Livres

Le singe de Hartlepool, Wilfrid Lupano et Jérémie Moreau

lesingedehartlepool-bdPourquoi cette BD ?

Le singe de Hartlepool trônait parmi les nouveautés BD de ma médiathèque. Intriguée par la couverture et par le dessin somme toute assez joli et original, j’ai décidé de l’emprunter. Une nouvelle session de lecture de bande-dessinée se dessinait à l’horizon !

De quoi ça parle ?

En 1814, un navire de la flotte napoléonienne s’échoue au large d’Hartlepool, un petit village du Royaume-Uni. Parmi les débris, les villageois découvrent un survivant : il s’agit du singe du navire, vêtu de l’uniforme français, dont le rôle était d’amuser la galerie. Les Anglais, qui détestent les Français et n’ont jamais vu de singe, n’ont alors qu’un seul but : se débarrasser de ce sale Français survivant.

Mon avis

Inspirée d’une légende d’Hartlepool, un véritable village anglo-saxon, l’histoire de ce singe a de quoi décontenancer. D’abord humoristique, elle prend lentement des couleurs plus sombres. Aveuglés par la haine, l’ignorance et le nationalisme, les villageois anglais ne verront jamais que ce survivant n’est qu’un singe. Cette aberration interroge vraiment à la lecture : jusqu’à quel point l’homme est-il capable d’aller lorsqu’il est motivé par la haine ? La bêtise peut-elle à ce point dominer ? Il est clair qu’au fur et à mesure, on se demande si cela a effectivement eu lieu. Impossible de savoir quelle est la part de vérité dans cette légende. Malgré cela, elle reste encore bien ancrée en Grande-Bretagne puisque les habitants de Hartlepool, encore aujourd’hui en 2013, sont surnommés “les pendeurs de singe” (monkey hangers).

Les dessins aux couleurs pastel et aux traits parfois doux, parfois agressifs, ne sont pas déplaisants. Ils illustrent très bien l’ambiance grise et pluvieuse de ce village, la violente tempête, la colère et la hargne des habitants, l’incompréhension de ce singe au regard doux et triste.

Loin d’être amusante, cette bande-dessinée originale a le mérite de faire connaître une légende inconnue par ici, en pointant du doigt la bêtise et la cruauté humaine. A découvrir !

LUPANO Wilfrid & MOREAU Jérémie, Le singe de Hartlepool, éditions Delcourt, 2013, 94 pages

Livres

Une place à prendre, J. K. Rowling

UnePlaceAPrendre-RowlingPourquoi ce livre ?

Je l’ai reçu en cadeau d’anniversaire, après lui avoir fait les yeux doux. Il faut dire que J. K. Rowling a bercé mon adolescence avec la série des Harry Potter, et j’avais hâte de découvrir ce qu’elle avait concocté de nouveau.

De quoi ça parle ?

L’histoire commence avec la mort de Barry Fairbrother, un notable de la petite ville de Pagford. Son siège au Conseil est désormais à prendre… Les guéguerres politiques, les ragots et les humiliations vont alors bon train. Débute un portrait noir et précis d’une commune tranquille, en apparence seulement.

Mon avis

J. K. Rowling prouve, avec cette nouvelle histoire bien éloignée du monde fantastique d’Harry Potter, qu’elle a un talent d’écrivain. Elle sait inventer et raconter, c’est indéniable. Dès les premiers chapitres, on sent que l’auteur a imaginé la ville de Pagford dans les moindres détails : elle décrit les rues et l’agencement des maisons et des quartiers comme si une maquette se trouvait sous ses yeux. Les différentes familles sont elles aussi très travaillées : chaque personnage a un passé propre, un secret, une histoire à nous raconter. Ils n’incarnent ni le bien ni le mal. Ce sont avant tout des humains, avec leurs qualités et leurs travers. Bien que difficile à suivre dans les 200 premières pages (il m’a fallu faire un organigramme pour savoir qui était lié à qui), cette profusion de détails et d’éléments permet au lecteur d’immédiatement s’attacher aux personnages.

