtout, pour décider si elle accepte ce présent ou si elle en fait cadeau à sa mère (héritière plus directe, finalement).

La voilà donc qui, dans chaque pièce, revit les souvenirs qu’elle conserve de son enfance, des moments qu’elle a partagé avec sa famille ou ses amies, des aventures au bord des lacs, des rêveries dans le jardin fleuri et le potager, des histoires de famille, une mamie qui perd la tête, une tante amoureuse mais déçue, une cousine effrontée.

La narration mélange souvenirs et réalité. Et finalement, c’est la réalité du personnage que je préfère suivre. Son errance dans la petite maison, ses balades au grand air, ses conversations avec un certain Max, un rien taquin. Tout ça est léger et pétillant. Les souvenirs, eux, sont plus noirs, et l’on a parfois du mal à suivre tellement il y a de personnages. Les souvenirs se mélangent, on attend, on s’inquiète parfois de ne jamais comprendre de quoi elle parle. Après réflexion, j’imagine que c’est une sorte de mini-suspense auquel on fait face : mais si, mais si, vous saurez ce qui est arrivé à sa cousine. Veuillez lire jusqu’au bout, par contre.

Un roman de transport en commun, pas vraiment palpitant. Un livre-berceuse, je dirais. On a quand même envie de passer du temps dans sa p’tite baraque entourée d’un jardin qui semble paradisiaque et apaisant.

HAGENA Katharina, Le goût des pépins de pomme, Editions Anne Carrière, 2008, 268 pages.

Blabla

Pas un roman, non, juste une note passagère…

C’est à se taper sur les doigts,
à détester le monde entier en l’injuriant sans respirer,
à lancer une bombe sur tout ce qui bouge,
à passer des larmes à la colère à l’hilarité,
à s’éplucher les cheveux,
à brûler les téléphones,
à fracasser les chaises environnantes,
à se jeter sous un pont d’autoroute,
à hurler jusqu’à crever ses propres tympans,
à jurer de ne plus jamais sortir de chez soi et de débrancher tout ce qui permet un contact avec le monde extérieur…

Bref, c’est l’horreur.

J’essaye juste de me réinscrire en fac.

Laura 1er Fév. 2007 002

Livres

A contretemps, Jean-Philippe Blondel

A contretempsCa y est, j’ai terminé un autre livre. Ma lecture m’a semblée assez longue, je doute que ce soit bon signe.

À contretemps est un roman assez particulier, baigné de nostalgie. Un jeune étudiant récemment bachelier monte à Paris pour poursuivre ses études de lettres. Il se retrouve colocataire d’un homme mystérieux, absent, flou même. Hugo (le fameux étudiant) rencontre des gens, se crée un petit groupe d’amis, bref, jusque là, rien de spectaculairement original. Mais un jour, son coloc’ lui reproche la présence d’un certain livre chez eux, un livre que le jeune a lu et adoré. Tout part de là. Il s’avère (et on le comprend rapidement, donc je ne dévoile rien) que “l’homme flou” est l’auteur du roman. S’ensuit alors une relation complice entre les deux hommes, l’un écrivain raté et blessé, l’autre étudiant passionné par les lettres.

Tout le roman décrit, développe, travaille, démèle cette relation. Et ça en devient ennuyeux, par moments. J’aurais préféré suivre la vie d’Hugo et ses états d’âme à Paris comme le fait le premier chapitre. En commencant ma lecture, je me suis dit : “Tiens, ça me plaît, ça.” ou “J’ai ressenti la même chose !”. Et puis une fois l’élément déclencheur posé, badabouuum. Ca devenait long à lire. Le problème, c’est que le fameux élément déclencheur se pose au bout de la soixante-septième page (sur 240! Arg.). Vous me direz, c’est normal pour un roman, pour qu’une histoire démarre, etc., mais bon. Ca a tout cassé.

J’en suis un peu désolée parce que l’histoire n’est pas trop mal. Durant les trois derniers chapitres, on assiste au récit de l’histoire de l’écrivain déchu, puis aux états d’âme d’Hugo, obsédé par son coloc’. Parfois, hop, je me réveillais et étais attentive à ce que je lisais, parfois, ça m’ennuyait et je prêtais plutôt attention à mes voisins de transports en commun. Ca en devient problématique, non ?

