Livres

Thérèse Raquin, Emile Zola

therese-raquin-zolaPourquoi ce livre ?

Il y a quelques mois, j’avais avoué sur Twitter n’avoir jamais lu Zola et avais demandé par quel roman commencer. Plusieurs lecteurs m’avaient conseillé Thérèse Raquin, que j’avais acheté quelques semaines plus tard, afin d’être sûre de le lire prochainement. C’est chose faite !

De quoi ça parle ?

Elevée par sa tante, Thérèse Raquin vit recluse dans une petite mercerie parisienne, mariée à son cousin Camille, triste et mou. Elle découvre la passion dans les bras de Laurent, peintre raté et ami de la petite famille. Les deux amants entreprennent un sinistre projet : tuer Camille pour vivre leur amour librement. Mais cette décision va les mener à leur perte…

Mon avis

Avant toute chose, je tiens à signaler aux éditions Pocket, si elles passent par là, que cette couverture de livre est tout bonnement affreuse. C’est bien parce que Zola est l’auteur de ce roman que j’ai eu le courage de le lire, sinon, il n’avait aucune chance.

Ceci étant dit, revenons à l’histoire ! Thérèse Raquin est donc un court roman, noir et pessimiste, qu’il n’est pas bon de lire lorsque le moral est bas. Les héros ne sont que désespoir et tristesse. Telle une tragédie, leur destin est noué, aucune issue n’est possible. L’entreprise meurtrière de Laurent et Thérèse n’apporte pas le bonheur espéré : c’est plutôt un lot de remords, de frayeurs et de dégoût qui envahit les deux amants, hantés par le spectre du mari noyé.

L’ambiance est poisseuse, crasseuse, l’histoire est sordide. Les décors sont gris, sales. Les espoirs vains, les amours mortes. Zola, talentueux écrivain, parvient à rendre ce désespoir total et le voilà qui traverse les lignes, les pages. La deuxième moitié du roman souffre d’un manque d’action, mais ce n’est que pour mettre la fin en valeur… On glisse lentement vers la fatalité. Brillante fin, pas forcément inattendue, mais tout à fait logique et théâtrale.

Une bonne lecture, donc, qui met en scène la tragédie humaine et le cercle vicieux. A lire une fois dans sa vie, tout de même.

ZOLA Emile, Thérèse Raquin, éditions Pocket, 2004 (initialement publié en 1867), 287 pages

Livres

Fleur de tonnerre, Jean Teulé

fleur-de-tonnerre-jean-teulePourquoi ce livre ?

Parce que Jean Teulé ! Je n’attendais que la sortie en poche pour m’offrir son dernier roman en date.

De quoi ça parle ?

Bretagne, 19e siècle. Dès l’enfance, Hélène Jégado s’identifie à l’Ankou, la Mort. Elle se sent investie d’une mission : empoisonner tous ceux qui croiseront sa route. La voilà qui traverse la Bretagne et sème la mort chez les enfants et les adultes.

Mon avis

Jean Teulé a le chic pour raconter la vie de personnages hors du commun : une fois de plus, il s’intéresse à l’un deux, Hélène Jégado, meurtrière folle et sereine, qui a assassiné à coup de belladone et d’arsenic dans toute la Bretagne.

On suit cette femme incroyable dès son enfance, alors qu’elle empoisonne sa mère, jusqu’à un âge avancé. Impassible et discrète, Hélène, alias Fleur de tonnerre, est une femme appréciée, cuisinière talentueuse – et pour cause ! Elle a cet ingrédient magique qui ne laisse pas de marbre… Le personnage à lui seul fascine : on n’arrive pas à la détester, malgré les horreurs accomplies.

