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Katiba, Jean-Christophe Rufin

Toujours pour le Prix de la Critique… Lu à l’Ile Maurice ! Mais oui, c’est la réalité ! Pas pour une lune de miel, juste une semaine de vacances que je n’ai pas du tout prévue mais qui a eu lieu grâce à des circonstances particulièrement bénéfiques ! Promis, bientôt, je vous poste un avis sur un livre qu’on ne m’a pas imposé. Sourire

katibaLe roman commence fort : des touristes sont assassinés dans le Sahara. Cet acte inutile est rapidement revendiqué par un groupe de terroristes islamistes implanté dans le désert, une katiba, comme on les appelle. Quel est leur objectif ? Leurs revendications ? On ne le comprend pas vraiment, pas immédiatement du moins.

Parce que Katiba est avant tout un « roman choral » : les chapitres s’entremêlent, suivant tour à tour des personnages différents, leurs objectifs, leurs états d’âme. Kader Bel Kader, le chef des islamistes, nous fascine dès le début : il est jeune, ambitieux, entêté. Le voilà qui fait alliance avec Abou Moussa, un autre chef. On le sent bien, ils manigancent quelque chose. Qu’ont-ils après la France ? On suit également une agence de renseignements, Providence, qui décide de mener l’enquête sur le meurtre des touristes. Elle envoie Dimitri, un médecin insouciant, en Mauritanie. Celui-ci interroge, observe.

Et puis l’élément principal du livre, celui qui lie tous les personnages les uns aux autres, c’est Jasmine. Une jeune Française d’origine algérienne, fonctionnaire au Ministère des Affaires Etrangères. Mystérieuse, forte et sûre d’elle, elle perturbe la lecture. Pourquoi accepte-t-elle de revoir Kader Bel Kader ? Et comment le connaît-elle ? Que s’est-il passé lorsqu’elle et son défunt mari ont vécu en Mauritanie, au consulat de France ?

Ils se croisent, se rencontrent, se lient les uns aux autres. On ne sait plus trop qui est fiable ou qui ne l’est pas. On veut croire en Jasmine mais elle cache tant de choses et agit avec tant de mystère. On s’attache à Dimitri, grand naïf qui finit par prendre les choses en main.

Le suspense reste haletant : un attentat suicide est prévu à Paris, au Quai d’Orsay, justement. Mais qui est de quel côté, voilà la question. Et c’est là toute l’intrigue. Parce que l’on veut savoir mais qu’on a peur de la réponse !

Jean-Christophe Rufin, par le biais de ce roman, traite du terrorisme avec brio. Il n’en fait pas un spectacle monstrueux mais interroge plutôt sur les motivations des kamikazes, sur les aprioris, sur la tentation de la vengeance, sur l’engrenage que le terrorisme peut entraîner. L’auteur, en mêlant aventure et suspense sur fond politique, nous fascine : on reste agrippé aux pages de Katiba, jusqu’à une fin insoupçonnable.

RUFIN Jean-Christophe, Katiba, Editions Flammarion, 2010, 392 pages.

Livres

Les témoins de la mariée, Didier van Cauwelaert

Pour le Prix de la Critique Littéraire de Puteaux…

TEMOINS_MARIEE_jaqu.qxdUn soir de décembre, Marc, un célèbre photographe tombeur de filles, annonce à ses quatre meilleurs amis qu’il est enfin tombé amoureux et que son mariage est déjà organisé. Sa fiancée, chinoise, arrive à l’aéroport deux jours après. Seulement, entre temps, Marc est mort dans un accident de voiture. C’est donc aux quatre amis de l’accueillir et de lui annoncer la terrible nouvelle. Rien de plus compliqué.

On suit alors tour à tour les points de vue d’Hermann, de Marlène, Jean-Claude et Lucas, tous plus ou moins perturbés par l’arrivée de la jeune Shanghaïenne. Parce qu’elle ne réagit pas du tout comme ils l’avaient prévu : eux, si bouleversés par leurs vies cabossées, coincés par un si malheureux hasard ; elle, entraînante, joyeuse et désirable, prête à tout pour s’intégrer dans cette nouvelle vie à la française.

