Livres

Les liaisons dangereuses, Pierre Choderlos de Laclos

liaisonsdangereuses_laclos_folioBonjour à tous ! Aujourd’hui, parlons des Liaisons dangereuses, un classique, que dis-je, un GRAND classique de la littérature. En 4 ans de collège, 3 de lycée et 6 d’université, je suis passée à côté ! Chose étonnante quand on sait à quel point les professeurs aiment le faire découvrir à leurs élèves. Cette œuvre était d’ailleurs au programme du Bac L en 2010. Bref !

Qu’est-ce donc que Les liaisons dangereuses ? Un roman épistolaire assez long (505 pages avec préface et notes) sur l’amour, la manipulation sentimentale, la fourberie, le mensonge, la frustration. Publié à la fin du XVIIIe siècle, ce livre m’a étonnée par son aspect contemporain ! Absolument moderne, l’auteur donne à voir les échanges de lettres de plusieurs personnages aristocrates. On s’intéresse particulièrement au jeu vicieux auquel se prêtent la Marquise de Merteuil et son ami le Vicomte de Valmont.

La première est une veuve libertine, qui aime provoquer les hommes, jouer avec les innocents, blesser ses proches les plus farouches. Le second est un dandy séducteur, roi de la formule amoureuse et effroyable manipulateur. A la fois amants, amis et rivaux, la Merteuil et Valmont se racontent leurs aventures, leurs coups bas, leurs victoires. C’est avec plaisir que la Marquise incite Cécile de Volanges et le Chevalier Danceny, deux jeunes naïfs, à devenir amants, avant de leur nuire secrètement. C’est avec fougue que le Vicomte tente de séduire la vertueuse Présidente de Tourvel. Difficile entreprise qui ne le laissera pas de marbre…

Décidée à lire ce roman par curiosité littéraire, je ne m’attendais pas à un coup de cœur ! Certes, l’écriture est ancienne : les formules de politesse à rallonge, les phrases emberlificotées auxquelles nous ne sommes plus habitués aujourd’hui peuplent le livre. Très romantiques, les lettres sont parfois longues, truffées de détails, emplies de sentiments. Mais que l’histoire de ces personnages est riche et bien ficelée ! Le suspense est là  : la Présidente va-t-elle résister au Vicomte ? La Marquise de Merteuil pourra-t-elle jouer avec les sentiments des autres sans problème ?

On s’attache à ces personnages, on les plaint, on les envie, on les comprend aussi. On aimerait bien sûr prendre une plume et tout révéler aux victimes par le biais d’un courrier. Mais que la manipulation est belle à voir quand elle est redoutable !

Si vous n’avez jamais lu Les liaisons dangereuses, prévoyez de le faire un jour, si ce n’est cette année. C’est un très beau portrait des relations humaines et amoureuses, toujours valable aujourd’hui je le crains.

CHODERLOS DE LACLOS Pierre, Les liaisons dangereuses, Editions Gallimard, collection Folio classique, 1972 (1782 pour l’édition originale), 505 pages

Livres

1Q84, Livre 1 (avril-juin), Haruki Murakami

1q84Comment prononcer ce titre de roman improbable ? C’est LA question que je me suis posée, jusqu’à découvrir qu’apparemment, on dit “One Q [kiou] eighty four” en anglais, et “un Q [ku] quatre-vingt quatre” en français. Bref, ça ne veut rien dire. Ce “Q” vient tout bouleverser : est-ce un “mille” ? Est-ce un “un” ? Je vous le dis, ça m’a travaillée.

Pendant tout ce temps, j’essayais également de lire ce fameux roman. Long, indéniablement. Trop long. Avec quelques centaines de pages en moins, j’aurais sans doute plus apprécié. Car chez Murakami, on ne rigole pas avec les descriptions, les réflexions philosophiques, l’observation du présent. Tout est matière à poésie. Tout est matière à somnifère.