L’écriture de l’auteur, précise, intelligente, tranchante, est une fois de plus au rendez-vous. Jean Teulé sait précisément comment incarner cette femme si obscure, qui tue sans but. Pas de longs discours ni d’interminables situations. L’action est rapide, efficace. Hélène assassine plusieurs personnes en une phrase puis déambule à travers les chapitres… Elle poursuit sa mission sans ralentir. Peu importe finalement les nombreux noms qu’elle croise : même si l’auteur a sans doute effectué un long travail de recherches, ces énumérations n’ont qu’un seul objectif, enrichir la liste des victimes de l’héroïne.

Si vous ne connaissez pas encore le style de Teulé, Fleur de tonnerre est un excellent moyen de s’y mettre. C’est aussi un très bon roman pour les amateurs de l’écrivain et de son écriture inimitable. Teulé, l’un des meilleurs auteurs de notre siècle, selon moi.

TEULE Jean, Fleur de tonnerre, éditions Pocket, 2014 (première édition en 2013), 261 pages

Livres

Cours ma jolie, Lisa Unger

cours-ma-jolie-lisa-ungerPourquoi ce livre ?

Il y a un certain temps, j’avais bénéficié de l’offre Pocket « 2 achetés, 1 offert » et avais donc choisi Cours ma jolie pour compléter ma collection de thrillers.

De quoi ça parle ?

Ridley Jones, journaliste américaine, reçoit un jour dans sa boîte aux lettres une vieille photo et un petit mot : « Es-tu ma fille ? ». Sa vie entière va alors être remise en question…

Mon avis

Même si j’ai lu ce roman au cours du mois d’avril 2014, et qu’il est donc normal que l’intrigue m’échappe un peu, je me souviens toutefois de l’ambiance paranoïaque créée par le style de l’auteur et les péripéties, qui happent le lecteur et le font douter de tout. Tout comme Ridley, l’héroïne, on devient méfiant : qui sont ces parents énigmatiques, ce voisin au passé mystérieux, cet homme qui la suit dans le métro ? Pourquoi ce mot, dans la boîte aux lettres ?

Ce thriller psychologique, même s’il est peut-être parfois un peu tiré par les cheveux, a le mérite de se lire vite et bien. On s’y accroche car on veut comprendre, tout comme le personnage principal. A partir de là, le pari est relevé !

J’aurais aimé que l’histoire continue : la fin me semble un peu abrupte. Ridley démêle les nœuds de sa vie mais ne continue pas l’enquête, qui va au-delà de ses problèmes personnels. Dommage… Voir le récit prendre d’autres proportions aurait été plutôt intéressant, je pense !

Pour résumer : un thriller bien rythmé, une intrigue peu originale mais haletante, un style passe-partout… Je crois que c’est un roman pour l’été !

UNGER Lisa, Cours ma jolie, éditions Pocket, 2013 (première édition française en 2007), traduit par Isabelle Maillet, 458 pages

Livres

No et moi, Delphine de Vigan

no-et-moi-delphine-de-viganPourquoi ce livre ?

C’est un cadeau de Mélanie, du blog Lis-moi si tu veux. Rappelez-vous, elle me l’a offert dans le cadre du swap que j’avais organisé !

De quoi ça parle ?

Lou, lycéenne surdouée, rencontre No par hasard, à la gare d’Austerlitz. No, c’est Nolwenn, une jeune sans-abri paumée. Lou va se prendre d’affection pour elle et tenter de l’apprivoiser…

Mon avis

J’ai maintes fois entendu parler du talent de Delphine de Vigan et déjà pu constater que No et moi est particulièrement apprécié des blogueurs littéraires. Mélanie a eu raison de me confier la lecture de ce court roman, qui mérite amplement son succès.

Vrai, plein de poésie et de tendresse, mais aussi brutal et sans chichis, ce livre décrit parfaitement le monde dans lequel nous vivons : l’indifférence générale face à la pauvreté et à la brutalité, la tristesse ambiante qui rythme nos journées, l’individualité… No et moi est finalement assez sombre. Heureusement, la relation forte qui se tisse entre Lou et No apporte une once d’humanité à ce récit dramatique.

