Films·Livres

Hitchcock/Truffaut, Helen Scott et François Truffaut

hitchcock-truffautPourquoi ce livre ?

C’est mon âme cinéphile qui a tenu à lire ces entretiens entre Alfred Hitchcock et François Truffaut. Considéré comme une bible par mes anciens profs de cinéma, qui l’appelaient le Hitchbook (c’est vous dire), j’étais bien entendu curieuse de découvrir ce gros bouquin. La médiathèque a fini par le retrouver dans ses vieux placards, pour mon plus grand plaisir !

De quoi ça parle ?

Il s’agit donc d’entretiens avec Hitchcock (maître incontesté du cinéma), menés par Truffaut (réalisateur français de la Nouvelle Vague, que j’aime aussi dites donc !). Les deux hommes abordent tous les films conçus, pensés et réalisés par Hitchcock, mais ils évoquent aussi leurs manières de voir le cinéma, sa magie, son rôle, son utilité.

Mon avis

Ce superbe ouvrage donne incontestablement envie de regarder tous les films du réalisateur anglais ! Ils sont tous abordés par les deux interlocuteurs, des premiers films bricolés, muets et en noir et blanc, jusqu’aux grands films américains, en passant par la période anglaise et humoristique du cinéaste. Cette lecture est donc à la fois frustrante (par le fait que l’on ne connaisse pas forcément tous les films cités) et passionnante, car l’on y apprend beaucoup de choses.

On découvre un Hitchcock sévère mais sensible, qui sait ce qu’il veut et rechigne à tourner avec des acteurs “de seconde zone”. Ce sont bien sûr les stars qu’il préfère, celles qui savent plaire au public, qui savent les effrayer et les émouvoir. Car c’est avant toute chose cela qui comptait le plus pour cet homme sans doute très charismatique : l’émotion.coffret-dvd-hitchcock

Avant même de lire ces entretiens, j’étais déjà pleine d’admiration pour Hitchcock. Je crois l’avoir découvert au collège dans La mort aux trousses et depuis, je n’ai cessé d’aimer ses films et ses petits programmes TV plein d’humour. Etant en possession d’un coffret gigantesque de DVDs, je crois que je vais me replonger dedans, pour le plaisir de retrouver ces petits clins d’œil techniques, ces montages admirables et ces scénarios rocambolesques qui font le charme du réalisateur.

Si vous avez envie de découvrir Hitchcock et surtout, qu’on vous donne envie de regarder ses films, lisez ces entretiens. Quant aux films en eux-mêmes, je vous conseille Psychose (culte), Le crime était presque parfait (frissonnant), L’Inconnu du Nord-Express (grandiose), Fenêtre sur cour (amusant), Vertigo (sublime), Les Oiseaux (effrayant : mon favori !) et Frenzy (jubilatoire).

J’aurais voulu terminer avec “Lamb to the Slaughter”, un court-métrage génial d’Hitchcock, mais je ne le trouve pas en sous-titré VF. Si par hasard vous tombez dessus, faites-moi signe, je rajouterai la vidéo dans cet article.

TRUFFAUT François et SCOTT Helen, Hitchcock/Truffaut, Editions Ramsay, 1983, 307 pages

Films

Wadjda, un hymne à la liberté

wadjda-affichePourquoi ce film ?

J’en sors à peine, les amis. J’ai juste eu le temps de manger un petit quelque chose, et voilà que je vous ponds un article en urgence. Pourquoi Wadjda ? Simplement parce que j’en ai lu beaucoup de bien. Ca a suffit pour me convaincre.

De quoi ça parle ?

Le film raconte l’histoire de Wadjda, une jeune fille qui vit en Arabie Saoudite. Elle rêve de s’acheter un vélo, pour faire la course avec son meilleur ami Abdallah. Le problème, c’est que les femmes ne font pas de vélo. C’est une question d’honneur. Mais Wadjda, déterminée, n’a que faire de ces diktats masculins ! Elle va tout faire pour obtenir le vélo de ses rêves, même s’il faut gagner un concours de récitation coranique…