Les quatre amis bouillonnent : non, ils ne peuvent pas lui dire, à cette femme si pétillante, que son (ex) futur mari est mort. Non, ils ne peuvent plus lui cacher. Alors ils la suivent, lui obéissent au doigt et à l’œil, la laissent faire les magasins et visiter Paris à sa guise. Fascinés, ils la désirent aussi. Elle les excite, réveille leurs pulsions, leurs problèmes, leurs interrogations.

Et puis le roman bascule : et si cette Yun-Xiang le faisait exprès ? Et si finalement, elle savait la vérité et jouait avec leurs nerfs ? Elle réconforte les uns, bouscule un peu les autres, comme si Marc, à travers elle, leur donnait un dernier coup de pouce. Chacun s’interroge alors.

Les témoins de la mariée est donc un joli roman, facile à lire et assez intriguant. Nous aussi on aimerait savoir qui est vraiment cette jeune femme ! Pourtant, on finit par se douter de la réponse, confirmée aux trois quarts du livre. Et puis la fin est un peu pathétique, trop fleur bleue. Entre sensualité et suspense, ce roman de Didier van Cauwelaert est avant tout une histoire d’amitié entre quatre adultes tous un peu abîmés par la vie et leur mentor, qui, même décédé, continue de prendre soin d’eux par le biais d’une jeune femme atypique.

CAUWELAERT (van) Didier, Les témoins de la mariée, Editions Albin Michel, 2010, 248 pages.

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Aller simple, Carlos Salem

Aujourd’hui, je vous poste la critique d’un roman faite pour le Prix de la Critique de Puteaux de l’année dernière. Bonne lecture !

Aller_simpleFaisons court : il n’est pas simple de dépeindre tous les éléments qui caractérisent le roman de Carlos Salem, tant il est riche et complexe. Mais essayons tout de même… C’est Octavio, un Espagnol en vacances au Maroc, que l’on découvre et accompagne. Dès la première ligne, sa femme, qu’il déteste tant, meurt brusquement. La liberté que cela lui procure le pousse à fuir. Et c’est là qu’il rencontre Soldati, un escroc argentin complètement loufoque. Tous les deux vont vagabonder dans le désert ou dans des villes perdues et rencontrer des personnages farfelus et aliénés.

Ainsi racontée, l’histoire semble, certes, originale mais plutôt simple. Méprenez-vous ! On pense parfois à Je m’appelle Jeanne Mass de Thomas Lelu, mais Carlos Salem se fait plus littéraire. De la même manière, on suit les aventures rocambolesques d’un héros poursuivi par ses ennemis. Octavio, dans Aller Simple, tente de fuir à des boliviens prêts à le tuer pour récupérer un carnet qu’il n’a pas. Et c’est dans cette fuite qu’il fait la connaissance de nombreux personnages. On en retiendra deux, particulièrement timbrés : d’abord, un hippie nommé Charly, lui aussi vagabond. Au cours du roman, il devient le grand Carlos Gardel, chanteur incontournable de tango pour tous les amateurs. L’auteur s’amuse avec la réalité et la fiction : il offre un rôle savoureux, presque central, au personnage, qu’il ressuscite après son accident d’avion mortel. Le chanteur a pour but d’assassiner Julio Iglesias, qui a massacré l’une de ses chansons. Et c’est avec un sérieux étonnant qu’il entraîne ses deux compères (Octavio et Soldati) jusqu’en Espagne. Et l’on aime aussi Mowles, un vieil écrivain alcoolique au succès fou, qui jure pourtant n’avoir jamais rien écrit. On rit de ses fans complètement gagas, prêts à récupérer ses caleçons et son papier hygiénique, de son chat hystérique immédiatement conquis par Octavio.

Carlos Salem mélange différents genres dans ce livre ensoleillé, aux couleurs hispaniques : le roman noir, le roman d’aventure, le roman humoristique. La lecture est parfois difficile, tant la matière est complexe. Surtout, ne jamais s’arrêter de lire, ou pas plus d’un jour, sinon, le fil est perdu. Certains éléments restent aussi dans l’ombre, mais c’est ce qui fait le charme de l’oeuvre : que représente donc ce nuage qui suit continuellement Octavio ? Sa culpabilité, son assujettissement qui le poursuit ? Sa femme est-elle vraiment morte ? Est-ce une hallucination, une métaphore ? Tout cela enrichit le texte et donne libre cours à l’imagination et au choix du lecteur.