Le style de l’auteur, simple et efficace, permet d’aller à l’essentiel : les phrases sont courtes, les chapitres rythmés. Lou est la narratrice, on s’identifie donc très rapidement à elle et à son regard critique sur la société. Observatrice, curieuse, elle ne comprend pas comment l’immense pauvreté peut côtoyer de si près la richesse. Notre regard est biaisé : on est de son avis ! Comment peut-on passer indifféremment devant un homme ou une femme de la rue ? Pourquoi en est-on là ?

No et moi pose donc beaucoup de questions et nous interpelle à propos de nos choix, nos comportements. Ni gaie, ni drôle, cette histoire n’en est pas moins belle. A lire !

Informations complémentaires

Le livre a obtenu le Prix des Libraires 2008 et a été adapté au cinéma par Zabou Breitman en 2010. Je n’ai pas encore vu cette adaptation mais j’en ai bien envie ! Si j’en ai l’occasion, je ne me priverai pas. Si vous la connaissez, qu’en avez-vous pensé ? Fidèle ou fantaisiste ?

VIGAN (de) Delphine, No et moi, éditions Le Livre de Poche, 2012 (première édition en 2007), 250 pages

Livres

Bilbo le Hobbit, J.R.R. Tolkien

bilbo-le-hobbit-tolkienPourquoi ce livre ?

Depuis la sortie du premier film “Le Hobbit” adapté par Peter Jackson, j’avais envie de découvrir cette histoire, étroitement liée à celle du Seigneur des Anneaux lue il y a plusieurs années. J’attendais patiemment que l’occasion se présente… et voilà qu’un ami me l’a prêté un soir !

De quoi ça parle ?

Bilbo est un hobbit paresseux confortablement installé dans sa petite maison de la Colline. Un jour, une ribambelle de nains et un magicien viennent frapper à sa porte pour lui proposer une aventure hors du commun : rejoindre la Montagne Solitaire, ancien royaume des nains aujourd’hui sous le joug du terrible dragon Smaug, afin de récupérer le trésor qui les y attend et leur revient de droit. Un voyage plein de dangers et de rencontres qui changera à jamais le hobbit…

Mon avis

Bilbo le Hobbit est une odyssée fantastique qui se lit avec plaisir et curiosité. Le voyage qu’entreprend notre héros et ses amis est plein de rebondissements et l’on ne s’ennuie jamais ! L’imaginaire de l’auteur pimente le récit : les créatures sont toutes plus étranges et effrayantes que les autres, les paysages, merveilleux ou maléfiques, plantent un riche décor à l’histoire, les protagonistes sont malins et rigolos… Tout a l’air formidable et donne envie de se lancer dans une aventure pareille.

Tolkien possède sans aucun doute un talent d’écrivain et de raconteur d’histoires : présent comme narrateur, c’est lui qui guide le lecteur et lui donne à voir Bilbo et ses péripéties, non sans humour. Il fait brillamment évoluer son personnage au fil des pages : progressivement, Bilbo devient courageux et plein de ressources. On s’y attache d’autant plus !

Si vous ne connaissez pas trop l’univers fantastique de Tolkien, je crois que c’est une bonne façon de l’aborder. Moins complexe et détaillé que sa trilogie mondialement connue, ce roman est résolument moderne et parfaitement abordable, tout en étant riche et plein d’inventivité. J’avais entendu par ci par là que ce roman était un livre pour enfants, je n’en suis pas certaine du tout ! Tolkien a apparemment lu cette histoire à ses enfants mais elle convient mieux, je trouve, aux adultes. Si vous voulez vous lancer, ne soyez donc pas refroidi par ces “on dit”.

TOLKIEN John Ronald Reuel, Bilbo le Hobbit, éditions Le Livre de Poche, 2012 (publication originale en 1937), traduit par Francis Ledoux, 380 pages

Livres

La passe-miroir, 1. Les fiancés de l’hiver, Christelle Dabos

la-passe-miroir-tome1-christelle-dabosPourquoi ce livre ?