Pour vraiment profiter de ce livre, un conseil : soyez en pleine forme, à 150 % de batterie rechargée. Un trop-plein d’énergie sera évidemment nécessaire à votre survie. Faute de quoi, vous sombrerez sans doute dans un profond sommeil.

Pour ceux qui ignorent encore l’histoire de ce best-seller (eh oui), on suit deux personnages qui ne se connaissent pas, ne se voient pas, ne se rencontrent jamais. Il s’agit d’abord d’Aomamé, une jeune femme traumatisée par les hommes, qui tuent discrètement et avec une efficacité redoutable ceux qui brutalisent la gente féminine. Une sorte de super-vengeresse sexy, féministe mais non-féminine.

D’un autre bord, on observe Tengo, un professeur de maths en mal d’écriture, qui se lance dans une “aventure” (pas du genre chevaleresque rassurez-vous) “ouhlala-très-très-louche” : il réécrit le roman d’une adolescente qui a des chances de gagner le super-prix des jeunes auteurs, mais ça doit rester un secret. En gros, l’histoire de cette fille est vraiment géniale mais elle ne sait pas écrire correctement, il va donc se charger de la syntaxe.

Comme ça, vous le confirmerez sans doute, ça n’a pas l’air passionnant. C’est un fait : ça ne l’est pas. Deux grosses frustrations m’ont achevée : d’abord, on ne connaît jamais l’histoire de l’ado ! Elle est si passionnante que Tengo en est bouleversé, mais nous, on peut se frotter, on ne saura rien, à part que ça parle d’une chèvre et des Little People, des choses inexpliquées (lutins vengeurs ? Esprits malheureux ? Gentilles fées ? Où est ma brosse ?).

Deuxième frustration : les deux héros ne se rencontrent JAMAIS. On dirait bien qu’ils ne vivent pas dans le même monde, même s’il existe quelques similitudes dans leurs vies.

D’accord, ce n’est que le premier livre d’une trilogie. D’accord, tout doit forcément être expliqué par la suite, et c’est la raison pour laquelle je lirai les autres tomes (ma volonté littéraire est sans limites !). Mais assommer un nouveau lecteur, comme ça, dès le début, en lui baragouinant une intro de 500 pages qui ne pose que des questions, c’est lui rappeler ses souvenirs de dissertations philosophiques de lycée qui savaient uniquement lui faire fumer le cerveau.

Concluons en quelques mots : 1Q84 est un amas de questions et de longues descriptions. Parfait pour les obsédés du détail, ennuyeux pour ceux qui aiment l’action, le suspense, les bouleversements de scénario !

PS : J’ai mis UN mois à lire ce roman. Sans rien lire d’autre. Murakami a tué mon envie de lire pendant un instant. Pour info.

MURAKAMI Haruki, 1Q84, Livre 1, avril-juin, Editions Belfond, 2011 (2009 pour l’édition originale), 534 pages.

Livres

Je vais au théâtre voir le monde, Jean-Pierre Sarrazac

théâtre-sarrazacPuisque je ne parviens pas à m’immerger dans 1Q84, je viens vous parler d’un petit ouvrage très bien conçu. Tout à l’heure, avant de sortir de chez moi, je cherchais un bouquin à glisser dans mon sac. Le livre de Murakami étant trop gros et surtout, ennuyeux, j’ai préféré piocher dans ma bibliothèque. J’ai par hasard discerné un petit livre rouge foncé, caché entre deux pièces de théâtre, que je me suis empressée de ressortir.

Il s’agissait de Je vais au théâtre voir le monde, de Jean-Pierre Sarrazac. Ce petit livre, publié chez Gallimard Jeunesse et sans doute destiné aux pré-ados, présente, de manière courte et simple, ce qu’est le théâtre. En une demi-heure, il était lu. Ou relu. Je ne sais plus.

En tout cas, je vous le conseille car il est facile à lire et répond aux questions les plus simples : pourquoi faut-il aller au théâtre ? Qu’est-ce que cela provoque chez le spectateur ? Quelle est l’origine du théâtre ? Comment a-t-il évolué, selon les auteurs et les périodes historiques ? Pourquoi le lieu du théâtre est-il si important ?