Mon avis

Magnifique ! Ce film de Haifaa Al Mansour, première femme réalisatrice saoudienne, n’est pas lourd de reproches et de critiques envers les hommes. Il n’est ni politique ni social. C’est un film d’amitié, un film sur la jeunesse qui met en scène des adolescents plein d’ambition et d’envie de liberté. Wadjda, incarnée par la formidable Waad Mohammed, rêve de ce vélo pour battre son ami à la course, tout simplement. Mais elle n’est pas la seule à vouloir vivre sa vie comme elle l’entend : les jeunes filles de son école ont envie de vernis sur les pieds, de tatouages, de bracelets, d’amoureux… Tout cela est interdit par la directrice, impitoyable avec les règles, l’honneur et la morale. Le jeune Abdallah, admiratif de son intrépide amie, la taquine, la console et lui prête son vélo. Il ne serait pas contre une course, lui non plus. Bref, la jeunesse saoudienne est encore fougueuse, malgré les remontrances des adultes. Elle récite le Coran avec volonté mais finalement, ce qui l’amuse le plus, ce sont les choses les plus simples.

La condition des femmes est aussi l’un des sujets principaux du film, notamment à travers la mère de Wadjda, jouée par Reem Abdullah (une très belle femme d’ailleurs). Elle est aux petits soins pour son mari absent, qui s’apprête à se marier avec une seconde femme, mais on sent qu’elle n’est pas heureuse. Que veut cette femme qui se cache sous son voile ou derrière la porte, qui chante quand les hommes ne sont pas là ? Elle ne le dira pas, mais elle soutiendra sa fille.

Enfin, Wadjda est un film très amusant ! L’héroïne a de la répartie et n’hésite pas à aller de l’avant, contre vents et marées. “Casse-toi”, balance-t-elle à une écolière qui lui explique que des hommes peuvent les voir dans la cour de récréation. Surprenante et cinglante, cette réplique a fait marrer toute la salle… !

J’oublie sûrement des tas de choses que je voulais vous dire… En tout cas, j’ai été bluffée par la jeune Waad Mohammed, qui incarne avec perfection une jeune fille pleine de charme, qui en veut ! Et son prénom est si beau à prononcer. C’est un film à voir. Je vous en conjure, allez-y ! L’histoire de Wadjda fait relativiser… et donne envie de faire du vélo.

Films

Zero Dark Thirty, ou la traque de Ben Laden

affiche-Zero-Dark-ThirtyPourquoi ce film ?

Sorti au cinéma il y a presque un mois, j’avais envie de découvrir le dernier film de Kathryn Bigelow, réalisatrice du très beau Démineurs. J’ai mis du temps à y aller, mais ce fut enfin chose faite vendredi soir.

De quoi ça parle ?

Le film raconte la traque de Ben Laden et de ses acolytes par la CIA, depuis le 11 septembre 2001 jusqu’au 2 mai 2011, date de l’exécution du leader extrémiste. Durant 2h30, on suit les méthodes d’investigation et d’interrogation de quelques agents de la CIA, principalement Maya, interprétée par Jessica Chastain (qui a notamment joué dans le sublime Take Shelter), qui ne lâche pas le morceau et tient tête à ses supérieurs et collègues.

Mon avis

Bien qu’un peu long, ce film relatant la traque de Ben Laden est impeccablement réalisé. Petit à petit, le stress se fait sentir et on le partage avec les personnages. Ensemble, Maya et les spectateurs se passionnent pour le sujet, s’inquiètent, s’énervent de ne pas trouver de réponse, s’impatientent devant les longues décisions venant d’en haut, se tiennent en alerte… Progressivement, en remontant de témoignages en témoignages, la CIA parvient à l’un des proches de Ben Laden, Abou Ahmed. Toute l’intrigue va se tisser autour de ce personnage, que l’on croit d’abord inventé, puis mort, puis si proche, tout à coup. Sa traque est la partie la plus jouissive du film. On se croirait dans un film d’espionnage !

Plongé dans l’histoire, le spectateur fait entièrement partie de l’équipe et cela n’est pas toujours réjouissant. Ainsi, sans tabou, la réalisatrice nous invite au cœur des tortures infligées par la CIA à quelques islamistes radicaux, afin de leur soutirer des informations. Humiliations et rapport de force sont de mise, dans ces pièces noires et sales, dans lesquelles croupissent des hommes abattus. Un visage de l’Amérique qui ne plaît pas vraiment… mais qui prend fin lorsque le Président le décide.