Encore une blogueuse à l’origine de cette lecture jeunesse ! Décidément ! Manon, de la chaîne Youtube QuietManon, a été la manipulatrice du jour. Ah bravo !

De quoi ça parle ?

Ophélie est une jeune fille solitaire et sauvage aux passe-temps étranges : d’abord, elle traverse les miroirs pour se déplacer ; ensuite, elle a le pouvoir de “lire” les objets et connaître ainsi leur passé. Elle vit sur l’arche d’Anima, où les objets vivent et réagissent autant que les humains. Un mariage forcé avec le bourru Thorn va bouleverser sa vie… La voilà obligée de le suivre sur la Citacielle, dans le grand Nord, où tout n’est qu’illusion et complots.

Mon avis

Ce premier tome de la trilogie La passe-miroir a su me charmer, bien assez pour que j’ai envie de lire les tomes qui suivront. D’abord parce que je me suis immédiatement sentie proche d’Ophélie, affublée de ses lunettes et son écharpe. Elle ne demande rien à personne, et pourtant, elle va se retrouver, malgré elle, embarquée dans une histoire abracadabrante, dans un monde très mystérieux, entourée de gens loufoques ou dangereux. Bref, on se prend d’amitié pour cette jeune fille, qui semble avoir plus d’influence qu’elle en a l’air.

Le monde imaginaire que dresse Christelle Dabos est ensuite très intéressant : il fourmille d’idées et a déjà l’étoffe d’un univers à la Poudlard (Harry Potter) ou Gwendalavir (La quête d’Ewilan). On l’imagine sans problème adapté au cinéma, même si cela semble complexe à réaliser (en réalité, on l’espère plus qu’on ne l’imagine…). La Citacielle, majestueuse et pleine de surprises, est une capitale flottante miraculeuse, où les décors sont illusoires, où les clans et familles se divisent… L’héroïne évolue avec nous dans les ruelles, les palais et autres constructions fantastiques, et c’est sans conteste un véritable plaisir de lecture.

Enfin, l’histoire est assez relevée et épicée pour nous mettre l’eau à la bouche : que va-t-il arriver à Ophélie ? Quelles décision va-t-elle prendre ? Sera-t-elle finalement bien entourée ou doit-elle rester vigilante ? On veut savoir, c’est donc gagné pour l’auteur. Ce premier roman, lauréat du concours du premier roman jeunesse Gallimard / RTL / Télérama, mérite son prix et son succès.

Je salue aussi l’illustrateur de la couverture, Laurent Gapaillard, qui a su mettre son talent au service de l’univers de Christelle Dabos. Cette Citacielle est tout simplement splendide ! A lire et à suivre dans les années qui viennent !

DABOS Christelle, La passe-miroir, 1. Les fiancés de l’hiver, éditions Gallimard Jeunesse, 519 pages

Livres

Méto, 1. La Maison, Yves Grevet

meto-la-maison-yves-grevetPourquoi ce livre ?

Il y a bien longtemps, j’avais lu une très bonne chronique de cette trilogie d’Yves Grevet sur le blog Les lectures de Kik, qui m’avait vraiment convaincue. Moi qui lis pourtant peu de romans jeunesse (mais pourquoiiii !?), j’avais noté le titre et l’auteur dans mon carnet. Et puis le miracle eut lieu : il est apparu devant moi en janvier, l’air de dire : “eh oh, il serait temps que tu m’achètes, tu crois pas ? Regarde, je suis sorti en poche !” L’argument était en béton, j’ai craqué.

De quoi ça parle ?