Avec Aller Simple, tout est possible. Chacun peut imaginer ce qui lui plaît, ce qui lui semble le plus approprié. L’auteur, comme les personnages, ne se fait pas prier et lance par-ci par-là de nombreuses idées abracadabrantes. On se lasse par moments, on s’amuse par d’autres, on découvre la langue espagnole et le tango aussi… Carlos Salem nous offre un livre estival, à emporter dans ses bagages pour les prochaines vacances.

SALEM Carlos, Aller simple, Editions Moisson Rouge, 2009 (publication originale datant de 2007), 266 pages.

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Le sari rose, Javier Moro

Le sari roseHaaaa. Je viens enfin de terminer la lecture de ce long, long, long roman. Parce qu’il est en effet très long, 573 pages, dont 557 qui constituent le texte lui-même. Et parce qu’il faut s’accrocher pour le lire. Sonia et Rajiv Gandhi

L’auteur nous présente la vie et le parcours de Sonia Gandhi, italienne d’origine qui a épousé Rajiv, le petit-fils de Nehru et fils d’Indira Gandhi, de grands premiers ministres indiens. On la suit depuis sa jeunesse, jusqu’à ses études à Cambridge où elle rencontre son futur mari, puis en Inde, où elle a fondé une famille et a, sans le vouloir, fait partie de la vie politique.

Tout cela est romancé par moments, décrit à la manière d’un essai ou d’une biographie par d’autres. Parfois, Sonia laisse la place à d’autres personnages, comme Indira Gandhi, qu’on observe dans ses choix les plus compliqués et les plus douloureux. Cette espèce de récit alterné et entremêlé est assez perturbant, ennuyeux. La vie politique indienne (et tout ce qu’elle implique) est beaucoup décrite, expliquée. Et malheureusement, moi, les romans qui parlent de politique, ça ne me passionne pas.

Bien sûr, j’ai appris beaucoup de choses sur la famille Gandhi, sur ses batailles et ses faiblesses, ainsi que sur le parcours incroyable d’une femme qui, simplement par amour, a accepté de mettre sa vie de famille de côté au profit d’une vie publique trop souvent malmenée. Bien sûr, j’ai compris la souffrance de Sonia face au meurtre de sa belle-mère, Indira, raconté à la manière d’un film, puis face à la mort de Rajiv, l’homme de sa vie. Bien sûr, je l’ai admirée et je l’admire encore pour avoir enfin réussi à rompre le règne des Gandhi qui les menait toujours à la mort, et pour avoir laissé place à un autre Premier ministre, d’une autre famille, d’une autre région.

Mais non, non. Je ne peux pas conseiller ce livre. C’est d’une longueur intenable, je l’ai déjà dit. C’est aussi un peu trop larmoyant, Sonia apparaît comme une reine, sans cesse adulée par l’auteur, et ça en devient lourd à la lecture. Et puis surtout, le début du roman et tout le dernier chapitre sont écrits au présent, et ça, je ne supporte pas. Je comprends le choix de l’auteur, puisqu’ici, le présent permet de faire une rupture avec tout le récit de la vie de l’héroïne et de l’ancrer dans le présent réel et dans l’avenir. Mais bon, ça reste quand même insupportable. C’est un critère personnel, évidemment.

Je suis soulagée d’en avoir enfin fini avec ce livre, qui est sur ma table de nuit depuis plus d’un mois… C’est comme si je m’étais noyée dans les pages, mille fois endormie le livre encore ouvert. Je salue tout de même l’hommage fait à Sonia Gandhi et à l’Inde.

MORO Javier, Le sari rose, Editions Robert Laffont, 2008 pour l’édition originale, 2010 pour la traduction française, 573 pages.

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A quoi sert notre cerveau ?, Nicolas Chevassus-au-Louis

A quoi sert notre cerveauAh, ah, cette fois, un livre différent par son genre : ce n’est pas un roman, mais oui. Simplement un petit bouquin sur le cerveau. J’avoue que cette espèce de machin fantastique, ses mystères et sa capacité à s’adapter aux événements extérieurs me fascinent. Comme je me pose beaucoup de questions là-dessus, concernant le sommeil, l’inconscient, la mémoire, l’adaptation, le rôle de chef d’orchestre, et compagnie, j’ai farfouillé dans le rayon “corps humain” de la médiathèque et j’ai trouvé ce petit livre ludique et coloré.

