Livres

Catharsis, Luz

catharsis_luz2Pourquoi ce livre ?

Souvenez-vous, en juin dernier, je vous parlais de l’essai Nous sommes Charlie, conçu par un collectif d’auteurs et journalistes après les attaques terroristes de Charlie Hebdo. J’avais été très émue par ces témoignages et analyses. J’ai donc craqué pour la nouvelle BD de Luz, ultra-médiatisée ces dernières semaines. Je voulais avoir un regard très personnel sur cet événement.

De quoi ça parle ?

Le célèbre caricaturiste et auteur Luz exprime dans cette BD ses états d’âme à propos du dramatique 7 janvier 2015. Une date clef pour l’artiste : celle de son anniversaire et le jour où il a perdu tous ses amis dessinateurs et échappé à la mort.

Mon avis

catharsis_luz_plancheJ’ai peu de mots pour exprimer mon avis vis-à-vis de cette BD, qui ne laisse pas indifférent. Epurée, en noir, blanc et rouge, elle laisse la part libre aux espaces vides, aux gribouillis, à la colère, à la tristesse, à l’amour. Le titre est parfaitement trouvé : c’est bien une forme de catharsis que cet ouvrage précieux, pour l’auteur bien sûr, mais pour le lecteur aussi. Le dégoût, la peur, l’angoisse, la souffrance… toutes ces émotions qui constituent le traumatisme sont jetées sur les pages, comme régurgitées après un mal de ventre incontrôlable. Elles ont des formes diverses : parfois, ce sont des traits lisses, ronds, « classiques », parfois des tâches immenses et colorées, parfois encore des mouvements pulsionnels, des formes abstraites… L’expression de l’auteur déborde du livre, on a les larmes aux yeux, le cœur serré.

Catharsis est aussi un témoignage d’amour, un jet de vie qui prouve que le monde continue de tourner, que les vivants doivent vivre et imaginer des projets pour avancer, malgré tout. Luz déclare maintes et maintes fois sa flamme à sa femme, on les sent intensément liés et ça booste le moral !

Plus qu’une BD, cet élan d’humanité est à lire absolument. Un formidable et magnifique ouvrage, très expressif et sans fioritures.

Livres

Tout est possible mais rien n’est sûr, Lucile Gomez

tout-est-possible-lucile-gomezPourquoi cette bd ?

Parce que je suis Lucile Gomez depuis des années ! Je ne me souviens même plus comment j’ai connu son blog mais j’avais eu un vrai coup de cœur. Depuis, ses dessins sont souvent sur mon fond d’écran, mon écran de veille… Je change selon les saisons, les envies. Quand elle a présenté sa nouvelle bande-dessinée, je me suis empressée de me l’offrir et la gardais pour un moment tout particulier, où j’aurais le temps de la déguster. C’est chose faite !

De quoi ça parle ?

Vétille est ce qu’on appelle une « jeune diplômée ». Elle doit maintenant faire des choix : travailler, n’importe où, à n’importe quel prix, juste pour répondre à l’harcelante question « tu as trouvé un boulot ? », ou vivre ses rêves, prendre le temps, se battre pour ce à quoi elle croit… Un tête-à-tête avec les angoisses, les défaites mais aussi les réussites d’une jeune femme du 21e siècle.

Mon avis

Ceux qui me connaissent savent que je serai bientôt diplômée et lancée sur le fameux « marché de l’emploi », à nouveau. J’ai déjà vécu cela il y a 3 ans et c’était une expérience… singulière. La difficulté de trouver le travail pour lequel j’avais été formée faisait bien sûr partie de mon quotidien, mais c’est surtout une question plus existentielle qui m’a travaillée à l’époque (et je sens qu’elle est de retour) : le sens du travail. Son lien avec le bonheur. Son utilité. Travaillons-nous pour dire aux autres que OUI, nous avons un boulot, oui nous sommes fatigués le vendredi soir, oui nous gagnons un salaire et pouvons ainsi le dépenser… Que fait-on de nos rêves ? Nos idéaux ?

J’évoquais justement le sujet il y a quelques jours avec Xelou, une blogueuse partie en Nouvelle-Zélande pendant 1 an, et qui s’interrogeait justement sur son retour.