Méto est un jeune garçon qui ne sait rien de lui et du monde extérieur. Avec 63 autres garçons, il vit dans la Maison, un lieu clos mystérieux régi par des règles strictes. Chaque geste, chaque moment de la journée est prévu, organisé. Ici, pas de place à l’improvisation ! Les enfants ne savent qu’une chose : en grandissant, ils devront partir. Oui mais où ? Que cache la Maison et ses défenseurs ?

Mon avis

Je suis déjà prête à bondir pour m’offrir le tome 2 lorsqu’il sortira en poche (le 3 avril 2014) ! Oui, Méto est un très bon roman jeunesse, je l’affirme haut et fort ! On est un peu perdus au tout début, car l’univers nous est inconnu. Quelles sont donc ces règles bizarres, où il faut compter 50 secondes entre chaque bouchée, où, lorsqu’il est l’heure de dormir, il faut se comprimer sous les draps jusqu’à ne plus pouvoir bouger… ? Heureusement, très vite arrive un petit nouveau, comme c’est le cas lorsqu’un grand s’en va. Méto va donc expliquer le fonctionnement de la Maison au petit Crassus.

On est donc assez rapidement happé par cette Maison maléfique et autoritaire, où aucun faux pas n’est possible sans finir au Frigo, la pièce froide où l’on enferme les récalcitrants. Méto, en y passant 4 jours, va découvrir qu’il est possible de percer tous ces mystères à jour. C’est donc lui, l’élément perturbateur et le héros à la fois, qui va tout chambouler. Comme lui, on a hâte de savoir ce qu’il se passe dehors ! Où sont les femmes (on se le demande tous !) ? Ces enfants ont-il des parents à l’extérieur ? D’où sortent-ils ? Que deviennent les grands ?

Intriguant, haletant et passionnant : voilà les maîtres-mots de ce court roman, qui donne assurément envie de lire la suite. Il est l’heure de déjouer les complots et autres manigances ! Si comme moi vous êtes un peu paranoïaque dans les romans et soupçonnez tout le monde, que votre raison de lire est de résoudre des énigmes, emparez-vous de Méto, vous serez vite conquis !

GREVET Yves, Méto, tome 1 “La Maison”, éditions Pocket Jeunesse, 2013 (édité chez Syros en 2008), 237 pages

Livres

Orgueil et préjugé, Jane Austen

orgueil-et-prejugePourquoi ce livre ?

Parce qu’il était temps !

De quoi ça parle ?

L’histoire se passe dans l’Angleterre du 18ème siècle, au temps des belles robes, des bonnes manières et de l’hypocrisie générale. On suit les aventures d’Elizabeth Bennet et de sa famille, principalement préoccupée par le mariage. L’arrivée d’un nouveau voisin, M. Bingley, va bouleverser l’ordre des choses…

Mon avis

Il m’aura fallu du temps pour découvrir la plume de Jane Austen mais c’est enfin chose faite et j’en suis ravie ! Elizabeth par ci, Darcy par là… Les deux héros de ce roman classique sont on ne peut plus admirés sur la blogosphère littéraire et il faut avouer qu’on se sent un peu perdu lorsque “Darcy” ne nous évoque que Bridget Jones. C’est pour cette raison, mais aussi par curiosité, qu’il était donc nécessaire que je découvre ces amoureux.

J’ai certes eu du mal à me lancer : il m’a fallu un temps d’adaptation à la langue de l’époque, aux formulations alambiquées et aux bons mots de l’auteur. Car on ne lit pas Jane Austen vite fait bien fait. La concentration est de mise, mais c’est pour mieux savourer chaque conversation, chaque réflexion. Après avoir plongé dans l’ambiance théâtrale du roman, on ne peut s’en défaire car il est évident que nous faisons nous aussi partie des bals, sorties dans les parcs, discussions de salon et autres confidences épistolaires.