Enfin, notons l’incroyable scène finale, qui dure pas loin de 45 minutes : il s’agit bien sûr de la prise d’assaut de la maison où se cache Ben Laden, située à Abottabad, au Pakistan. Efficaces, les quelques soldats d’élite qui participent au raid n’ont qu’un but, tuer OBL et ses compères. A cet instant, le suspense est à son comble, même si l’on connaît déjà la fin de l’histoire pour l’avoir vécue il y a deux ans via les médias.

Une fois le film terminé, on souffle un bon coup, tout comme Maya, soulagée d’avoir réussi sa mission. Elle, si féroce et déterminée, convaincue de suivre la bonne piste tout le long du film, qui n’a pas flanché dans cet univers 100 % masculin. Et qui mérite des applaudissements.

Jessica-Chastain-Zero-Dark-Thirty

Pour info, “Zero Dark Thirty” fait référence à un jargon militaire qui indique les trente minutes après minuit. Il me semble que c’est aussi le moment durant lequel Ben Laden a été exécuté.

Le film a été nominé pour 5 Oscars en 2013, notamment celui du meilleur film et de la meilleure actrice. Confirmation ou non dans quelques jours, le 24 février.

Films

Télé Gaucho, la télé libre, drôle et engagée

TelegauchoComme vous pouvez le constater, je suis plutôt dans une période ciné actuellement. Les instants lecture reviennent bientôt, je vous le promets (ça rigole pas). Mais là, il fallait que je vous parle de Télé Gaucho, un film de Michel Leclerc, actuellement au cinéma.

Il vient de juste de sortir, il est tout frais, tout beau, tout bleu. J’ai eu la chance de le découvrir en avant-première grâce à une invitation ciné. Le réalisateur et son acteur principal, Félix Moati, sont d’abord venus présenter le film. Autant vous dire qu’ils n’avaient rien à raconter, puisque le public que nous étions ne connaissait pas le film. Cherchez l’erreur, que faisaient-ils là avant, je me le demande encore. Bref !

Le film s’est déroulé et là, mes amis, je me suis dit : “ben j’ai bien fait de mettre le nez dehors, dans le vent et la pluie !”. Moi qui n’était pas plus tentée que ça par ce film, j’étais très agréablement surprise !

De quoi ça parle : Victor, jeune étudiant passionné de cinéma, s’installe à Paris après avoir décroché un stage dans une grande télé (d’une manière très amusante et plutôt crédible je trouve… Je ne vous en dis pas plus). Un peu par hasard, il tombe dans son quartier sur un vieux hangar pourri, rempli de gens à l’ouest et d’objets incongrus : il s’agit d’une télé engagée, faite de brics et de brocs. C’est Télé Gaucho. Lui qui rêve de tenir une caméra se lance dans l’aventure. On le voit traîner par ici, on l’embarque, on lui file une caméra dans les mains et hop ! Au boulot ! Victor découvre les injustices sociales du quartier. Il rencontre aussi Clara, une jeune fille délurée qu’il va aimer dès le début…

Pourquoi c’est un super film :

1 – parce qu’on se marre comme des baleines. On dirait pas en voyant l’affiche, je vous l’accorde. Mais en fait, ce jeune Victor qui découvre la vie est vraiment très drôle ! Il est libre, il s’en fout un peu de tout et il s’éclate, malgré ses maladresses. Tous ses nouveaux amis sont hyper marrants aussi, sans le faire exprès. Leurs belles idées sont loufoques, les programmes qu’ils mettent en place sont à prendre au 20e degré, les répliques sont parfois inattendues et brillantes. On rit je vous l’dit !Telegaucho-sara-forestier

2 – parce que Sara Forestier joue dedans. On peut dire ce qu’on veut sur cette fille mais pas qu’elle est mauvaise actrice. Au contraire, c’est une FABULEUSE actrice ! Ses deux César et son rôle majeur dans L’Esquive l’ont prouvé. Elle incarne cette fois une Clara maladroite et malchanceuse. Malgré sa folie, sa joie communicative et son regard pétillant, elle rate tout ce qu’elle entreprend. Et c’est ce qui la rend touchante et incroyablement drôle !