Promis, rien de rébarbatif là-dedans. Plutôt une sorte de mini-Le monde de Sophie version théâtre, mais en très épuré. L’auteur ne cite que quelques noms, les plus importants sans doute, comme Platon, Sophocle, Molière, Vitez, Brecht, Beckett, Vilar… Pas de panique ! Ce petit livre se lit en très peu de temps, une demi-heure peut-être. Illustré par Anne Simon, il explique à quel point le théâtre est un art vivant, unique et enrichissant.

Jean-Pierre Sarrazac fut mon professeur lorsque j’étudiais encore le théâtre. Il m’a fait découvrir Ibsen et je me souviens très bien de sa gentillesse et sa manière de nous faire aimer le texte dramatique. Passionné et passionnant. Un monsieur vraiment très chouette. Toujours est-il que si j’avais continué ces études, je crois que je me serais lancée dans une thèse sur le rire au théâtre. Ma passion depuis toujours. Mais ça, c’est une autre histoire…

SARRAZAC Jean-Pierre, Je vais au théâtre voir le monde, Editions Gallimard Jeunesse, 2008, 85 pages.

Livres

La liste de mes envies, Grégoire Delacourt

lalistedemesenviesQue feriez-vous si vous gagniez au Loto ? Voici la question à laquelle Jocelyne Guerbette, mercière à Arras, refuse de répondre. Elle vit une histoire d’amour simple avec son mari fidèle, avec qui elle a eu deux enfants, désormais partis. Elle a aussi perdu un bébé à peine né, et a dû faire face à la colère et la tristesse de son homme.

Sa vie est simple, tranquille, et Jocelyne l’aime ainsi. Pas de chichis, pas de jalousie, elle aime et est aimée, ses copines la divertissent entre deux bouts de tissus. Elle tient un blog au succès fou et comprend qu’elle illumine la vie de nombreuses femmes isolées en publiant de temps en temps quelques articles.

Mais un jour, sans grande motivation, l’héroïne joue au Loto. Et elle gagne. Loin d’être heureuse à l’idée de pouvoir tout s’offrir, elle cache son chèque si précieux et si lourd à porter et n’en parle à personne. Elle n’encaisse pas les 18 millions gagnés et continue à vivre sa vie. Jusqu’au jour où tout part en vrille…

Il ne serait pas juste que je vous raconte la fin. Elle est si surprenante que ce serait vous gâcher le plaisir. Ecrit à la première personne, La liste de mes envies est un court roman, efficace et propre. Lu en deux fois, il m’a étonnée. Je comprends son succès : il est en effet facile de s’identifier à Jocelyne, mère et épouse qui n’a pas vécu ses rêves, mais profite tout de même de sa vie et sait l’apprécier par moments. Et puis, qui ne s’est pas demandé ce qu’il ferait de millions d’euros en poche ? Comme l’héroïne, on aurait envie de dresser des listes de désirs, d’achats à effectuer, de week-ends à prévoir, de cadeaux à offrir, de choses à faire.

Le personnage féminin de Grégoire Delacourt est touchant, l’écriture est habile, le dénouement original… que demander de plus ?

DELACOURT Grégoire, La liste de mes envies, JC Lattès, 2012

Livres

Alice, Judith Hermann

ALICE_jaqu_new_jaq140x205Le temps est suspendu dans ce court roman, facile à lire mais si bien écrit. A travers cinq chapitres, qui n’ont de commun que le personnage d’Alice, l’auteur s’applique à décrire les instants qui précèdent ou suivent la mort d’un proche. Alice, héroïne dont on ne connaît rien, ni son âge, ni son visage, est confrontée à cinq reprises à la mort d’un ami, d’un membre de sa famille, d’un amoureux…

Micha, Conrad, Richard, Malte et Raymond se meurent, lentement ou brutalement, ou sont déjà disparus. On suit alors Alice et sa manière d’aborder la disparition. Calme, pensive, triste certes, mais sereine. Les personnages ne parlent pas beaucoup. Quand ils le font, c’est pour se dire l’essentiel. Judith Hermann préfère nous faire sentir le parfum des fleurs abandonnées sur une table. Elle dresse une atmosphère lourde, silencieuse. Chacun ressasse ses souvenirs, appréhende sa propre mort, reprend difficilement et lentement le cours de sa vie.

