Films

Télé Gaucho, la télé libre, drôle et engagée

TelegauchoComme vous pouvez le constater, je suis plutôt dans une période ciné actuellement. Les instants lecture reviennent bientôt, je vous le promets (ça rigole pas). Mais là, il fallait que je vous parle de Télé Gaucho, un film de Michel Leclerc, actuellement au cinéma.

Il vient de juste de sortir, il est tout frais, tout beau, tout bleu. J’ai eu la chance de le découvrir en avant-première grâce à une invitation ciné. Le réalisateur et son acteur principal, Félix Moati, sont d’abord venus présenter le film. Autant vous dire qu’ils n’avaient rien à raconter, puisque le public que nous étions ne connaissait pas le film. Cherchez l’erreur, que faisaient-ils là avant, je me le demande encore. Bref !

Le film s’est déroulé et là, mes amis, je me suis dit : “ben j’ai bien fait de mettre le nez dehors, dans le vent et la pluie !”. Moi qui n’était pas plus tentée que ça par ce film, j’étais très agréablement surprise !

De quoi ça parle : Victor, jeune étudiant passionné de cinéma, s’installe à Paris après avoir décroché un stage dans une grande télé (d’une manière très amusante et plutôt crédible je trouve… Je ne vous en dis pas plus). Un peu par hasard, il tombe dans son quartier sur un vieux hangar pourri, rempli de gens à l’ouest et d’objets incongrus : il s’agit d’une télé engagée, faite de brics et de brocs. C’est Télé Gaucho. Lui qui rêve de tenir une caméra se lance dans l’aventure. On le voit traîner par ici, on l’embarque, on lui file une caméra dans les mains et hop ! Au boulot ! Victor découvre les injustices sociales du quartier. Il rencontre aussi Clara, une jeune fille délurée qu’il va aimer dès le début…

Pourquoi c’est un super film :

1 – parce qu’on se marre comme des baleines. On dirait pas en voyant l’affiche, je vous l’accorde. Mais en fait, ce jeune Victor qui découvre la vie est vraiment très drôle ! Il est libre, il s’en fout un peu de tout et il s’éclate, malgré ses maladresses. Tous ses nouveaux amis sont hyper marrants aussi, sans le faire exprès. Leurs belles idées sont loufoques, les programmes qu’ils mettent en place sont à prendre au 20e degré, les répliques sont parfois inattendues et brillantes. On rit je vous l’dit !Telegaucho-sara-forestier

2 – parce que Sara Forestier joue dedans. On peut dire ce qu’on veut sur cette fille mais pas qu’elle est mauvaise actrice. Au contraire, c’est une FABULEUSE actrice ! Ses deux César et son rôle majeur dans L’Esquive l’ont prouvé. Elle incarne cette fois une Clara maladroite et malchanceuse. Malgré sa folie, sa joie communicative et son regard pétillant, elle rate tout ce qu’elle entreprend. Et c’est ce qui la rend touchante et incroyablement drôle !

3 – parce que le regard porté sur l’anarchisme et l’engagement est à la fois admirateur et réaliste. Rejeter les médias capitalistes et créer une télé décalée, c’est un magnifique projet très courageux, mais tout reste lié tout de même. Pour exister, cette télé a besoin qu’un maximum de gens la regarde (et donc qu’elle soit diffuser sur un canal national). Pour vivre, les créateurs de cette télé ont besoin d’un toit et d’argent, et il faut parfois accepter d’être hébergé par ses parents dans le 16e. Notez que ce paradoxe est admirablement pointé du doigt par le réalisateur, ce n’est pas rien.

A savoir : le film s’inspire librement d’une véritable télé parisienne de quartier des années 90, toujours existante, intitulée Télé Bocal. Le réalisateur faisait à l’époque partie de l’équipe et a finalement voulu rendre hommage au projet et aux gens admirables qui l’ont soutenu.