Une fois que le petit monde de Pagford est entièrement dessiné, Rowling se lance dans plusieurs intrigues. Une intrigue politique, d’abord, rythmée par les messages anonymes postés sur Internet qui accuse à tour de rôle tous les candidats de tel ou tel méfait ; une intrigue sociale ensuite, qui dresse le portrait d’individus en proie à la prostitution, au viol, à la drogue, à l’isolement, au mal-être. Ce méli-mélo, qui nous permet de suivre les destins de chaque personnage, passionne et happe le lecteur. On se sent concerné : on aimerait venir en aide à Sukhvinder, bouc-émissaire du lycée ; soutenir Krystal, jeune fille violente prête à tout pour échapper à sa famille ; épauler Samantha, mère de famille au bord de la crise de nerfs.

J’ai donc été conquise par ce pavé de 680 pages. On y retrouve l’écriture précise et le ton sarcastique de Rowling. La fin, surprenante et terrible, conclut parfaitement le récit. Une très belle lecture que je ne voulais pas quitter, en somme !

organigramme-persos-rowling

Organigramme des personnages d’Une place à prendre – incomplet

ROWLING J. K., Une place à prendre, éditions Grasset, 2012, traduit par Pierre Demarty, 680 pages

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L’alchimiste, Paulo Coelho

lalchimiste-coelhoPourquoi ce livre ?

Je ne sais plus quand ni par qui j’avais entendu parler de ce roman sur Twitter, qui semblait apaisant et passionnant. Je me le suis donc offert il y a quelques mois mais n’ai commencé sa lecture que la semaine dernière.

De quoi ça parle ?

L’alchimiste raconte l’histoire de Santiago, un jeune berger espagnol. Un jour, il rencontre dans un petit village un vieux monsieur très étrange et lui raconte un de ses rêves, dans lequel il trouve un fabuleux trésor au pied des Pyramides d’Egypte. Le vieux le pousse alors à partir à la recherche de ce trésor. C’est ainsi que Santiago prend la mer, arrive au Maroc, et débute ainsi son aventure.

Mon avis

L’alchimiste n’est pas vraiment un roman. C’est un texte philosophique et initiatique qu’il ne faut pas prendre au pied de la lettre. On risquerait sinon de prendre l’auteur pour un fou adepte des substances illicites, notamment lorsqu’il fait converser le héros avec le Vent, le Soleil et Dieu lui-même. Une fois que l’on a compris cela, on peut se plonger sans problème dans cet univers épuré.

Santiago n’est qu’en fait qu’un élève, un disciple. Il suit les conseils du vieux rencontré au début du roman, et se laisse porter par ce qui l’entoure. Il se fait piéger par un voleur ? C’était écrit. Il aide un marchand de cristaux durant un an ? Que ce soit ainsi. Le trésor attendra. De cette manière, les rencontres et les choix qu’il fait orientent son destin.

Tous ces petits évènements, qu’il appelle signes, le mènent à l’Alchimiste, donc. Loin d’être un personnage clef de ce livre (comme le sous-entend le titre), ce dernier n’est qu’une rencontre de plus (selon moi). C’est celui qui aidera Santiago à trouver ce qu’il cherche, en lui apprenant à faire confiance au reste du monde, aux éléments terrestres et au destin.

Pas de suspense fou furieux, de rebondissements haletants ou d’évènements transcendants dans ce roman, donc. Il s’agit plutôt d’un conte philosophique, qui fait réfléchir le lecteur sur ce que l’on veut vraiment, sur les façons d’atteindre son but, sur sa véritable destinée. Une façon de réveiller la part de rêve qui vit en chacun de nous. A lire !

COELHO Paulo, L’alchimiste, éditions J’ai Lu,  2010 (1994 pour la première publication française, 1988 pour l’originale), traduit du portugais par Jean Orecchioni, 191 pages

Livres

La planète des singes, Pierre Boulle

laplanetedessinges-pierreboullePourquoi ce livre ?