Je crois que ce bouquin ne restera pas longtemps dans ma mémoire, même si je me suis identifiée au héros au début (et j’avoue que j’aime bien m’identifier aux personnages). Trop mélancolique, trop lent, trop mou. Et moi, j’aime l’action et le suspense (en lecture) !

BLONDEL Jean-Philippe, À contretemps, Editions Robert Laffont, 2009, 240 pages.

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Vagabondages, Michèle Rozenfarb

VagabondagesJe viens à l’instant (il n’y a même pas cinq minutes) de terminer ce drôle de roman. En sortant du métro, je n’ai pas pu m’arracher aux dix dernières pages, que j’ai lu avidement en marchant, puis assise sur mon lit, les chaussures encore aux pieds. C’est vous dire à quel point ce bouquin m’intrigue. Je crois que c’est une bonne chose!

Disons que Vagabondages est un petit roman curieux : dès qu’on commence à lire, on se dit : “ouhlà, mais qu’est-ce que c’est que ça!?”. Parce que c’est très épuré, visuellement. Un tiret, une phrase ou un paragraphe, une ligne blanche. Et rebelote. Un peu comme dans les pièces de théâtre, sauf que là, il n’y a ni noms, ni didascalies. Rapidement, on comprend qui parle à qui, où et pourquoi. Je ne vous en dis pas trop (sans doute trop peu mais c’est fait exprès), toutefois, je crois que je peux préciser : un homme complètement fou, ou du moins qui semble vraiment dérailler, répond plus ou moins aux questions sèches et directes d’un enquêteur de police. L’homme vagabond jongle avec les mots, les points de suspension, les exclamations. Il ne sait pas où il va, il ignore ce qu’il dit et ce qu’il a vécu. Il mélange tout. J’avoue alors avoir eu des difficultés à me lancer dans les vingt premières pages, parce qu’on ne saisit pas grand-chose et que tout ce capharnaüm verbal est plutôt perturbant.

Et puis j’ai compris : on est dans le même état que le fameux inspecteur. On découvre cet homme qu’on imagine misérable, les yeux vagues et on ne le comprend vraiment pas. Mais au fil des pages et des balbutiements, quelques informations surgissent. Une histoire de meurtre, de fille, de famille. Et c’est (aussi) là que Michèle Rozenfarb est douée : le suspense nous tient. Alors qu’on a en face de nous un incapable des phrases logiques.

J’ai lu ce livre très rapidement, il est aéré et entraînant, je crois que ça aide aussi. Je suis encore intriguée par la fin, j’hésite entre deux possibilités. Peut-être que je l’ai lue trop vite, pressée de tout comprendre (et maintenant, paradoxalement, je suis hésitante).

En tout cas, je crois que ce roman est destiné au théâtre /je viens de voir que ça a déjà été adapté au théâtre/ : en le lisant, j’imaginais tout sur une scène. Je pense qu’avec un bon metteur en scène un peu inventif, ça serait superbe. Mais je comprendrais Michèle Rozenfarb de vouloir à tout prix conserver ces dialogues en suspens, comme un petit monde à part qui disparaîtrait une fois le livre fermé.

Je vous souhaite une bonne lecture et vous conseille Vagabondages ; que ce soit pour le métro, la plage ou votre lit douillet, ce roman est idéal !

ROZENFARB Michèle, Vagabondages, Editions Gallimard, Collection Série Noire, 2000, 224 pages

Livres

Prodigieuses Créatures, Tracy Chevalier

Aujourd’hui, voici pour vous une critique plus spontanée, sans doute un brin moins classique.

Prodigieuses CréaturesTracy Chevalier écrit vraiment bien. En tout cas, j’ose espérer qu’elle est parfaitement traduite, parce que bien sûr, je la lis en français et Madame est américaine. Récemment, elle a sorti son tout dernier livre et j’avoue avoir tréTracy Chevalierpigné lorsque j’ai appris la nouvelle. J’ai lu tous ses livres, je les ai tous aimés, particulièrement La jeune fille à la perle, La Vierge en bleu et L’Innocence. Lorsque je lis ses romans, je me sens comme au ralenti, immergée dans un autre monde un peu poétique, à suivre les parcours de femmes fortes et solides que je ne peux qu’admirer.