Maintenant, j’ai envie de voir Le Nom des Gens, le précédent film de Michel Leclerc. Allez, bougez-vous un peu les fesses avant la fin de l’année et revenez me dire ce que vous en avez pensé.

Films·Musique et concerts

Rude Boy Story, un film courageux

affiche-rudeboystoryComme vous avez pu le comprendre sur Twitter, j’ai assisté, hier soir, à une projection parisienne de Rude Boy Story. Ce film de Kamir Meridja propose de retracer le parcours de Dub Inc., groupe de reggae talentueux, et pose notamment plusieurs questions sur l’indépendance musicale, la reconnaissance et le succès. Etre indépendant des majors, qu’est-ce que cela implique ? Pourquoi le groupe, qui remplit des Zénith, tourne sur les gros festivals et s’invite dans le monde entier, ne fait l’objet d’aucun article, d’aucun reportage ?

Bien sûr, c’est avec un regard amoureux que j’ai assisté à la projection, car comme vous le savez, j’admire profondément ces musiciens. Je ne peux donc pas comprendre le regard déçu porté par lemonde.fr. La caméra de Rude Boy Story ne reste pas à distance du groupe : elle est dans la foule, derrière la batterie, cachée au fond de la scène ou exhibée en plein milieu, derrière les chanteurs agités. Elle s’invite dans les tournées internationales, dans le coin d’un bar portugais, sur un trottoir new-yorkais. Elle interroge les journalistes qui ne parlent pas de Dub Inc., les membres du groupe, dans leur studio, les copains connus (Idir, Sinsemilia, Babylon Circus…) qui les soutiennent. Ultraprésente, la caméra vit, sautille, observe puis bondit.

On découvre beaucoup d’extraits de concerts et cela fait frétiller les jambes. Difficile de ne pas se lever pour chanter avec le public du film, heureux et enthousiaste. “On adore Dub Inc. !”, s’exclament des jeunes filles portugaises ; “nous accueillons un groupe de renommée internationale”, présente une Jamaïcaine ; “ils ont un avenir”, conclu un reggae-man animateur de radio américaine. Partout où ils passent, ils rendent les gens heureux. Leur dynamisme et leur joie est communicative.

Mais malgré leur succès toujours grandissant et les acclamations du public, le groupe avoue une petite frustration : celle de ne pas exister dans les médias non-spécialisés. Difficile de ne pas les comprendre. Comment expliquer qu’aux Solidays, les journalistes évitent leur conférence de presse et oublient de parler d’eux le lendemain, quand les têtes d’affiche, voisins de scène, ont droit à des articles dignes de ce nom ? La musique est bonne, indubitablement. Le public est au rendez-vous, les albums se vendent, les salles se remplissent… Serait-ce uniquement leur indépendance qui leur jouerait un tour ? Selon les quelques journalistes interrogés, c’est même la seule raison. Impensable pour un rédac’chef de laisser son équipe présenter un groupe “inconnu” qui n’a rien d’autre à vendre que ses spectacles déchaînés. A quand des rédac’ chefs ambitieux, passionnés et courageux ?!

L’indépendance de Dub Inc. est finalement un atout, et ils en ont conscience : partir au bout du monde jouer dans un bar, aller simplement à la rencontre du public après le show, tout maîtriser de A à Z… finalement, cette liberté n’a pas de prix.

Après la projection, Kamir Meridja est venu présenter son travail et la genèse du film. D’abord, le groupe n’a pas adhéré au projet, qui a mis trois ans à voir le jour. Puis il a compris que ce mec à la caméra qui les suivait partout n’était pas si fou que ça. Le film, tout autant indépendant que le groupe, mise sur le bouche à oreille : conçu sans aucun moyen financier, il se déplace de ville en ville comme un groupe de musique. Solliciter les cinémas, haranguer les foules, payer ses billets de train et se débrouiller, voilà ce qui fait de Rude Boy Story un film courageux, préparé par un entêté !