Ce classique de science-fiction ayant inspiré de nombreux films, je me devais de le découvrir. Il y a quelques mois, je me le suis donc offert, tout simplement !

De quoi ça parle ?

L’histoire se passe en 2500. Trois hommes embarquent dans un vaisseau spatial dans le but d’atteindre l’étoile Bételgeuse, autour de laquelle gravite une planète étonnamment ressemblante à la Terre. Ils la baptisent Soror et s’y posent, afin de l’explorer. Quelle n’est pas leur surprise lorsqu’ils découvrent qu’ici, les hommes ne sont que des animaux sauvages et les singes des êtres intelligents. Les premiers obéissent et servent aux expériences scientifiques des seconds. Dans ces conditions, difficile d’être crédible aux yeux des singes lorsque l’on est un humain…

Mon avis

Ce roman culte, écrit en 1963 par l’écrivain français Pierre Boulle, m’a immédiatement semblé en avance sur son temps. L’écriture moderne, les expressions et termes utilisés n’ont rien de vieillot. Le livre pourrait faire partie de la rentrée littéraire 2013 que l’on n’y verrait que du feu. Le thème abordé, ensuite. Une planète dirigée par les singes, sur laquelle sont asservis les humains quand ils ne se cachent pas dans la forêt, voilà une idée géniale qui provoque toute sorte de questionnements : d’abord, cela est-il possible ? Comment cela peut arriver ? L’homme tout-puissant pourra-t-il un jour revenir à l’état sauvage ? La nature aura-t-elle raison de lui ?

affiche_planetesingesoriginesIntelligent et facile à lire, ce superbe roman fait naître chez le lecteur plusieurs sentiments : la curiosité, mais aussi la crainte et puis l’effroi. Comme Ulysse Mérou, le personnage principal qui s’exprime à la première personne, on a d’abord du mal à y croire. Les hommes nus, en cage, poussant des cris craintifs ? Les chimpanzés, érudits, aux côtés des orangs-outans et autres gorilles, dictant leurs lois, fondant des familles ? Mais que se passe-t-il !? Une fois l’idée acceptée, une nouvelle question apparaît : comment le héros va-t-il s’échapper de cette planète ? Va-t-il réussir à démontrer que lui n’est pas sauvage comme les autres humains, qu’il sait réfléchir, parler, fabriquer, penser ?

Amateurs de science-fiction, lecteurs curieux, cinéphiles avertis, ce petit livre aux chapitres courts est fait pour vous ! Je l’avoue, c’est pour moi un coup de cœur – ça y est, l’expression est lâchée. Cette idée simple, qui est d’inverser les hommes et les singes, m’a fascinée du début à la fin. Le dernier chapitre, d’ailleurs, apparaît comme un feu d’artifice.

Il me reste un vague souvenir de l’adaptation cinématographique de 1967, avec Charlton Heston. Et je n’ai jamais vu celle de Tim Burton. En revanche, j’ai beaucoup aimé le film le plus récent avec James Franco, intitulé “La planète des singes – Les origines”, expliquant comment le singe pourrait petit à petit prendre l’ascendant sur l’homme. Je crois d’ailleurs que c’est ce film qui m’a donné envie de lire le roman d’origine. Je vous le conseille aussi, une fois que vous aurez lu le roman !

BOULLE Pierre, La planète des singes, éditions Pocket Jeunesse, 2004 (1963 pour la version originale), 224 pages

Livres

Le livre sans nom, Anonyme

lelivresansnomPourquoi ce livre ?

Le titre et la quatrième de couverture m’ayant interpellée, je me suis fait un plaisir de me l’offrir il y a quelques mois.

De quoi ça parle ?