On retrouve tout ça dans Prodigieuses Créatures, en suivant les vies de deux femmes des années 1800 : Elizabeth Philpot, vieille fille douce et passionnée par les animaux fossilisés ; Mary Anning, petite fille pauvre, dont le seul moyen de survivre est la vente des fossiles qu’elle déniche sur la plage. Elles se rencontrent dans un petit village situé au bord de la mer, sans doute grâce à leur passion commune. Entre complicité et jalousie, elles s’interrogent alors sur l’origine du monde et sur ces petits (ou gros) animaux de pierres.

L’histoire est belle, touchante et fascinante, mais elle intrigue aussi. Mary Anning a existé, Tracy Chevalier s’est donc inspiré de découvertes et de conflits entre hommes et femmes concernant la vérité scientifique réels. Et je trouve ça vraiment passionnant! Le roman interroge le passé : une femme ne pouvait-elle donc pas remettre en cause tout ce qu’on croyait véridique, simplement parce qu’elle était une femme ? Les scientifiques masculins ne pensaient-ils qu’à profiter du savoir-faire des femmes d’exception en se l’attribuant ?

En tout cas, je vous le conseille absolument ! C’est très agréable à lire, les façons de “parler” des deux femmes (parce qu’elles s’expriment à la première personne chacune leur tour) sont différentes et donc complémentaires et j’ai aimé suivre leur évolution et leurs sentiments à propos des fossiles, des hommes et de la science. Ca donnerait presque envie de chercher des fossiles !

CHEVALIER Tracy, Prodigieuses Créatures, Editions de La Table Ronde, 2010, 377 pages

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Michael Jackson : Pop Life, Olivier Cachin

Je reviens, en ce début de mois de juillet, avec la deuxième critique que j’ai rendue pour le Prix de la Critique Littéraire. Le livre que j’ai le moins aimé de la série, je crois. Je publierai aussi des critiques toutes neuves des livres que je lis ou que j’ai récemment lu. Bonnes vacances!

Pop LifeSans conteste, il faut aimer et aduler Michael Jackson pour apprécier la biographie proposée par Olivier Cachin. L’auteur s’est beaucoup documenté et le résultat est truffé de détails : dates précises, titres, noms, lieux… Même si cela semble assez original dans le style biographique, ces descriptions incessantes sont rapidement insupportables. Les chapitres, heureusement courts, décrivent, énumèrent… la liste des chansons, leur description, le contexte de leur écriture ; puis la liste des clips, leur description, le contexte de leur tournage… et ainsi de suite. Parfois, un chapitre plus rédigé, plus centré sur Michael lui-même vient alléger l’écriture.

Sans attendre une biographie remplie de rumeurs people et de détails personnels inutiles, on espère – en vain – une réflexion sur le personnage. Pourquoi a-t-il transformé son visage ? Pourquoi ses fans afro-américains l’ont autant prié et pleuré le jour de sa mort alors qu’il a physiquement renié ses origines ? L’hypothèse de la maladie de la peau est avancée dans le livre d’Olivier Cachin, toutefois, on ne pourra pas nier la transformation du nez de l’artiste. Ce questionnement sur l’aspect physique de cet homme n’est qu’un exemple, toutefois, il reste essentiel puisque c’est ce que l’on perçoit en premier chez lui. Michael Jackson n’est pas un artiste comme les autres : même ceux qui ne possèdent aucun de ses disques s’interrogent sur cet homme mystérieux.

Et puis une chose n’est jamais dite : l’inspiration que Michael Jackson a trouvée dans le personnage du mime Marceau. L’absence totale de ce grand nom dans le chapitre consacré au fameux moonwalk est regrettable, car même si le pas de danse, son rythme, son génie et sa beauté sont interprétés à merveille par Michael Jackson, quelque part, le mime Marceau en est à l’origine.