Encouragez donc le réalisateur dans sa démarche, en assistant à une projection. Toutes les dates à venir sont sur le site dédié, Rudeboystory.com. C’est moins cher qu’une séance de ciné classique, ça fait réfléchir sur l’univers musical actuel et ça fait découvrir un groupe fantastique. La soixantenaire venue hier l’a dit : elle veut maintenant les écouter s’ils passent par là.

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Blabla

Où je vante les mérites de la bibliothèque/médiathèque

Je reviens à peine de la médiathèque et je me dis, quand même, que c’est une chose formidable de pouvoir emprunter à tout va des livres, des films, des cds, des revues, des partitions… J’ai du mal à comprendre ceux qui rechignent devant les prix de tous ces produits culturels et NE VONT PAS à la bibliothèque de leur quartier/village/ville. Il y a souvent du choix, c’est gratuit, les délais sont assez longs pour prendre son temps… et on peut faire des prolongations. On peut aussi suggérer des achats ! Bref, je ne vois pas quel est le problème.

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Aujourd’hui, j’ai emprunté 5 bandes-dessinées (c’est ma période BD) et 3 romans. Voyons donc combien j’ai économisé (en faisant une moyenne pour les livres poches puisqu’ils existent dans des milliers d’éditions) : … [le suspense est insoutenable]… [encore un peu de patience]… [on y est presque]… au final, en ajoutant tous les prix des livres empruntés, j’ai évité de dépenser 111,75 € ! Elle est pas belle la vie ?

Les arguments des non-biblio-visiteurs :

1 – Pas de nouveautés dans ma bibliothèque. Ca, ça m’agacerait profondément. Heureusement, la mienne est à jour.
2 – Des horaires trop peu adaptés aux miens. C’est sûr que quand on travaille, souvent, il ne reste plus que le samedi. Au moins un avantage pour les sans-emplois !
3 – J’ai la flemme de sortir. Ok, bon argument. Mais en principe, si ton envie de lire est plus forte, ça ne devrait pas durer. Courage.
4 – Mais ma chère amie, je ne lis pas, je ne regarde aucun film, je n’écoute pas de musique. Dans ce cas-là, vous avez plutôt raison de ne pas y aller. Et encore. Ca vous réveillerait sûrement l’envie.
5 – C’est un lieu trop calme et silencieux. Il faut arrêter avec ça. Comment peux-tu préférer le brouhaha de la ville au calme du temple du livre ? Justement, c’est ça, le bonheur !

Il faut quand même que je vous l’avoue, aller emprunter des livres, c’est assez inné chez moi. Je crois que j’ai toujours fait ça. Ma mère étant bibliothécaire, elle me ramenait souvent des tas de bouquins lorsque j’étais plus jeune, et j’étais heureuse de découvrir les nouvelles bds avant tout le monde, c’était la grande fête à chaque fois dans la maison. Je me souviens des piles de livres entourant mon lit, de ma sœur et moi cachées sous la couette, en pyjama à midi, en train de dévorer nos lectures… Je me souviens des sorties à la médiathèque après mon cours de théâtre, le mercredi. C’était un lieu calme qui sentait bon, j’avais le choix, tout était parfait.

J’ai mis du temps à retourner à la bibliothèque après le lycée. J’ai vagabondé de ville en ville, sans jamais prendre le temps d’explorer ce lieu qui, pourtant, m’avait tant plu dans mon enfance. Jusqu’à il y a quelques années. J’ai entendu parler d’un concours de critiques littéraires organisé par la médiathèque de ma ville, ça m’a fait comme une impulsion. Depuis, j’y vais avec plaisir !

Des arguments ? Des contre-arguments ? Une histoire à raconter sur votre rapport à la bibli ? Allez, on déclenche une guerre sous cette chronique ! Youhou !

Blabla

Non aux chapitres trop longs !

CriS’il y a bien une chose qui m’agace dans les romans, ce sont les longs chapitres (bon, il y a aussi l’écriture au présent simple qui me hérisse les poils mais c’est une autre histoire…). Moi qui aime tout maîtriser, j’ai du mal à interrompre ma lecture en plein chapitre, même si la lecture ne me plaît pas. Juste parce que c’est désagréable.