Et il est plutôt pas mal ! Le bon côté, c’est que le docteur en neurobiologie qui est à l’origine de tout le contenu du livre répond à tout un tas de questions (64 exactement) que chacun se pose forcément. J’ai appris comment fonctionne un IRM, c’est déjà ça. Je regrette justement que certains points ne soient pas approfondis, mais il me semble que ce n’est pas le but du livre. En tout cas, pour informer et répondre aux questions générales, il est parfait.

Et puis il a un petit plus qui m’a séduit lors de mon farfouillage de rayon : chaque “chapitre” se termine par une petite bibliographie/webographie, ce qui permet de prolonger l’information sur les sujets qui nous intéressent. Une idée astucieuse !

Enfin, c’est agréable à lire, concret et compréhensible : pas besoin d’être un as en neurobiologie. C’est aéré, coloré, agrémenté de citations, de petites expériences scientifiques, d’anecdotes parsemées par-ci par-là, et tout ça est vraiment un atout !

Si vous aussi vous vous intéressez au cerveau et à ses bizarreries, que vous voulez faire un petit bilan sur son fonctionnement, je vous conseille ce petit livre.

CHEVASSUS-AU-LOUIS Nicolas, A quoi sert notre cerveau ?, Spécifique Editions, 2007, 112 pages.

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L’assassin habite au 21, Stanislas-André Steeman

L'assassin habite au 21Ha celui-là, je vous le conseille ! C’est un tout p’tit bouquin facile à lire et plutôt aéré, drôle et intriguant, bref, moi, je ne demande rien d’autre.

Il s’agit d’une histoire à la Agatha Christie : la police londonienne du début des années 1900 enquête en vain sur un tueur en série qui signe tous ses crimes du nom de Mr Smith, dactylographié sur une carte de visite, qu’il glisse subrepticement dans les vestes de ses victimes. Il reste introuvable et aucun indice ne permet de retrouver sa trace. Jusqu’au jour où un pauvre homme apprend à l’inspecteur de Scotland Yard à quelle adresse le meurtrier habite. Au 21 Russel Square. Sauf qu’à ce numéro se trouve une pension de famille, réunissant une dizaine de résidents. Mais qui est donc Mr Smith !? 

Va suivre une série d’enquêtes sur les personnages de la pension, tous plus timbrés les uns que les autres, avec leurs secrets, leur timidité, leur vices. Moi, j’aime beaucoup Mr Crabtee, je l’imagine tout timide, obéissant à sa femme autoritaire, un brin coincé mais touchant, bref, un bon personnage. Tout comme la police londonienne, j’ai trouvé que “Mr Smith” était un pseudonyme anonyme très astucieux, particulièrement à Londres. Et puis l’histoire est bien construite, on ne devine jamais ce qui va se passer. L’auteur joue avec le lecteur, devine ses interrogations et les trouble. Il s’adresse même deux fois à nous, directement, en nous demandant si nous avons enfin compris.

Je suis sans doute un poil feignasse, ou alors tout est fait pour qu’on ne devine pas la fin, ce qui est sûr, c’est que je ne me suis pas vraiment posé de questions parce que j’étais sûre d’avoir la réponse en lisant, tout simplement. Héhé. Eh bien je n’étais pas prête de la deviner, cette réponse. Le dénouement m’a surpris. Ha il m’a bien eu !

J’ai vu que Clouzot l’avait adapté au cinéma, seulement, un p’tit monsieur d’un magasin de dvds m’a dit qu’il y avait eu des problèmes de droits ou j’sais pas quoi, et que du coup, on pouvait difficilement le trouver. Je l’ai vu d’occasion sur Internet aux alentours de 50€, c’est trop. Si j’pouvais l’emprunter quelque part, ce serait chouette.

Bon, en tout cas, tout ça pour dire : lisez ce p’tit bouquin fabuleux, c’est léger et amusant, ça se lit très bien dans le train ou dans les salles d’attente médicales et même au chaud dans son lit !

STEEMAN Stanislas-André, L’assassin habite au 21, Editions Le Livre de Poche, 2008 (1ère publication datant de 1986), 187 pages.