L’héroïne, rebelle et féministe avant l’heure, affirme son caractère avec tant de verve et de répartie qu’on a envie de l’applaudir régulièrement. Mais elle est aussi pleine de préjugés et apprendra au fil des pages à dépasser les apparences. M. Darcy, cet homme si orgueilleux et malpoli, pourrait bien être un honnête et discret admirateur…

Orgueil et préjugé est un roman parfaitement mis en scène. Avec très peu d’action, l’auteur parvient à retranscrire une époque, une ambiance. On aimerait enfiler une longue robe à froufrous et se pavaner avec les sœurs Bennet, chuchoter d’incroyables rumeurs aux cousines, oncles et tantes, jouer à l’amoureuse résistant la tête haute. C’est un livre qui réveille en nous les envies de théâtre et de déguisements, tout en questionnant le monde d’hier et les priorités des bourgeois anglais du 18e.

J’aimerais maintenant découvrir les adaptations cinématographiques qui ont été faites de ce roman. Laquelle me conseillez-vous ? Le film avec Keira Knightley ou la série de la BBC ? Si vous n’avez pas encore lu ce roman et que vous avez besoin d’une bonne dose de classique et de talent, lancez-vous !

AUSTEN Jane, Orgueil et préjugé, éditions du Rocher, collection Motifs, 2004 (édition originale de 1813), traduit par Béatrice Vierne, 623 pages

Livres

Comme ton ombre, Elizabeth Haynes

comme-ton-ombre_elizabeth-haynesPourquoi ce livre ?

Il y a quelques mois, j’ai visionné la vidéo “coup de cœur” de Nina, du blog Le Libr’Air. Son avis m’avait absolument convaincue de lire ce thriller psychologique. Après avoir mis un certain temps à l’acheter, je me suis jetée dessus !

De quoi ça parle ?

L’histoire se déroule en deux temps. D’un côté, nous sommes en 2003 et l’on découvre la jeune Cathy, grande fêtarde entourée d’amis. Un soir, elle fait la rencontre de Lee, un homme séduisant et mystérieux et tombe très vite amoureuse de lui. De l’autre, on la retrouve quatre ans plus tard, paranoïaque, bourrée de TOC, seule et effrayée. Que s’est-il donc passé entre temps pour qu’elle change du tout au tout ?

Mon avis

Je déclare officiellement qu’il s’agit de mon premier coup de cœur 2014 ! La quatrième de couverture et l’avis très positif de Nina m’avaient convaincue avant l’heure mais après lecture, je confirme qu’il s’agit d’un excellent roman.

D’abord parce que l’ambiance malsaine distillée à chaque page retient l’attention : dès le début du livre, notre curiosité est piquée à vif. Très vite, notre seule obsession est de savoir pourquoi Cathy est devenue aussi névrosée. Les chapitres, courts et cinglants, s’enchaînent avec délice et rapidité. L’alternance entre 2003 et 2007 ne dérange jamais, car les éléments de ces deux périodes sont liés.

Ensuite parce que la narratrice et héroïne qu’est Cathy est profondément touchante. Son histoire avec Lee fait d’abord rêver avant de surprendre et d’effrayer : oui, cela est réaliste et même possible ! Attention aux hommes mystérieux et ultra-possessifs… Le harcèlement moral dont elle est victime grignote aussi le lecteur. On prend peur avec elle, on s’attend à chaque ligne à un nouveau rebondissement. Fébrile, on se crispe et l’on tourne les pages sans s’arrêter, saisi par l’horreur qui se dévoile petit à petit mais tout de même curieux d’en savoir plus.

Enfin parce qu’Elizabeth Haynes possède un talent d’écriture et de mise en scène évident. Le style percutant, soutenu par une mise en page aérée, peut difficilement ennuyer le lecteur. Je mets chacun de vous au défi de vous endormir sur ce bouquin ! Notez tout de même qu’il s’agit d’un premier roman, initialement écrit dans le cadre du Nanowrimo (projet à portée internationale et ouvert à tous, qui consiste, chaque année, à écrire un roman de 50 000 mots en un mois).