Le résumé laisse entendre qu’un serial killer assassine tous ceux qui ont le malheur de lire le livre sans nom, un livre énigmatique, sans nom et sans auteur. Ayant maintenant lu ce roman intégralement, je préfère vous prévenir : le livre sans nom a finalement assez peu d’importance dans ce récit. L’histoire se déroule à Santa Mondega, une ville d’Amérique du Sud où sont réunis des malfaiteurs, bandits et tueurs en tout genre. Tous n’ont qu’une obsession : détenir l’Œil de la Lune, une pierre bleue aux propriétés magiques qui rendrait immortel. Le bijou va alors passer de main en main…

Mon avis

Le livre sans nom porte mal son nom. Il aurait du s’appeler “L’Œil de la Lune”, car c’est avant tout de ce bijou de grande valeur dont il s’agit. Tous les personnages se l’arrachent : le tueur à gages Jefe souhaite le vendre à prix d’or, les moines d’Hubal ont pour mission de le ramener sur leur île, le bandit El Santino en a besoin pour délivrer les forces du mal… Par un concours de circonstances, c’est en fait Dante et Kacy, un petit couple sans histoires, qui parviennent à le récupérer.

Difficile de raconter l’histoire de ce roman sans faire de révélations. Les péripéties sont nombreuses et surviennent à chaque chapitre. On suit parallèlement une bonne dizaine de personnages, qui se croisent, se défient ou s’ignorent, mais ont tous un lien avec la fameuse pierre bleue. Les uns la recherchent, les autres la fuient, d’autres encore enquêtent… Contrairement à ce que l’on pourrait croire, il est facile de démêler tous ces points de vue, car l’écriture est parfaitement maîtrisée.

Le style cinématographique facilite cette lecture facile : à la manière d’un film de Tarantino, les gestes sont précisément décrits, l’humour est omniprésent, les dialogues vont à l’essentiel et les massacres sont digne de ce nom. Malgré cela, le mystère demeure jusqu’aux derniers chapitres. Et quelles révélations ! L’auteur anonyme sait donc quelles ficelles tirer et à quel moment.

Malgré tout cela, Le livre sans nom est resté quelques temps sur ma table de nuit. Manquait-il un peu de suspense pour que j’ai plus souvent envie de le lire ? Ou était-ce dû aux vacances, période de vadrouille étonnamment non-propice à de longues lectures ? Ce qui est sûr, c’est qu’il ne faut pas traîner ce roman sur plusieurs semaines. Terminer les 150 dernières pages d’une traite fut bien plus agréable que lire le reste du livre petit à petit, chapitre par chapitre.

Loin d’être sérieux, ce polar rock ’n roll (comme le dit la quatrième) fait la part belle à l’humour noir. A la fois roman policier, récit fantastique et scénario de cinéma, Le livre sans nom ravira les lecteurs en quête d’une histoire originale !

Informations complémentaires

Haan ! Alors que je m’apprête à publier cette chronique, j’apprends que Le livre sans nom est le premier tome d’une série de 4 romans et, devinez quoi,  le deuxième s’appelle L’Œil de la Lune. Plus d’infos par ici.

Autre info : les droits cinématographiques du premier tome ont été achetés en 2010. On verra donc bientôt ce roman adapté sur nos écrans !

Anonyme, Le livre sans nom, éditions Le Livre de Poche, 2011 (2010 aux éditions Sonatine), traduit par Diniz Galhos, 509 pages

Livres

Immortelle randonnée – Compostelle malgré moi, Jean-Christophe Rufin

immortelle-randonnée-rufinPourquoi ce livre ?

Feuilleté au petit-déjeuner chez mes parents, je me laisse porter par le début du récit de Jean-Christophe Rufin. Quelques semaines plus tard, mon père me le prête : je me plonge alors avec plaisir dans cette lecture.

De quoi ça parle ?

Jean-Christophe Rufin, académicien et auteur de romans et essais, a entrepris une longue randonnée de 800 kilomètres, sur le Chemin menant jusqu’à Saint-Jacques-de-Compostelle. Il raconte dans cet ouvrage ce voyage effectué en solitaire, le long des côtes basques et espagnoles.