L’avantage des chapitres courts, c’est qu’on peut les enchaîner rapidement, en lire un en dix minutes pendant une pause, une marche, un voyage en métro ou en bus… Chose impossible lorsque l’on a affaire à des chapitres longs (à moins de s’interrompre, on en revient au problème initial) ! Et quand je dis longs, c’est à partir d’une vingtaine de pages (eh oui).

Je pense par exemple aux romans de Shane Stevens. Je suis en fait en train de lire L’heure des loups et je retrouve le même problème que dans Au-delà du mal, c’est-à-dire des chapitres longs ! Et encore ! Dans Au-delà du mal, c’était vraiment impressionnant… Par moments, j’étais vraiment obligée de lâcher le livre en plein chapitre (pour vivre tout simplement), c’était l’horreur absolue.

Je dois être un peu névrosée à ce niveau-là, mais si le chapitre est interminable, je ne pense plus qu’à ça. Genre à chaque page, je regarde combien il m’en reste à lire avant de finir le chapitre. Et je prépare la lecture du chapitre suivant. J’ai conscience que cela n’est pas “normal”, dans le sens où cela n’arrive à personne. Le hic, c’est que cela m’arrive même si l’histoire me plaît. MAIS QUEL EST MON PROBLEME ?

Films

Amour, la Palme d’or de Michael Haneke

amour_haneke_afficheRien qu’en y repensant, j’en frissonne. C’est hier que j’ai découvert le dernier film palmé de Michael Haneke. J’en suis sortie bouleversée, presque chancelante, mon parapluie à la main. J’ai pensé à Amour tout le long du chemin qui me ramenait chez moi. J’y ai repensé le soir. J’y repense aujourd’hui.

Amour n’est pas un simple film. C’est un bijou. Tendre et précieux. Nous y découvrons un couple d’anciens professeurs de piano, vieux mais encore amoureux, passionnés par la musique et la lecture. Si doux l’un envers l’autre, ils sont peu bavards mais se disent l’essentiel. Habitant dans un grand appartement parisien, vieillot et charmant, Georges et Anne semblent mener une vie tranquille. Jusqu’au jour où la vieille femme a une absence, au petit-déjeuner, après avoir cuit l’œuf de son mari. Son regard est perdu dans le vague, elle ne répond plus.

C’est en cela que l’affiche est si belle : elle révèle la beauté de ce visage absent, déconnecté. Elle donne à voir l’élément perturbateur de l’histoire, ce court moment qui fait tout basculer. Car même si au bout de quelques secondes, Anne reprend ses esprits, le mal est fait. Elle a eu une courte attaque, point de départ d’une fin de vie dramatique.

L’héroïne, incarnée par la merveilleuse Emmanuelle Riva, se fait alors opérée de la carotide, sans résultat. L’intervention chirurgicale a échoué, elle a déclenché une paralysie de tout le côté droit. Georges devient donc l’assistant personnel de sa femme : il la déplace, la lave, la porte, lui prépare son assiette, l’observe vivre un peu craintivement. Jusqu’à une nouvelle attaque qui transforme Anne : elle ne peut plus bouger, plus parler, plus s’alimenter ni se laver seule. Totalement dépendante, elle perd goût à la vie et crie sa douleur à qui veut l’entendre.

Amour est un hymne à l’union de deux êtres, prêts à tout l’un pour l’autre, même au pire si cela peut soulager. Long (plus de deux heures) et silencieux, ce film est rythmé par les allers-retours de Georges, de la chambre au salon, de la cuisine à la salle de bains. La caméra est intelligemment utilisée : hors-champs évocateurs, gros plans, immobilité… Elle erre en huit-clos, dans cet appartement sombre et immense, déjà mort.