On peut tout de même relever quelques passages qui parviennent à susciter un brin de concentration et de fascination chez le lecteur : la malveillance de la Motown aux débuts artistiques de Michael Jackson ; la progression fulgurante de l’artiste aux côtés de Quincy Jones ; le chapitre sur le documentaire de Martin Bashir, Living with Michael Jackson, qui retrace le tournage et toute l’effervescence que ce film a entraînée ; le procès qu’a subit le chanteur durant quatre longs mois, face à une famille maléfique, avide d’argent et de pouvoir.

Olivier Cachin nous livre là une biographie essentiellement descriptive, ultra-documentée et admirablement objective. Pop Life est proche de l’inventaire et c’est dommage. Une fois le livre fini, on a déjà oublié tout ces détails et l’on se sent frustré d’en avoir appris si peu sur le personnage lui-même.

CACHIN Olivier, Michael Jackson : Pop Life, Éditions Alphée, 2008, 344 pages

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Au-delà du mal, Shane Stevens

Mais non, je ne lis pas que des thrillers… En tout cas, je vous livre la première critique que j’ai écrite pour le fameux Prix de la Critique Littéraire dont je vous ai parlé.

Au-delà du mal Sara Bishop, jeune femme dégoûtée par les hommes, est violée par un inconnu. Elle tombe enceinte et se met à haïr son enfant, convaincue qu’il est de son agresseur. Jusqu’à ses dix ans, le petit Thomas est battu et fouetté à sang. Et puis « il la pousse dans le poêle à bois et la regarde se consumer ». Une fois enfermé dans un hôpital psychiatrique, tout bascule : il décide de s’échapper et de rendre hommage à son père, Caryl Chessman, condamné à mort. C’est là l’élément déclencheur de tout le roman.

Il entame un périple meurtrier à travers les États-Unis, persuadé que les femmes sont de véritables démons. Une machine politique et économique s’enclenche alors. Shane Stevens dresse le portrait d’une société avide de pouvoir et d’argent qui finit par accepter Thomas Bishop malgré sa démence, à condition de pouvoir en faire un instrument électoraliste et médiatique. Se dessine la critique de la société américaine des années 60/70 au travers de – trop – nombreux personnages, par une allusion implicite au scandale du Watergate, accentuée par la présence de Richard Nixon dans le roman, ou par la question de la peine de mort. Malhonnêteté, hypocrisie, profit, ascension sociale arbitraire, curiosité malsaine… tout cela ponctue le récit et lui donne un aspect plus dense, encore plus violent. Le sénateur Jonathan Stoner, par exemple, utilise le héros pour servir ses propres intérêts politiques et fait du rétablissement de la peine de mort son argument principal ; Amos Finch, chercheur en criminologie et professeur passionné par les serial-killers, prie parfois pour que Bishop ne se fasse pas arrêter pour mieux admirer son « œuvre ».

Le personnage de Thomas Bishop/Chess Man (sa signature) est fascinant. Malgré l’horreur de ses actes, des femmes mutilées, des corps dépecés qui l’entourent, de sa folie meurtrière, on éprouve une certaine compassion pour cet homme. On le comprend, parce que nous connaissons ce qu’il ignore, ce qu’il a refoulé. L’auteur donne naissance à un sentiment étrange : comment peut-on comprendre un tueur pareil ?

Tout le long du roman, particulièrement dans la dernière partie, le suspense est total : tout s’accélère, on reste suspendu aux faits et gestes de Chess Man ainsi qu’au génie d’Adam Kenton, journaliste d’investigation chargé d’enquêter sur le tueur. Vont-ils le comprendre ? Le retrouver ? Que va-t-il devenir ? La fin est surprenante, totalement inattendue.

Avec Au-delà du mal, Shane Stevens nous livre là un roman monstrueux. On assiste à l’œuvre barbare et ensanglantée d’un Thomas Bishop impitoyable, confronté à une société qui ne cherche qu’à la détourner à son propre avantage. « Si le monde ne l’aimait pas, en tout cas, le monde avait besoin de lui ».

STEVENS Shane, Au-delà du mal, Éditions Sonatine, 1979, 759 pages