Mon avis

J’aime de plus en plus lire des récits de voyage. Ils appellent au rêve, à la liberté et ont chez moi un effet bienfaiteur. Cette fois encore, je suis conquise par ce témoignage. Jean-Christophe Rufin raconte toutes les étapes de son voyage : la préparation ; l’obtention de credencial, un papier précieux pour le pèlerin, qui sera tamponné à chaque étape ; le départ, plein d’entrain ; l’étape décisive, celle où l’onhebdo.ch-Compostelle_Rufin hésite à abandonner tant la douleur et la fatigue prennent le dessus ; le moment où l’on se sent tout simplement bien ; celle où l’on a la foi ; l’arrivée, presque décevante à cause des milliers de touristes qui envahissent les rues de Saint-Jacques…

Le récit n’est pas pompeux. Il est écrit par un débutant, un homme qui découvre au jour le jour ce que veut dire entreprendre le Chemin. Pour cette raison, on se sent proche de Rufin, qui n’officie pas en tant qu’académicien dans ce récit. Il reste humble, révèle ses moments de doute et de faiblesse, raconte les rencontres impromptues effectuées en chemin à la manière d’un promeneur lambda.

On vit finalement avec lui cette aventure humaine. Cette proximité avec le lecteur rend la lecture fluide et agréable ! Par moments, on rêve secrètement de voyager à notre tour. Finalement, l’arrivée à Compostelle déçoit. Le tableau dressé par l’auteur est loin d’être fantastique : touristes envahissants, foules, boutiques de souvenirs en toc, l’effort entrepris par les “vrais” pèlerins semble réduit à néant. Il faudrait sans doute mettre ces courageux marcheurs en avant, au lieu de les faire disparaître dans la masse. Finalement, le point d’arrivée n’est qu’un prétexte : c’est le parcours, le Chemin, qui vaut le coup. A lire absolument si vous aimez les récits de voyage !

RUFIN Jean-Christophe, Immortelle randonnée, Compostelle malgré moi, éditions Guérin, 2013, 259 pages

Livres

Serum (s.1 ep.1), Henri Loevenbruck et Fabrice Mazza

serumPourquoi ce livre ?

J’ai découvert cette série par l’intermédiaire d’Aniouchka, qui en vante les mérites dans plusieurs de ses vidéos. L’apercevant à la Fnac, je me suis laissée tenter.

De quoi ça parle ?

L’histoire débute par une course-poursuite mystérieuse : une jeune femme paniquée fuit on ne sait qui dans les rues de New-York. Des hommes la pourchassent jusque dans un parc et n’hésitent pas à lui tirer dessus. Par miracle, la victime survit. Débute alors l’enquête, menée par la détective Lola Gallagher. Qui est cette femme ? Qui sont ses bourreaux ? Pourquoi veulent-ils la tuer ?

Mon avis

Pour le moment, je n’ai lu que ce premier tome. Je ne connais donc pas encore toutes les ficelles de l’histoire. Mais alors que le suspense devrait être haletant, je reste sur ma fin et suis un peu déçue : certes, l’intrigue est mystérieuse et donne envie d’en savoir plus. Pourtant, ce premier tome n’est qu’une introduction. Il ne se passe finalement pas grand-chose. La quatrième de couverture révèle d’ailleurs le chapitre final de ce premier opus. Un peu dommage, au vu du nombre de pages (182 exactement).

L’écriture, quant à elle, reste simple et efficace. On sait qu’on ne lit pas un chef d’œuvre de la littérature, mais le contrat est rempli : l’intrigue policière est là, les personnages sont bien dessinés, le suspense tient le lecteur à chaque fin de chapitre… Un bon petit roman d’été, en somme, qu’il faut sans doute aussitôt enchaîner avec le deuxième tome, pour ne pas rester insatisfait.

LOEVENBRUCK Henri, MAZZA Fabrice, Serum, saison 1, épisode 1, éditions J’ai lu, 2012, 182 pages

Livres

Les insurrections singulières, Jeanne Benameur

les-insurrections-singulieresSi le blog est un peu moins régulièrement mis à jour, c’est parce qu’il est en vacances, comme moi. Mais ne vous en faites pas, je vous concocte tout de même quelques articles de temps en temps et vous promets des publications plus régulières dès le mois d’août.