3 – parce que le regard porté sur l’anarchisme et l’engagement est à la fois admirateur et réaliste. Rejeter les médias capitalistes et créer une télé décalée, c’est un magnifique projet très courageux, mais tout reste lié tout de même. Pour exister, cette télé a besoin qu’un maximum de gens la regarde (et donc qu’elle soit diffuser sur un canal national). Pour vivre, les créateurs de cette télé ont besoin d’un toit et d’argent, et il faut parfois accepter d’être hébergé par ses parents dans le 16e. Notez que ce paradoxe est admirablement pointé du doigt par le réalisateur, ce n’est pas rien.

A savoir : le film s’inspire librement d’une véritable télé parisienne de quartier des années 90, toujours existante, intitulée Télé Bocal. Le réalisateur faisait à l’époque partie de l’équipe et a finalement voulu rendre hommage au projet et aux gens admirables qui l’ont soutenu.

Maintenant, j’ai envie de voir Le Nom des Gens, le précédent film de Michel Leclerc. Allez, bougez-vous un peu les fesses avant la fin de l’année et revenez me dire ce que vous en avez pensé.

Films·Musique et concerts

Rude Boy Story, un film courageux

affiche-rudeboystoryComme vous avez pu le comprendre sur Twitter, j’ai assisté, hier soir, à une projection parisienne de Rude Boy Story. Ce film de Kamir Meridja propose de retracer le parcours de Dub Inc., groupe de reggae talentueux, et pose notamment plusieurs questions sur l’indépendance musicale, la reconnaissance et le succès. Etre indépendant des majors, qu’est-ce que cela implique ? Pourquoi le groupe, qui remplit des Zénith, tourne sur les gros festivals et s’invite dans le monde entier, ne fait l’objet d’aucun article, d’aucun reportage ?

Bien sûr, c’est avec un regard amoureux que j’ai assisté à la projection, car comme vous le savez, j’admire profondément ces musiciens. Je ne peux donc pas comprendre le regard déçu porté par lemonde.fr. La caméra de Rude Boy Story ne reste pas à distance du groupe : elle est dans la foule, derrière la batterie, cachée au fond de la scène ou exhibée en plein milieu, derrière les chanteurs agités. Elle s’invite dans les tournées internationales, dans le coin d’un bar portugais, sur un trottoir new-yorkais. Elle interroge les journalistes qui ne parlent pas de Dub Inc., les membres du groupe, dans leur studio, les copains connus (Idir, Sinsemilia, Babylon Circus…) qui les soutiennent. Ultraprésente, la caméra vit, sautille, observe puis bondit.

On découvre beaucoup d’extraits de concerts et cela fait frétiller les jambes. Difficile de ne pas se lever pour chanter avec le public du film, heureux et enthousiaste. “On adore Dub Inc. !”, s’exclament des jeunes filles portugaises ; “nous accueillons un groupe de renommée internationale”, présente une Jamaïcaine ; “ils ont un avenir”, conclu un reggae-man animateur de radio américaine. Partout où ils passent, ils rendent les gens heureux. Leur dynamisme et leur joie est communicative.

Mais malgré leur succès toujours grandissant et les acclamations du public, le groupe avoue une petite frustration : celle de ne pas exister dans les médias non-spécialisés. Difficile de ne pas les comprendre. Comment expliquer qu’aux Solidays, les journalistes évitent leur conférence de presse et oublient de parler d’eux le lendemain, quand les têtes d’affiche, voisins de scène, ont droit à des articles dignes de ce nom ? La musique est bonne, indubitablement. Le public est au rendez-vous, les albums se vendent, les salles se remplissent… Serait-ce uniquement leur indépendance qui leur jouerait un tour ? Selon les quelques journalistes interrogés, c’est même la seule raison. Impensable pour un rédac’chef de laisser son équipe présenter un groupe “inconnu” qui n’a rien d’autre à vendre que ses spectacles déchaînés. A quand des rédac’ chefs ambitieux, passionnés et courageux ?!

L’indépendance de Dub Inc. est finalement un atout, et ils en ont conscience : partir au bout du monde jouer dans un bar, aller simplement à la rencontre du public après le show, tout maîtriser de A à Z… finalement, cette liberté n’a pas de prix.