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Le goût des pépins de pomme, Katharina Hagena

Le goût  des pépins de pommeMe revoilà, inscrite à la fac, enfin. Un vrai parcours du combattant. Et j’ai une critique à vous livrer. Pendant toute cette absence, j’ai lu quelques romans, qui m’ont plu d’ailleurs, mais comme je n’ai pas écrit dessus une fois la dernière page tournée, là, tout de suite, immédiatement, faute de temps, j’ai préféré passer au livre suivant, etc, jusqu’à aujourd’hui. Breeef !

Le goût des pépins de pomme, je ne l’ai pas emprunté, je l’ai acheté dans un relais de presse, avant de prendre un train. Je venais de terminer le livre précédent et je ne me sentais pas passer plusieurs heures assise sans un truc à lire. Alors, hop, j’ai regardé les couvertures, j’ai trouvé celle-ci jolie, j’ai lu le résumé et je l’ai acheté. Tout simplement.

La quatrième de couverture m’a attirée parce qu’elle parle de nostalgie et de récits de vie de trois femmes, dont l’une bibliothécaire. Ca sentait le romantique, le mélancolique, un peu de tristesse et délicatesse par-ci par-là, alors ça m’a intéressée. De temps en temps, ce genre de roman m’apaise. C’est en général assez calme, avec peu d’action, beaucoup de pensées, un peu comme dans un film de Woody Allen. Et puis aussi (et même plus), j’aime les thrillers, les policiers, les histoires tordues ! Enfin ça, c’est une autre affaire.

Revenons à nos pommes : le roman de Katharina Hagena raconte donc un moment bien précis de la vie d’Iris, une jeune femme solitaire. Lors de l’enterrement de sa grand-mère, elle apprend qu’elle hérite de la petite maison campagnarde de la défunte, perdue quelque part en Allemagne (la maison, voyons !). Elle décide donc d’y passer quelques jours pour s’occuper de toute la paperasse et, surtout, pour décider si elle accepte ce présent ou si elle en fait cadeau à sa mère (héritière plus directe, finalement).

La voilà donc qui, dans chaque pièce, revit les souvenirs qu’elle conserve de son enfance, des moments qu’elle a partagé avec sa famille ou ses amies, des aventures au bord des lacs, des rêveries dans le jardin fleuri et le potager, des histoires de famille, une mamie qui perd la tête, une tante amoureuse mais déçue, une cousine effrontée.

La narration mélange souvenirs et réalité. Et finalement, c’est la réalité du personnage que je préfère suivre. Son errance dans la petite maison, ses balades au grand air, ses conversations avec un certain Max, un rien taquin. Tout ça est léger et pétillant. Les souvenirs, eux, sont plus noirs, et l’on a parfois du mal à suivre tellement il y a de personnages. Les souvenirs se mélangent, on attend, on s’inquiète parfois de ne jamais comprendre de quoi elle parle. Après réflexion, j’imagine que c’est une sorte de mini-suspense auquel on fait face : mais si, mais si, vous saurez ce qui est arrivé à sa cousine. Veuillez lire jusqu’au bout, par contre.

Un roman de transport en commun, pas vraiment palpitant. Un livre-berceuse, je dirais. On a quand même envie de passer du temps dans sa p’tite baraque entourée d’un jardin qui semble paradisiaque et apaisant.

HAGENA Katharina, Le goût des pépins de pomme, Editions Anne Carrière, 2008, 268 pages.

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A contretemps, Jean-Philippe Blondel

A contretempsCa y est, j’ai terminé un autre livre. Ma lecture m’a semblée assez longue, je doute que ce soit bon signe.

À contretemps est un roman assez particulier, baigné de nostalgie. Un jeune étudiant récemment bachelier monte à Paris pour poursuivre ses études de lettres. Il se retrouve colocataire d’un homme mystérieux, absent, flou même. Hugo (le fameux étudiant) rencontre des gens, se crée un petit groupe d’amis, bref, jusque là, rien de spectaculairement original. Mais un jour, son coloc’ lui reproche la présence d’un certain livre chez eux, un livre que le jeune a lu et adoré. Tout part de là. Il s’avère (et on le comprend rapidement, donc je ne dévoile rien) que “l’homme flou” est l’auteur du roman. S’ensuit alors une relation complice entre les deux hommes, l’un écrivain raté et blessé, l’autre étudiant passionné par les lettres.