Pourquoi ce livre ?

Les insurrections singulières est un cadeau que m’ont fait mes grands-parents pour mon dernier anniversaire.

De quoi ça parle ?

Antoine, ouvrier récemment mis au chômage technique, retourne auprès de ses parents. Il constate amèrement que rien ne le projette vers l’avenir : il est seul et solitaire, ne travaille pas de bon cœur et se sent incompris. C’est sa rencontre avec Marcel, vendeur de livres, qui va l’entraîner vers un ailleurs plus radieux, le Brésil.

Mon avis

Les insurrections singulières n’est pas vraiment un roman : c’est avant tout une réflexion sur le travail, son rôle et son utilité. A travers le personnage d’Antoine, sans illusions, réaliste et parfois pessimiste, l’auteur raconte ce qu’est le travail ouvrier, le métier peu valorisant que l’on fait pour survivre, se nourrir et se loger. Le héros, qui ne parvient pas à supporter cet ennui et cette vie toute tracée, veut à tout prix y échapper. Un choix que personne ne comprend autour de lui : ni ses parents, ouvriers, qui pensent sans doute qu’il faut “faire avec” ; ni ses collègues, qui triment pour leurs familles.

L’écriture, légère et sérieuse à la fois, reflète l’état d’esprit du héros. Découpées, les réflexions d’Antoine fusent et se succèdent, parfois sans logique aucune, mais pourtant de manière fluide. On le comprend, nous. On a vécu ou l’on vit la même chose. Une phrase, sans doute, résume l’esprit du roman : “Pourquoi l’oisiveté est-elle montrée du doigt comme la mère de tous les vices depuis toujours ?” C’est la question que pose Jeanne Benameur. Difficile d’y répondre, mais le débat est passionnant.

Le début tristounet du livre aurait pu interrompre ma lecture. Cet homme semble si malheureux que l’on a du mal à l’accompagner. Du moins au début. Une fois sa décision de partir au Brésil prise, on suit ses rencontres et ses découvertes avec plaisir. Il faut parfois tout quitter pour mieux se retrouver !

Une ode à la liberté et à ceux qui décident de vivre leur vie comme ils l’entendent que je conseille donc. Le magnifique titre et la couverture ensoleillée sauront bien sûr vous convaincre !

BENAMEUR Jeanne, Les insurrections singulières, éditions Actes Sud, collection Babel, 2013 (2011 pour la première édition), 230 pages

Livres

Une relation dangereuse, Douglas Kennedy

relation-dangereusePourquoi ce livre ?

L’autre jour, alors que je faisais mes courses, je vois l’offre Pocket : “Deux livres achetés, un offert”. Cette simple annonce m’attire vers le stand de livres. Je commence à tous les regarder, pour voir si un achat s’impose. Une vendeuse très observatrice s’approche et me dit : “Vous aimez les polars ? Les livres haletants ?”. Comment le sait-elle ? Elle fouille alors dans le rayonnage et me sors ce livre : Une relation dangereuse de Kennedy. Je n’ai jamais lu cet auteur connu, mais elle m’en parle si bien, semble si admirative de ce roman, que je décide de l’acheter. Une très bonne vendeuse, en somme ! Et surtout, une grande fan de l’auteur.

De quoi ça parle ?

Sally, journaliste émérite installée en Egypte en tant qu’envoyée spéciale, rencontre sur le terrain Tony, un confrère distingué et mystérieux. Très vite, une relation se crée : le coup de foudre n’est pas loin. Dans les mois qui suivent, les projets communs s’enchaînent : emménagement à Londres, mariage et bébé… Tout semble parfait. Pourtant, Sally va tomber de haut lorsqu’elle va découvrir ce dont son époux est capable.