Il ne se passe presque rien, en réalité. Pourtant, l’écriture, si riche, si détaillée, n’ennuie pas le lecteur. Presque sensorielle, la plume de l’auteur fascine et donne vie aux instants suspendus provoqués par la mort. Autour, la vie continue : les rues sont encore vivantes, les gens circulent, les boutiques accueillent leurs clients, la pluie et le soleil fluctuent… Mais dans le cœur d’Alice, tout est figé.

Elle ne pleure pas, ne crie pas, ne supplie pas. Elle accepte la mort de manière admirable, en s’accrochant parfois à quelques souvenirs, en admirant la beauté des choses les plus simples, la lumière du soir, le bruit du vent, l’odeur des cuisines des voisins…

Un très beau roman, donc, récompensé par le prix littéraire allemand Hölderlin. Chaque personne ayant vécu la disparition d’un proche comprendra ce sentiment bizarre, ce contraste entre vie et mort, entre rupture et continuité. Oui, il manque quelqu’un. Oui, la vie continue. Mais différemment.

HERMANN Judith, Alice, Albin Michel, traduit de l’allemand par Dominique Autrand, 2012 (2009 version originale).

Livres

Les lectures des otages, Yôko Ogawa

yoko-ogawa-les-lectures-des-otagesTrès bien. Vous allez me dire : “Encore ??!”. Eh bien, oui. Encore. Si vous avez un tant soit peu suivi mes péripéties littéraires, vous savez que je me suis offert deux livres de Yôko Ogawa au Salon du Livre 2012.

Je les ai presque lus à la suite. Entre temps, j’ai apprécié le deuxième tome de Hunger Games… mais je vous en parlerai plus tard, quand la trilogie sera digérée (me reste le dessert).

Les lectures des otages n’est pas un recueil de nouvelles mais il aurait pu l’être. Disons qu’on peut même le voir de cette façon. L’histoire ? Huit touristes étrangers sont pris en otages on ne sait pas trop où ni quand. Durant leur captivité, ils vont, l’un après l’autre, faire le récit d’un moment de leur vie et tout enregistrer.

Chaque chapitre est donc une fausse transcription d’un témoignage oral. Et encore une fois, les personnages semblent doux, émerveillés par le monde qui les entoure. Une femme passe une journée à admirer un lanceur de javelots ; un enfant accueille une drôle de dame-sorcière dans sa cuisine ; une jeune fille ressemble à la grand-mère morte de plein d’inconnus… les portraits sont variés. La mort rôde toujours quelque part, mais elle n’est pas dangereuse ni effrayante. Plutôt paisible, elle s’immisce dans la vie de chaque personnage.

Mon témoignage préféré est celui d’un homme qui s’amuse à participer à des réunions étranges : sauvegarde de langues régionales en voie de disparition, dessinateurs d’animaux imaginaires, amateurs de toiles d’araignée, parents ayant perdu leur enfant… Même s’il n’a rien à y faire, il y participe et s’émeut des inconnus qui l’accompagnent.

Très poétiques, ces récits se lisent facilement et appellent au rêve. Finalement, on se fiche un peu du contexte, de la prise d’otages. Yôko Ogawa en parle brièvement dans les premières pages et se concentre surtout sur les histoires de chacun. Une forme peu commune, donc, pour un roman.

Mon expérience japonaise s’arrête là pour l’instant. Bientôt, très bientôt, j’attaquerai la fameuse trilogie 1Q84, d’Haruki Murakami. Le pays du soleil levant fera donc son retour sur le blog un de ces jours.