On pleure en sortant, du moins on tremble. Rien n’est fantasmé dans cette histoire, tout est crédible, cela se produit chaque jour. C’est cela qui me touche le plus. Le silence pesant des génériques de début et de fin renforcent ce sentiment de fatalité. Comment affronter la mort ? Comment l’accepter ? Quel sens donner à cette fin de vie… dirais-je “inutile” ?

Haneke filme la mort avec pudeur, par le biais de deux sublimes acteurs que sont Jean-Louis Trintignant et Emmanuelle Riva. Sans fracas, sans bruit, on pénètre dans l’intime, doux et effrayant à la fois. On en ressort ému et ahuri. Une Palme d’or à voir, sans aucun doute.

Blabla

Préparation à la lecture

Lorsque je découvre un livre que je n’ai jamais vu ni lu, je me prête à un rituel de pré-lecture. Qu’il soit emprunté ou acheté, je ne peux m’empêcher de :

– caresser la couverture, la tranche et la quatrième, pour sentir la qualité du papier, les reflets, la texture, la taille du livre ;

– lire la quatrième de couverture, pour me faire une idée du style, du sujet, du genre, de l’auteur ;

– ouvrir la première page, qui présente le titre, l’auteur, le traducteur (s’il y a), la maison d’édition et l’année de publication, pour situer ma lecture dans le temps et l’espace ;

– faire glisser l’intégralité des pages entre mes doigts, pour apercevoir quelques mots, découvrir la taille de la police, la longueur des chapitres ;

– survoler la première page du texte, pour voir si je serai immédiatement happée par celui-ci ou non ;

– retourner à la fin du livre, pour apprendre combien il y a de chapitres, leur intitulé, leur longueur moyenne ;

– lire les remerciements de l’auteur (s’ils existent), même si je les relirai plus tard.

Après toute cette cérémonie, je peux enfin me plonger dans le cœur du livre. Et vous, lisez-vous immédiatement le texte ou avez-vous aussi un rituel de préparation à la lecture ?

 

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Livres

Barbe bleue, Amélie Nothomb

barbebleue-nothombC’est dans le cadre du Prix de la Critique Littéraire de Puteaux que j’ai lu Barbe bleue, le dernier roman d’Amélie Nothomb. Autant vous dire que je ne l’aurais pas acheté (ni lu) autrement. Je ne suis pas une adepte de sa plume et cette lecture n’a fait que confirmer mon avis.

Le Barbe bleue d’Amélie Nothomb reprend le brillant conte de Perrault, mille fois revisité sur scène, au cinéma, au théâtre, à l’opéra. Ayant toujours aimé les contes, j’étais plutôt emballée par cette adaptation contemporaine. Nous y découvrons une jeune femme prénommée Saturnine, à la recherche d’un appartement parisien digne de ce nom et au loyer abordable ; autant dire une chose impossible ou miraculeuse. Mais c’est la chance qui frappe à sa porte : elle est choisie comme colocataire par Don Elemirio, un riche espagnol, qui possède un luxueux appartement dans le 7e arrondissement. Pour 500 €, il accepte de le partager avec elle.

Sans hésiter, Saturnine signe le contrat et découvre le luxe : sa chambre est sublime, ultra-confortable, elle déguste avec le maître des lieux langoustes, caviar et champagnes hors de prix, la vie est belle. Le hic : elle a l’interdiction d’approcher la chambre noire, soi-disant destinée au développement des photos du propriétaire.

Le suspense est à son comble : va-t-elle, oui ou non, ouvrir cette porte interdite ? Que cache cette chambre noire non-verrouillée ? C’est sans compter sur la parfaite indifférence de la jeune femme, qui préfère mépriser son hôte à table plutôt que découvrir pareil secret.

En effet, lorsque les deux personnages se retrouvent pour dîner, ils échangent des conversations musclées, absolument anti-naturelles. Leur centre d’intérêt commun : l’or. Les voilà qui dévient sur le sujet, philosophent sur le repentir, le pardon, la morale, la noblesse, la “grandesse”, l’enfer, le péché… Ils se lancent sans cesse des piques, se défient, se cherchent. Sans conteste, Saturnine maîtrise la situation : c’est elle qui décide quand la conversation est finie, elle qui subjugue Don Elemirio par sa franchise. Il l’aime, elle le déteste.