Si vous cherchez un thriller psychologique réaliste qui fait froid dans le dos et se lit vite et bien, optez pour Comme ton ombre. Il rebooste l’envie et le rythme de lecture, passionne par son sujet, accroche par son style, il est en tous points parfait ! A lire d’urgence !

HAYNES Elizabeth, Comme ton ombre, éditions Le Livre de Poche, 2012 (initialement publié en 2011 chez les Presses de la Cité), traduit par Sylvie Schneiter, 477 pages

Livres

Le quatrième mur, Sorj Chalandon

le-quatrieme-mur-sorj-chalandonPourquoi ce livre ?

Autre cadeau de Noël, de la part de mes parents cette fois.

De quoi ça parle ?

L’histoire se passe dans les années 70-80. Samuel, metteur en scène ambitieux, a l’idée de monter l’Antigone de Jean Anouilh à Beyrouth, au cœur de la guerre du Liban. Son objectif ? Réunir des acteurs amateurs de tout bord : sunnite, chiite (communauté musulmane), maronite, chaldéen, catholique (communauté chrétienne), druze… Malheureusement, la maladie le ronge et l’empêche de mener son projet à bien. Il remet alors le flambeau à son ami Georges, qui va devoir rassembler tous les acteurs en tenant compte des croyances et spécificités de chacun. Tout cela au cœur des attaques et bombardements qui détruisent le Liban.

Mon avis

Difficile de résumer ce roman incroyable ! Je me suis lancée confiante, rassurée par le Prix Goncourt des Lycéens qui a récompensé ce livre en novembre 2013. Pourtant, les cent premières pages ne parvenaient pas à m’accrocher. Georges, le narrateur, revient sur sa jeunesse et sa rencontre avec son ami Samuel, en mélangeant les périodes de sa vie. J’avais donc du mal à suivre et à trouver de l’intérêt au récit. Mais après tout cela, j’ai compris pourquoi les lycéens ont élu ce roman Prix Goncourt !

Dès que Georges prend les choses en main et que l’on entre dans le vif du sujet, l’histoire devient passionnante. On atterrit au Liban avec lui, on se méfie de tous les personnages qu’il rencontre, meurtris et amers envers les autres communautés. On tremble lorsqu’il doit convaincre les familles des acteurs. On a le sourire aux lèvres quand il y parvient.

Sorj Chalandon retranscrit admirablement l’horreur de la guerre et ses conséquences. La première personne permet aussi d’être plongé dans cette ambiance morbide et terrifiante. On n’a pas le regard extérieur des médias, mais l’on vit l’instant avec le narrateur. Il est blessé : on n’avance plus. Il est hanté par les corps étendus dans les rues : on ne voit plus que cela, tout comme lui. Il est choqué par la bêtise de femmes françaises se disputant une place dans une file d’attente : on relativise et on apprécie d’autant plus la vie que l’on mène.

L’idée de mettre en scène Antigone dans un pays en guerre est, en soi, une très bonne matière à exploiter. Les références et citations de la pièce d’Anouilh sont équitablement réparties dans le roman et elles ne sont jamais réservées aux connaisseurs. Pas la peine de connaître l’œuvre originale pour lire ce livre ! Inutile aussi d’effectuer des recherches sur les communautés religieuses libanaises. Moi qui n’y comprends rien, je me suis laissée porter par le style de l’auteur, qui ne complique jamais les choses. Après tout, ce qui compte, c’est l’humain.

Les derniers chapitres, profonds et violents, empêchent de refermer le livre. On est estomaqué ! J’aimerais profondément qu’un réalisateur adapte ce roman incroyable au cinéma, car il mérite d’être plus connu ! J’ai cru au début que j’oublierai bien vite cette histoire ; finalement, j’en suis ressortie marquée. Bluffant.

CHALANDON Sorj, Le quatrième mur, éditions Grasset, 2013, 327 pages