Et autre super info qui va vous laisser bouche bée, j’en suis sûre : la remise des prix de la Critique Littéraire de Puteaux, c’est la semaine prochaine ! Pour la troisième année consécutive, je saurai si mes critiques ont été appréciées par le jury. Je vous en reparle !

OGAWA Yôko, Les lectures des otages, Editions Acte Sud, traduction de Martin Vergne, 2012 (2011 pour la version originale), 190 pages.

Livres

Les paupières, Yôko Ogawa

lespaupieres Yoko OgawaJe ne connais rien de Yôko Ogawa. Seulement qu’elle est japonaise. Je me suis offert deux livres de poche de cet auteur au dernier Salon du Livre parisien, car comme vous le savez, le Japon était à l’honneur pour cette édition 2012. Impossible, donc, de repartir sans un ou deux bouquins japonais dans la poche. Surtout que je suis ignare en matière de littérature japonaise.

J’ai choisi Les Paupières parce que le titre et la couverture étaient doux. Eh oui. Je ne suis pas du tout violente ou brusque, malgré ma maladresse constante. J’aime les choses légères, même si mon cœur balance en général pour les romans noirs et les thrillers meurtriers. Allez comprendre.

Je disais donc que j’avais choisi ce livre pour la douceur qu’il dégage. Cette fleur à peine éclose n’est-elle pas sublime ?

Eh bien, elle résume parfaitement l’écriture de Yôko Ogawa. Légère, fragile, sensible, secrète. Ce livre rassemble en fait 8 nouvelles, relativement courtes. Chacune parfaite pour un aller en transport en commun.

Toutes ces histoires sont empreintes de nostalgie, de souvenirs. On y retrouve des personnages curieux mais discrets, qui écoutent ou observent d’autres personnages, souvent plus vieux qu’eux, qui ont quelque chose à raconter. La vie et la mort sont des thèmes largement abordés.

Je crois que j’ai préféré “Backstroke” (“dos crawlé”). Cette nouvelle raconte l’histoire d’un jeune homme parfaitement doué pour la natation, voué à un brillant avenir sportif. Un jour, comme ça, peu de temps avant les Jeux Olympiques, son bras gauche reste figé en l’air, collé contre son oreille. La famille s’agace, le jeune homme ne dit rien. Alors la mère, si admirative de son fils, devient folle peu à peu ; le père boit.

Le fait-il exprès ? Pourquoi ? On ne le saura pas. Mais je suis restée scotchée par ce personnage mutique qui, du jour au lendemain, abandonne son corps (ou est-ce son corps qui l’abandonne ?) et, par la même occasion, sa passion qu’est la natation.

J’ai compris que chez Yôko Ogawa, il ne fallait pas s’attendre à une fin retentissante ou surprenante, comme on peut en trouver chez Didier Daeninckx ou Roald Dahl. L’histoire s’arrête simplement. Un peu déroutant, au début, mais l’on s’y fait.

Bien sûr, si vous cherchez un petit livre rapide à lire, mais dynamique, avec de l’action, des rebondissements, de l’humour ou des meurtres, laissez tomber Les Paupières (ouaah, super blague !). Considérez plutôt ces nouvelles comme des parenthèses, comme des mini-bains chauds silencieux, à lire de temps en temps pour souffler et s’émerveiller des plus petites choses.

OGAWA Yôko, Les Paupières, Editions Acte Sud (collection Babel), traduction de Rose-Marie Makino-Fayolle, 2007 (2001 pour l’édition originale du recueil), 206 pages. 

Livres

Quand Eve raconte la terre du bon dieu à Adam, Malateste

Quand Eve...Quand Eve raconte la terre du bon dieu à Adam aurait pu plaire. Disons-le tout net : l’idée du livre est plutôt bonne, malgré une affreuse couverture. Malateste a en effet choisi de réinventer le mythe d’Adam et Eve, de manière humoristique et farfelue.