Après la projection, Kamir Meridja est venu présenter son travail et la genèse du film. D’abord, le groupe n’a pas adhéré au projet, qui a mis trois ans à voir le jour. Puis il a compris que ce mec à la caméra qui les suivait partout n’était pas si fou que ça. Le film, tout autant indépendant que le groupe, mise sur le bouche à oreille : conçu sans aucun moyen financier, il se déplace de ville en ville comme un groupe de musique. Solliciter les cinémas, haranguer les foules, payer ses billets de train et se débrouiller, voilà ce qui fait de Rude Boy Story un film courageux, préparé par un entêté !

Encouragez donc le réalisateur dans sa démarche, en assistant à une projection. Toutes les dates à venir sont sur le site dédié, Rudeboystory.com. C’est moins cher qu’une séance de ciné classique, ça fait réfléchir sur l’univers musical actuel et ça fait découvrir un groupe fantastique. La soixantenaire venue hier l’a dit : elle veut maintenant les écouter s’ils passent par là.

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Films

Amour, la Palme d’or de Michael Haneke

amour_haneke_afficheRien qu’en y repensant, j’en frissonne. C’est hier que j’ai découvert le dernier film palmé de Michael Haneke. J’en suis sortie bouleversée, presque chancelante, mon parapluie à la main. J’ai pensé à Amour tout le long du chemin qui me ramenait chez moi. J’y ai repensé le soir. J’y repense aujourd’hui.

Amour n’est pas un simple film. C’est un bijou. Tendre et précieux. Nous y découvrons un couple d’anciens professeurs de piano, vieux mais encore amoureux, passionnés par la musique et la lecture. Si doux l’un envers l’autre, ils sont peu bavards mais se disent l’essentiel. Habitant dans un grand appartement parisien, vieillot et charmant, Georges et Anne semblent mener une vie tranquille. Jusqu’au jour où la vieille femme a une absence, au petit-déjeuner, après avoir cuit l’œuf de son mari. Son regard est perdu dans le vague, elle ne répond plus.

C’est en cela que l’affiche est si belle : elle révèle la beauté de ce visage absent, déconnecté. Elle donne à voir l’élément perturbateur de l’histoire, ce court moment qui fait tout basculer. Car même si au bout de quelques secondes, Anne reprend ses esprits, le mal est fait. Elle a eu une courte attaque, point de départ d’une fin de vie dramatique.

L’héroïne, incarnée par la merveilleuse Emmanuelle Riva, se fait alors opérée de la carotide, sans résultat. L’intervention chirurgicale a échoué, elle a déclenché une paralysie de tout le côté droit. Georges devient donc l’assistant personnel de sa femme : il la déplace, la lave, la porte, lui prépare son assiette, l’observe vivre un peu craintivement. Jusqu’à une nouvelle attaque qui transforme Anne : elle ne peut plus bouger, plus parler, plus s’alimenter ni se laver seule. Totalement dépendante, elle perd goût à la vie et crie sa douleur à qui veut l’entendre.

Amour est un hymne à l’union de deux êtres, prêts à tout l’un pour l’autre, même au pire si cela peut soulager. Long (plus de deux heures) et silencieux, ce film est rythmé par les allers-retours de Georges, de la chambre au salon, de la cuisine à la salle de bains. La caméra est intelligemment utilisée : hors-champs évocateurs, gros plans, immobilité… Elle erre en huit-clos, dans cet appartement sombre et immense, déjà mort.

On pleure en sortant, du moins on tremble. Rien n’est fantasmé dans cette histoire, tout est crédible, cela se produit chaque jour. C’est cela qui me touche le plus. Le silence pesant des génériques de début et de fin renforcent ce sentiment de fatalité. Comment affronter la mort ? Comment l’accepter ? Quel sens donner à cette fin de vie… dirais-je “inutile” ?

Haneke filme la mort avec pudeur, par le biais de deux sublimes acteurs que sont Jean-Louis Trintignant et Emmanuelle Riva. Sans fracas, sans bruit, on pénètre dans l’intime, doux et effrayant à la fois. On en ressort ému et ahuri. Une Palme d’or à voir, sans aucun doute.