Si peu crédible, résigné et apathique, le “méchant” de l’histoire déçoit au plus haut point. Loin d’être un monstrueux personnage, il apparaît plutôt vieillissant et bougon, isolé du monde depuis vingt ans. D’abord déstabilisé par le caractère de la jeune femme qui vit avec lui, il finit par se prendre au jeu et se laisse alors dominer.

Même si le roman est court, on ne comprend pas bien l’intérêt de ces discussions hachurées qui animent les repas des personnages. L’écriture est d’une simplicité déconcertante, on stagne donc pendant les trois quarts du roman, jusqu’à ce que l’héroïne agisse enfin. En tombant à son tour amoureuse de son hôte, par on ne sait quel prodige, Saturnine prend les choses en main et parvient à faire dire à Don Elemirio son secret, absolument décevant, cela va sans dire.

Ce Barbe bleue semble inachevé : a-t-il été écrit en quelques heures ? On le croirait. L’histoire est rapidement résolue, l’action quasi-inexistante, les personnages peu intéressants. On a le sentiment de s’être fait berner par un ouvrage vite fait bien fait, incohérent et assez décevant. Retravailler le mythe de Barbe bleue était pourtant une bonne idée… mais Amélie Nothomb n’a pas su rendre sa version attractive.

Comme je le pressentais, l’écriture est bien trop simpliste. J’attends toujours d’un auteur qu’il soit plaisant à lire, que ses mots me charment et me convainquent, qu’ils me passionnent et me troublent. Chez Amélie Nothomb, je ne ressens malheureusement rien. A lire à la plage ou dans une salle d’attente, donc, pour passer le temps, tout simplement.

NOTHOMB Amélie, Barbe bleue, Editions Albin Michel, 2012, 170 pages

Livres

Les liaisons dangereuses, Pierre Choderlos de Laclos

liaisonsdangereuses_laclos_folioBonjour à tous ! Aujourd’hui, parlons des Liaisons dangereuses, un classique, que dis-je, un GRAND classique de la littérature. En 4 ans de collège, 3 de lycée et 6 d’université, je suis passée à côté ! Chose étonnante quand on sait à quel point les professeurs aiment le faire découvrir à leurs élèves. Cette œuvre était d’ailleurs au programme du Bac L en 2010. Bref !

Qu’est-ce donc que Les liaisons dangereuses ? Un roman épistolaire assez long (505 pages avec préface et notes) sur l’amour, la manipulation sentimentale, la fourberie, le mensonge, la frustration. Publié à la fin du XVIIIe siècle, ce livre m’a étonnée par son aspect contemporain ! Absolument moderne, l’auteur donne à voir les échanges de lettres de plusieurs personnages aristocrates. On s’intéresse particulièrement au jeu vicieux auquel se prêtent la Marquise de Merteuil et son ami le Vicomte de Valmont.

La première est une veuve libertine, qui aime provoquer les hommes, jouer avec les innocents, blesser ses proches les plus farouches. Le second est un dandy séducteur, roi de la formule amoureuse et effroyable manipulateur. A la fois amants, amis et rivaux, la Merteuil et Valmont se racontent leurs aventures, leurs coups bas, leurs victoires. C’est avec plaisir que la Marquise incite Cécile de Volanges et le Chevalier Danceny, deux jeunes naïfs, à devenir amants, avant de leur nuire secrètement. C’est avec fougue que le Vicomte tente de séduire la vertueuse Présidente de Tourvel. Difficile entreprise qui ne le laissera pas de marbre…

Décidée à lire ce roman par curiosité littéraire, je ne m’attendais pas à un coup de cœur ! Certes, l’écriture est ancienne : les formules de politesse à rallonge, les phrases emberlificotées auxquelles nous ne sommes plus habitués aujourd’hui peuplent le livre. Très romantiques, les lettres sont parfois longues, truffées de détails, emplies de sentiments. Mais que l’histoire de ces personnages est riche et bien ficelée ! Le suspense est là  : la Présidente va-t-elle résister au Vicomte ? La Marquise de Merteuil pourra-t-elle jouer avec les sentiments des autres sans problème ?