La première femme accueille donc son compagnon dans une sorte de paradis céleste et lui présente tous ses locataires, des centaines de personnalités historiques ou de personnages de fiction célèbres, rassemblés ici pour une raison inconnue. Hercule Poirot circule ça-et-là, Marie-Antoinette raconte son histoire, Napoléon se promène avec une boite à outils, Darwin, Casanova, Maurice Chevalier, Sacha Guitry, Caïn et François 1er, parmi tant d’autres, ont aussi leur mot à dire… Bref, ce méli-mélo promettait d’être drôle.

Oui mais… déjà, au bout de quelques pages, on commence à prendre peur. Les noms propres envahissent la page, les références bibliques et anecdotes historiques prennent le dessus et les blagues ne prennent pas.

A quoi sert tout ce tohu-bohu ? En vérité, il ne se passe rien. Adam découvre cet endroit si bizarre, divisé en plusieurs « étages », où sont répartis tous les locataires selon leur mérite. Certains sont mécontents et demandent que leur jugement soit révisé. D’autres se terrent chez eux. D’autres encore racontent leur vie à un Adam innocent, voire stupide. On attend impatiemment qu’un événement vienne nous secouer, qu’une véritable guerre civile se déclare… en vain. Certes, une petite révolte vient poser problème au couple biblique, qui tente alors de la réprimer, épaulé par son fidèle serviteur Hercule Poirot. Mais l’ennui pointe progressivement le bout de son nez, tel un nuage orageux venant assombrir le ciel.

Finalement, la lourdeur est de mise. L’auteur, en omettant d’être clair et limpide, assomme le lecteur et l’achève. A moins de 100 pages de la fin, chaque mot, chaque phrase épuise… Démotivé, on finit par lâcher ce livre long et sans intérêt qui fait plus perdre de temps qu’il amuse. Avec regret, bien sûr, mais aussi avec soulagement.

MALATESTE, Quand Eve raconte la terre du bon dieu à Adam, Editions Baudelaire, 2011, 277 pages

Livres

L’homme à la carabine, Patrick Pécherot

L'homme à la carabineMais, mais, mais… serais-je DEJA de retour ? Sourire Oui, je l’avoue, le soir, en rentrant d’une journée d’écriture, je ne me sens pas vraiment d’attaque pour rédiger des chroniques de blog. Mais bon, aujourd’hui, c’est dimanche, alors je suis généreuse.

J’ai donc lu récemment L’homme à la carabine, de Patrick Pécherot.

L’homme à la carabine n’est pas un roman. Ce n’est pas un essai non plus. Plutôt une sorte de méli-mélo de textes, d’impressions, de photos, de commentaires et de dialogues… Le héros ? André Soudy, membre de la fameuse « bande à Bonnot », groupe anarchiste à l’origine de plusieurs braquages et meurtres, au début du XXe siècle.

Pour suivre le fil, il faut donc d’abord connaître l’histoire. Ou l’avoir étudiée avant sa lecture. Malheur à celui ou celle qui ne le fait pas. Les textes, parfois romancés, journalistiques ou même scénaristiques, s’entremêlent à chaque page ou presque. Lorsque l’on parvient enfin à comprendre un dialogue ou une situation, le point de vue, les personnages et l’écriture diffèrent. Difficile, donc, de s’accrocher.

Certes, les détails sont nombreux, l’émotion est vive et l’on perçoit le point de vue de Patrick Pécherot, fasciné par ce jeune anarchiste qu’est André Soudy. Il est le plus jeune, le anti-héros de la bande. Celui qui ne tue pas, qui ne conduit pas. On l’imagine un peu à la traîne, caché dans son trop grand pardessus et son chapeau melon à la Magritte. Rien à voir avec Bonnot, agité, téméraire et casse-cou qui n’en fait qu’à sa tête.

Certes, la bande est révoltée, pauvre, malheureuse, trompée, déçue par le monde dans lequel elle vit. Oui, les portraits en noir et blanc de Soudy, parsemés ici ou là, dégagent une certaine mélancolie et sont un peu mystérieux.

Bien sûr, on aime les conversations entre Soudy et la petite Léa, sur la plage de Berck. La poésie et l’humour de l’adulte émerveillent l’enfant et rendent le récit plus léger.