Tout le roman décrit, développe, travaille, démèle cette relation. Et ça en devient ennuyeux, par moments. J’aurais préféré suivre la vie d’Hugo et ses états d’âme à Paris comme le fait le premier chapitre. En commencant ma lecture, je me suis dit : “Tiens, ça me plaît, ça.” ou “J’ai ressenti la même chose !”. Et puis une fois l’élément déclencheur posé, badabouuum. Ca devenait long à lire. Le problème, c’est que le fameux élément déclencheur se pose au bout de la soixante-septième page (sur 240! Arg.). Vous me direz, c’est normal pour un roman, pour qu’une histoire démarre, etc., mais bon. Ca a tout cassé.

J’en suis un peu désolée parce que l’histoire n’est pas trop mal. Durant les trois derniers chapitres, on assiste au récit de l’histoire de l’écrivain déchu, puis aux états d’âme d’Hugo, obsédé par son coloc’. Parfois, hop, je me réveillais et étais attentive à ce que je lisais, parfois, ça m’ennuyait et je prêtais plutôt attention à mes voisins de transports en commun. Ca en devient problématique, non ?

Je crois que ce bouquin ne restera pas longtemps dans ma mémoire, même si je me suis identifiée au héros au début (et j’avoue que j’aime bien m’identifier aux personnages). Trop mélancolique, trop lent, trop mou. Et moi, j’aime l’action et le suspense (en lecture) !

BLONDEL Jean-Philippe, À contretemps, Editions Robert Laffont, 2009, 240 pages.

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Vagabondages, Michèle Rozenfarb

VagabondagesJe viens à l’instant (il n’y a même pas cinq minutes) de terminer ce drôle de roman. En sortant du métro, je n’ai pas pu m’arracher aux dix dernières pages, que j’ai lu avidement en marchant, puis assise sur mon lit, les chaussures encore aux pieds. C’est vous dire à quel point ce bouquin m’intrigue. Je crois que c’est une bonne chose!

Disons que Vagabondages est un petit roman curieux : dès qu’on commence à lire, on se dit : “ouhlà, mais qu’est-ce que c’est que ça!?”. Parce que c’est très épuré, visuellement. Un tiret, une phrase ou un paragraphe, une ligne blanche. Et rebelote. Un peu comme dans les pièces de théâtre, sauf que là, il n’y a ni noms, ni didascalies. Rapidement, on comprend qui parle à qui, où et pourquoi. Je ne vous en dis pas trop (sans doute trop peu mais c’est fait exprès), toutefois, je crois que je peux préciser : un homme complètement fou, ou du moins qui semble vraiment dérailler, répond plus ou moins aux questions sèches et directes d’un enquêteur de police. L’homme vagabond jongle avec les mots, les points de suspension, les exclamations. Il ne sait pas où il va, il ignore ce qu’il dit et ce qu’il a vécu. Il mélange tout. J’avoue alors avoir eu des difficultés à me lancer dans les vingt premières pages, parce qu’on ne saisit pas grand-chose et que tout ce capharnaüm verbal est plutôt perturbant.

Et puis j’ai compris : on est dans le même état que le fameux inspecteur. On découvre cet homme qu’on imagine misérable, les yeux vagues et on ne le comprend vraiment pas. Mais au fil des pages et des balbutiements, quelques informations surgissent. Une histoire de meurtre, de fille, de famille. Et c’est (aussi) là que Michèle Rozenfarb est douée : le suspense nous tient. Alors qu’on a en face de nous un incapable des phrases logiques.

J’ai lu ce livre très rapidement, il est aéré et entraînant, je crois que ça aide aussi. Je suis encore intriguée par la fin, j’hésite entre deux possibilités. Peut-être que je l’ai lue trop vite, pressée de tout comprendre (et maintenant, paradoxalement, je suis hésitante).

En tout cas, je crois que ce roman est destiné au théâtre /je viens de voir que ça a déjà été adapté au théâtre/ : en le lisant, j’imaginais tout sur une scène. Je pense qu’avec un bon metteur en scène un peu inventif, ça serait superbe. Mais je comprendrais Michèle Rozenfarb de vouloir à tout prix conserver ces dialogues en suspens, comme un petit monde à part qui disparaîtrait une fois le livre fermé.

Je vous souhaite une bonne lecture et vous conseille Vagabondages ; que ce soit pour le métro, la plage ou votre lit douillet, ce roman est idéal !

ROZENFARB Michèle, Vagabondages, Editions Gallimard, Collection Série Noire, 2000, 224 pages