On s’attache à ces personnages, on les plaint, on les envie, on les comprend aussi. On aimerait bien sûr prendre une plume et tout révéler aux victimes par le biais d’un courrier. Mais que la manipulation est belle à voir quand elle est redoutable !

Si vous n’avez jamais lu Les liaisons dangereuses, prévoyez de le faire un jour, si ce n’est cette année. C’est un très beau portrait des relations humaines et amoureuses, toujours valable aujourd’hui je le crains.

CHODERLOS DE LACLOS Pierre, Les liaisons dangereuses, Editions Gallimard, collection Folio classique, 1972 (1782 pour l’édition originale), 505 pages

Musique et concerts

Dub Incorporation, le bonheur en musique

Il faut que je vous parle de Dub Incorporation. Sans ça, vous ne me connaîtriez pas tout à fait. Il faut le voir pour le croire : les concerts de ce groupe de reggae/dub/ragga de Saint-Etienne me transforment en une chose étrange. Me libérant de mes cheveux tentaculaires, je suis pleinement heureuse durant ces instants toujours trop courts mais intenses.

Oui mais c’est qui, Dub Inc. ?

La Dub Inc. se compose de sept musiciens, dont deux chanteurs vraiment incroyables, à savoir Komlan (Aurélien Zohou) et Bouchkour (Hakim Meridja). Tous les deux ont une pêche d’enfer. Ils savent mettre l’ambiance, chauffer le public, agiter les foules, rendre heureux.

C’est quoi, comme musique ?

C’est, comme je le disais, un mélange de reggae/ska/dub/ragga. Il y a bien évidemment des influences Bob Marley mais très lointaines, puisque la musique de Dub Inc. est bien plus rythmée. Ca bouge beaucoup beaucoup ! Rare sont les chansons douces et calmes (mais elles sont parfois nécessaires pour respirer un coup). Bref, vous l’aurez compris, c’est hyper-joyeux et coloré !

Et qu’est-ce que ça provoque chez toi ?

Le bonheur. J’aime par dessus tout chanter avec d’autres milliers de personnes qui, comme moi, connaissent tout par cœur. Cette fusion avec les autres me fait frissonner, c’est un plaisir si intense que je ne pourrais pas me passer de ce genre de concerts. Avec Dub Inc., je me défoule, je respire, je souris, je ris, j’aime la terre entière, je me libère. Une sensation unique qui ne se réveille qu’à ce moment-là. Quand je les vois, mais aussi quand je les écoute. J’ai aussitôt envie de sauter partout comme un petit kangourou tout joyeux !

D’accord, on a compris ! Alors tu nous conseilles quoi, pour découvrir Dub Inc. ?

Premièrement, les voir en concert. C’est un show exceptionnel. Deuxièmement (ou en attendant une nouvelle tournée), écouter “Hors-contrôle”, le dernier album en date du groupe. Si vous voulez que l’effet soit immédiat, penchez-vous sur “Tout ce qu’ils veulent” (écouter la vidéo ci-dessous). Si vous ne bougez pas, vous êtes malade. “Laisse le temps” est aussi formidable, tout comme “Murderer”, “Diversité”, “Métissage”, “Djamila”, “Ma mélodie” et le célèbre “Rude Boy”.

Vous avez l’autorisation de ne pas aimer, mais alors, dites-moi pourquoi, pitié. Qu’on ne se fâche pas en si bon chemin. Sourire

Edit. du 11/10/2013 : Le nouvel album du groupe « Paradise » va paraître dans quelques jours et le groupe a révélé en avant-première la chanson « Chaque nouvelle page ». Et voilà, je saute à nouveau comme un kangourou ! YOUHOU !