Mon avis

La vendeuse de mon magasin avait raison : c’est un bon roman haletant, parfait pour l’été. Même si l’intrigue met du temps à s’installer au début, on sent la pression monter au fil des chapitres. Tout semble trop beau et on a vite l’impression qu’on nous “cache quelque chose”. Ce sentiment de frustration maintient en haleine ! La relation entre Sally et Tony empire petit à petit jusqu’au coup de théâtre, qui intervient vers le milieu du roman. Je ne m’y attendais pas du tout, et comme le personnage de Sally, je n’y croyais pas ! Un bon point, donc, pour l’auteur, qui maîtrise indéniablement la surprise et le suspense.

Même si le livre aurait pu être plus court pour raconter la même chose, il se termine par une audience au tribunal, rondement menée. J’aime beaucoup les procès et autres jugements dans les romans : de ces instants découle toute la suite de l’histoire, c’est ce qui les rend poignants. Kennedy parvient à rendre cette audience assez tendue pour que l’on hésite à chaque page : comment cela va-t-il finir, bon sang ? La fin, peut-être un peu “bâclée”, arrive subitement. On se sent un peu abandonné.

Malgré ses petits défauts de longueurs, Une relation dangereuse est donc un bon roman de vacances ! Vous aimez les histoires de famille ? Les mystères, les révélations ? Les histoires d’amour et de haine ? Ce livre est fait pour vous !

KENNEDY Douglas, Une relation dangereuse, éditions Pocket, 2012 (d’abord édité chez Belfond en 2003), traduit par Bernard Cohen, 534 pages

Livres

Maus, Art Spiegelman

mausPourquoi ce livre ?

Très connue et appréciée, cette bande-dessinée sur la déportation juive et les camps d’extermination de la Seconde Guerre mondiale me tentait depuis un certain temps. C’est à la médiathèque que je l’ai trouvée : rarement disponible, cette fois, elle se trouvait sur son étagère. Hop, ni une ni deux, je l’ai embarquée !

De quoi ça parle ?

L’auteur, Art Spiegelman, raconte ses conversations avec son père juif polonais, Vladek, survivant d’Auschwitz et plus généralement de la Seconde Guerre mondiale. Les confidences du père sont illustrées par le fils. On découvre donc toute sa vie, notamment les horreurs vécues par cet homme malin, chanceux et désormais très avare.

Mon avis

Longue et condensée, cette bande-dessinée en noir et blanc ne présageait pas une lecture légère ou décontractée. Le thème, lui non plus, ne semblait pas idéal pour les vacances. Pourtant, ce fut une excellente occasion de se replonger dans l’Histoire. Car par le biais du témoignage de son père, Art Spiegelman raconte bien notre histoire. Parfois drôle, souvent terrible, ce retour en arrière raconte la vie d’un homme hors du commun : on découvre d’abord sa jeunesse, son mariage, son évolution professionnelle et familiale ; puis l’on vit à ses côtés l’horreur du nazisme, la violence, la peur, la trahison, le désespoir, la mort. Chacun peut s’identifier, et c’est cela qui heurte et émeut.

Le dessin, détaillé et minutieux, enrichit l’histoire. Les Juifs, à tête de souris, doivent fuir ou obéir aux Allemands à tête de chat. Ce simple choix révèle toute la relation qui existe entre eux : les uns chassent les autres, sans pitié. Ils jouent avec, les trompent, les surprennent pour mieux les faire souffrir.

Les allers et retours entre les années 30-40 (récit de la vie de Vladek) et les années 70-80 (conversations entre le père et le fils) se font naturellement. On croirait assister à leurs échanges. Finalement, Vladek nous raconte à nous aussi son histoire. Plus qu’un ouvrage de bande-dessinée, Maus remplit un devoir de mémoire : il rappelle ce dont l’homme fut capable. Simplement pour ça, il faut prendre le temps de découvrir ce livre.

Informations complémentaires

Art Spiegelman a notamment reçu, pour cette bande-dessinée, le Prix Pulitzer 1992.

SPIEGELMAN Art, Maus, L’intégrale, éditions Flammarion, 1998, traduit par Judith Ertel, lettrage d’Anne Delobel, 296 pages