C’est donc une période pleine de doutes, de remise en question que je vais bientôt à nouveau affronter, mais qui est aussi au cœur de cette bande-dessinée formidable. Cette histoire résume absolument toute la problématique qui me tient à cœur. Elle pose les vraies questions, pointe du doigt les incohérences, montre ce qui est vraiment vital, ce qui nous rend heureux… Travailler parce que c’est obligatoire pour avoir un statut social respecté et estimé ? Vivre ses rêves en combattant les bien-pensants, les « c’est comme ça aujourd’hui », les « c’est quand que tu travailles ? », les « il faut pas faire sa difficile » ? L’un des deux est évidemment bien plus facile à choisir… Mais à quel prix ?

L’avenir nous dira si j’ai choisi le travail ou les rêves. En tout cas, cette BD est une très bonne matière à réflexion. Je vous la conseille FORTEMENT si la problématique vous intéresse, et même si ce n’est pas le cas, pour que vous arrêtiez de harceler vos proches en proie au doute.

Quant aux dessins, ils sont d’une poésie et d’une douceur… Voici quelques planches sans texte qui ont fait battre mon petit cœur (la plupart sont avec des bulles, pour information) :

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Chère Lucile, si vous passez par là, sachez que je suis immensément touchée par votre travail. On sent votre opinion, vos expériences à travers cette bande-dessinée. J’espère comme vous pouvoir partir le cœur léger sur mon vélo en croyant à tout prix que tout est possible ! Merci.

Livres

Le château des étoiles, vol. 1, Alex Alice

chateau-des-etoiles_alex-alicePourquoi ce livre ?

Je l’ai vue à plusieurs reprises sur la blogosphère littéraire et en librairie, toujours attirée par cette jolie couverture sans jamais franchir le pas. Mais quand Camille (Le Cri du Bonsaï) m’a proposé de me la prêter, j’ai accepté avec plaisir !

De quoi ça parle ?

19e siècle, en France. Séraphin, un jeune garçon, n’a qu’une chose en tête : comprendre comment et pourquoi sa mère a disparu un an auparavant. La scientifique cherchait à atteindre le « mur de l’éther », pour conquérir l’espace à bord d’un ballon. Avec son père Archibald, Séraphin va rejoindre le château du roi Ludwig de Bavière, où une tâche ardue les attend.

Mon avis

Ce qui frappe avant tout, c’est la beauté de l’objet livre. La couverture, d’abord, soignée, parfois douce, parfois rugueuse, d’un joli bleu roi. Les dessins, ensuite, aux traits délicats et aux couleurs pastel. Certaines planches auraient belle allure affichées sur un mur…

C’est une bd d’aventure truffée de clins d’œil à Jules Verne et aux inventions du 19e siècle. Les moins scientifiques d’entre nous se perdront un peu au milieu des termes et références techniques… Mais peu importe. On s’attache au jeune Séraphin, curieux et inventif, et à la féérie ambiante du château dans lequel il est accueilli.

Le tome 2 sortira en 2015. On ignore encore la date précise mais vous pouvez vous tenir au courant sur le site dédié. Lancez-vous si vous aimez l’aventure et les très jolis dessins faits à l’aquarelle !

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Livres

Manabé Shima, Florent Chavouet

florent-chavouet_manabe-shimaPourquoi ce livre ?

Vous allez me dire : « Quoi ? Tu as presque 40 livres dans ta PAL et tu empruntes des bouquins à tes proches ? ». Oui, pardon. C’est eux qui me les mettent entre les mains, la plupart du temps, et je me dois d’honorer mon rôle d’amie lectrice. Hormis dans ce cas : c’est moi qui ai demandé à mon amie C. (toujours du blog Le Cri du Bonsaï) de me prêter cette jolie BD. Elle en avait parlé par ici et j’avais déjà eu un pré-coup de cœur…

De quoi ça parle ?

Florent Chavouet, illustrateur et auteur de BD, habitué de séjours au Japon, a un jour eu l’idée d’aller sur l’une des 4000 îles du pays (selon la BD). Ses conditions ? Une petite île, isolée mais accessible. Il choisit Manabé Shima, très peu connue, où l’on passe sa vie à pêcher et manger du poisson. L’auteur va alors dessiner ses deux mois de vie sur cette île typique : les animaux et plantes qu’il y croise, les familles japonaises, leurs maisons, les routes, les petites fêtes de village… dans les moindres détails.