Chaque nouvelle page – Dub Inc. – vidéo de DubIncOfficial

Regardez aussi les vidéos live disponibles sur la chaîne YouTube Dub Inc. Fans.

Livres

1Q84, Livre 1 (avril-juin), Haruki Murakami

1q84Comment prononcer ce titre de roman improbable ? C’est LA question que je me suis posée, jusqu’à découvrir qu’apparemment, on dit “One Q [kiou] eighty four” en anglais, et “un Q [ku] quatre-vingt quatre” en français. Bref, ça ne veut rien dire. Ce “Q” vient tout bouleverser : est-ce un “mille” ? Est-ce un “un” ? Je vous le dis, ça m’a travaillée.

Pendant tout ce temps, j’essayais également de lire ce fameux roman. Long, indéniablement. Trop long. Avec quelques centaines de pages en moins, j’aurais sans doute plus apprécié. Car chez Murakami, on ne rigole pas avec les descriptions, les réflexions philosophiques, l’observation du présent. Tout est matière à poésie. Tout est matière à somnifère.

Pour vraiment profiter de ce livre, un conseil : soyez en pleine forme, à 150 % de batterie rechargée. Un trop-plein d’énergie sera évidemment nécessaire à votre survie. Faute de quoi, vous sombrerez sans doute dans un profond sommeil.

Pour ceux qui ignorent encore l’histoire de ce best-seller (eh oui), on suit deux personnages qui ne se connaissent pas, ne se voient pas, ne se rencontrent jamais. Il s’agit d’abord d’Aomamé, une jeune femme traumatisée par les hommes, qui tuent discrètement et avec une efficacité redoutable ceux qui brutalisent la gente féminine. Une sorte de super-vengeresse sexy, féministe mais non-féminine.

D’un autre bord, on observe Tengo, un professeur de maths en mal d’écriture, qui se lance dans une “aventure” (pas du genre chevaleresque rassurez-vous) “ouhlala-très-très-louche” : il réécrit le roman d’une adolescente qui a des chances de gagner le super-prix des jeunes auteurs, mais ça doit rester un secret. En gros, l’histoire de cette fille est vraiment géniale mais elle ne sait pas écrire correctement, il va donc se charger de la syntaxe.

Comme ça, vous le confirmerez sans doute, ça n’a pas l’air passionnant. C’est un fait : ça ne l’est pas. Deux grosses frustrations m’ont achevée : d’abord, on ne connaît jamais l’histoire de l’ado ! Elle est si passionnante que Tengo en est bouleversé, mais nous, on peut se frotter, on ne saura rien, à part que ça parle d’une chèvre et des Little People, des choses inexpliquées (lutins vengeurs ? Esprits malheureux ? Gentilles fées ? Où est ma brosse ?).

Deuxième frustration : les deux héros ne se rencontrent JAMAIS. On dirait bien qu’ils ne vivent pas dans le même monde, même s’il existe quelques similitudes dans leurs vies.

D’accord, ce n’est que le premier livre d’une trilogie. D’accord, tout doit forcément être expliqué par la suite, et c’est la raison pour laquelle je lirai les autres tomes (ma volonté littéraire est sans limites !). Mais assommer un nouveau lecteur, comme ça, dès le début, en lui baragouinant une intro de 500 pages qui ne pose que des questions, c’est lui rappeler ses souvenirs de dissertations philosophiques de lycée qui savaient uniquement lui faire fumer le cerveau.

Concluons en quelques mots : 1Q84 est un amas de questions et de longues descriptions. Parfait pour les obsédés du détail, ennuyeux pour ceux qui aiment l’action, le suspense, les bouleversements de scénario !

PS : J’ai mis UN mois à lire ce roman. Sans rien lire d’autre. Murakami a tué mon envie de lire pendant un instant. Pour info.

MURAKAMI Haruki, 1Q84, Livre 1, avril-juin, Editions Belfond, 2011 (2009 pour l’édition originale), 534 pages.