Films

Rebelle : une histoire de cheveux

affiche-rebelleVous avez peut-être raté “Rebelle”, le dernier Disney/Pixar aux couleurs écossaises, sorti sur les écrans le 1er août dernier. J’ai cru que c’était aussi mon cas et puis j’ai constaté qu’il était toujours à l’affiche. Alors je suis allée jeter un œil à ce petit film d’animation qui avait plu aux chroniqueurs de l’émission Le Masque et la Plume (si, si, je les ai entendus !), sur France Inter, le 12 août exactement.

“Rebelle” raconte l’histoire de Merida, une jeune demoiselle flamboyante, heureuse de vivre libre dans une belle et mystérieuse contrée écossaise, entourée de sa petite famille. Mais un jour, sa mère la Reine lui fait comprendre qu’il va falloir choisir un prétendant pour époux, afin de respecter les traditions ancestrales et que la paix continue à régner.

Mais la jeune fille ne l’entend pas de cette oreille : au nom de quoi devrait-elle sacrifier sa liberté, elle qui aime tant galoper à travers champs et tirer à l’arc ? Pour de pures légendes ? Ja-mais ! En s’entêtant au lieu de s’écouter, la mère et la fille vont malheureusement être victimes d’une malédiction…

On s’en doute, bien sûr, cette jolie histoire finit bien. Oui mais ! Attention, dans “Rebelle”, les cheveux sont à l’honneur. Merida arbore une superbe chevelure rousse, aux boucles rebelles (justement).

La mère, quant à elle, tresse ses cinq mètres de cheveux comme elle peut, jusqu’à ce que tout ça se libère dans un coup de vent et la rajeunisse d’un seul coup. Le père, lui, bon roi Dagobert, cache quelques poils roux sous un casque de guerrier sanguinaire mais expose fièrement sa moustache décoiffée. Les triplés, as des bêtises en tout genre, sont tout “bigoudillés” (et roux, évidemment).

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Même les personnages secondaires sont joliment poilus : les trois seigneurs, venus présenter leurs fils à Merida, ont de fantastiques tignasses. Coup de cœur pour les mèches noires indisciplinées du seigneur MacIntosh, à droite sur l’image.

Il semblerait qu’aujourd’hui, le roux soit à l’honneur, chose rare si j’en crois l’article dédié à ce sujet dans Marianne. Les cheveux aussi, puisque même le Musée du Quai Branly propose une expo sur les cheveux. Et comme je suis moi-même bien chevelue, j’irai sans doute y faire un tour.

Je vous conseille en tout cas ce film d’animation, qui a, pour une fois, la décence de présenter une princesse qui ne se marie pas. Une rebelle, quoi.

Films

Jaws – Les dents de la mer

Et si De Ma Plume A Vos Oreilles devenait un blog culturel ? Je vous avoue que ça me travaille… dois-je parler de mes autres passions, comment le cinéma, sur mon blog littéraire ? A vous de me dire. Parce que j’aime aussi la musique. Et le théâtre ! Alors bon, pensez-vous, j’ai forcément des trucs à dire sur ces sujets.

Alors voici le sondage de l’année :


dents-de-la-merCeci étant dit, je voulais un peu vous parler des Dents de la mer, le grand classique de Spielberg qui a fait de lui ce qu’il est aujourd’hui (une star internationale du cinéma).

Je l’ai regardé hier soir, me disant “Non mais quand même quoi ! Tu aimes le ciné et t’as pas vu ce film !” (ou comment se mettre la pression toute seule). Ca tombait bien, j’avais le DVD sous la main, emprunté dans ma chère médiathèque.

Du coup, je me suis lancée.


OUAH.


J’en reviens toujours pas. Il date de 1975 et pourtant, il est VRAIMENT stressant. Moi qui aime trembler devant des films, j’étais loin d’imaginer qu’un vieux machin super-over-culte me fasse autant flipper.

Cette musique oppressante en Mi et Fa (tin…-tin…-tin..-tin..-tin.-tin.-tin-tin-tintintintintintin !), ces plans oscillants sous l’eau, ces jambes vues de la mer qui s’agitent innocemment… Spielberg a su jouer avec mes nerfs, bravo. Et vous, si vous l’avez vu, qu’en avez-vous pensé ?

Bon, évidemment, si je dis aux autres “Regardez-le, bon sang”, on va dire que je suis légèrement-un-tout-petit-peu pénible. Mais je le dis quand même.


Ca vaut le coup.