Mais la lecture est trop compliquée. Décousue, on ne parvient pas à l’apprécier. Qui est qui ? Qui fait quoi ? Qui parle ? On n’est pas sûr de tout bien comprendre… En revanche, on supporte mieux la fin : plus sinistre, elle est aussi plus simple. Les souffrances des héros s’achèvent, malheureusement, en même temps que la nôtre.

PECHEROT Patrick, L’homme à la carabine, Editions Gallimard, 2011, 272 pages


Sinon, j’ai aussi lu le fameux
Hunger Games, de Suzanne Collins, pour ne pas rester à côté de la plaque. Bon, c’est écrit au présent, et comme vous me connaissez bien, vous savez que j’ai du mal avec les livres écrits au présent, c’est-comme-ça-c’est-ainsi. Mais sinon, je pense que ça peut donner une bonne trilogie fantastique/science-fiction pour les ados.

Maintenant, je lis Le livre des choses perdues de John Connolly, et je dois dire que pour le moment, je suis heureuse de ma lecture. Un roman jeunesse, paraît-il. La couverture est si belle que j’ai craqué. Je vous en parlerez en temps voulu.

Adios amigos !

Livres

Les Monologues du vagin, Eve Ensler

monologues du vaginPour fêter mon mois d’absence, je reviens avec le magnifique bouquin d’Eve Ensler sur le vagin. Vous avez tous entendu parler de ces Monologues, lus à travers le monde entier, joué par de nombreuses comédiennes à Paris et ailleurs, au succès phénoménal et intersidéral (eh oui).

Mais alors pourquoi, pourquoi, vous demandez-vous, POURQUOI un tel chambardement pour un petit livre de 135 pages exactement, noir avec une grosse bouche dessus ? Parce que le vagin, messieurs, mesdames, ce n’est pas n’importe quoi.

Le vagin parle à tout le monde, les femmes comme les hommes. Déstabilisés par cet endroit si discret et dissimulé, les hommes sont en fait, je pense, très intrigués par le vagin de ces dames.

Le vagin inspire des témoignages touchants, violents, affreux, tristes, joyeux aussi mais surtout, surtout… TRES drôles ! Et ça, vous me connaissez maintenant, j’adore ! Quand c’est drôle, je suis toujours de la partie.

Je ne sais pas trop ce que c’est que ce livre, en réalité. Du théâtre ? Non, ou alors très contemporain. Un essai ? Non plus, trop décousu. Un rassemblement de témoignages ? Un peu, mais l’auteur s’exprime aussi, insère dans quelques pages des extraits de livres, d’articles journalistiques, des définitions.

Je crois qu’en fait, Les Monologues du vagin représente un peu la Bible du vagin. Tout le plaisir, la joie et les victoires qu’il peut provoquer. Toutes les souffrances et les blessures qu’il peut subir.

J’ai assisté à une représentation de ces Monologues à Paris, l’année dernière ou celle d’avant, je ne sais plus. J’ai aussi oublié les comédiennes qui jouaient ce soir-là. Je me souviens avoir beaucoup ri, tout comme les autres spectateurs qui m’entouraient. Je me souviens avoir été touchée, émue même, par certains témoignages.

Aujourd’hui, j’ai lu les Monologues dans le tramway. Un vieil homme était assis à mes côtés et lorgnait de temps en temps sur mes pages. Le mot “vagin”, tant de fois écrit, avait sans doute attiré son regard. Je vous l’avais dit, que le vagin parlait à tout le monde !

Bon allez, hop ! Si vous n’avez pas lu le livre ni vu sa mise en scène dans un théâtre, il va falloir se bouger un peu ! A Paris, vous pouvez vous renseigner auprès du Théâtre Michel, à partir du mois d’avril. Vous me donnerez votre avis !

ENSLER Eve, Les Monologues du vagin, Editions Denoël & D’ailleurs, 2005, 1998 pour la version originale, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Dominique Deschamps, 135 pages