Mon avis

Manabé Shima est une magnifique BD ! On sent l’auteur passionné, il rend son travail passionnant grâce à des dessins ultra-précis, qui rendent chaque détail : le contenu des étagères des maisons, les bibelots, les visages, les aliments, les jardins… On se croirait sur cette île paisible, qui semble retenue dans le passé, là où il n’y a pas de voitures rutilantes, où le calme semble de mise, où la pêche est l’unique activité des habitants, où les chats peuplent les rues, où l’on boit à la santé de tout et n’importe quoi. Tout à coup, on a envie de faire ses valises et d’aller déguster une dorade aux côtés de ces japonais authentiques.

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Sans jamais se moquer, l’auteur dépeint les traditions et autres étrangetés de l’île, avec douceur et humour. On le sent vite intégré et accepté au milieu des familles, parfois sauvages et bourrues, parfois fières d’être les modèles des dessins de cet étranger.

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Il faut parfois tourner et virer le livre dans tous les sens pour lire les annotations de l’auteur, qui se fiche de la perspective ou du réalisme et dessine les espaces en 3D. Mais cela ajoute au plaisir de lecture et de découverte ! Nous ne sommes pas loin du livre-jeu, du livre ludique, plein de surprises, qui demande une attention toute particulière.

Si vous êtes amateur du Japon et de ses coutumes, adepte des dessins détaillés et richement colorés, ou tout simplement curieux, lancez-vous dans Manabé Shima, une BD haute en couleurs qui fait voyager, assez longue pour que l’on en profite et que l’on en ait pour son argent. Géniale !

CHAVOUET Florent, Manabé Shima, éditions Philippe Picquier, 2010, 142 pages

Livres

Les Royaumes du Nord 1, Stéphane Melchior et Clément Oubrerie

royaumes-du-nord-bdPourquoi cette BD ?

Il y a un mois, j’ai vu Pénélope Bagieu la présenter sur Madmoizelle et là, j’ai eu un arrêt cardiaque (ou presque) : « QUOI ? On a adapté la série de romans A la croisée des mondes de Philipp Pullman et personne ne me dit rien ? » fut ma réaction. Quelques jours plus tard, de passage en librairie, je me la suis offerte et l’ai lue très rapidement.

De quoi ça parle ?

Lyra, jeune adolescente orpheline, vit dans un collège anglais. Un jour, elle découvre qu’il existe un monde parallèle que l’on peut rejoindre par le Nord, ainsi qu’une Poussière mystérieuse qui passionne tous les érudits qui l’entourent. Lorsque son ami Roger disparaît, comme beaucoup d’enfants, elle décide de partir à l’aventure et de rejoindre son oncle Lord Asriel dans les Royaumes du Nord.

Mon avis

J’avais adoré la trilogie A la croisée des mondes de Pullman lorsque j’étais jeune ado, qui, à mon sens, est de bien meilleure qualité que certaines séries actuelles (percevez-vous la référence à une certaine Divergente…?). Malgré cela, j’ai oublié une bonne partie de cette aventure magique : la BD de Stéphane Melchior et Clément Oubrerie fut un formidable moyen de m’y replonger.

Tous deux parviennent selon moi à recréer l’univers de Pullman : parfois sombre, parfois lumineux, dans un monde proche du notre mais aussi fantastique. Lyra a tout de la Lyra du roman, curieuse, imprudente, courageuse et impulsive. On y retrouve avec plaisir les « daemons » qui accompagnent les humains, sous de multiples formes animales. On aime se promener dans les couloirs du Jordan College, fuir la fascinante Mme Coulter, prendre la mer en compagnie des Gitans, déchiffrer l’aléthiomètre, cette sorte de boussole qui permet de découvrir la vérité… L’aventure commence !

Les dessins, quant à eux, m’ont aussi convaincue : très colorés, ils font renaître les lieux et les personnages que j’ai tant aimés. J’ai hâte de lire la suite, pour enfin découvrir le Nord en dessins. Le talent de Clément Oubrerie augure de magnifiques planches. Vivement !

MELCHIOR Stéphane et OUBRERIE Clément, Les Royaumes du Nord 1, d’après l’œuvre de Philip Pullman, éditions Gallimard, 2014, 78 pages

Livres

L’arabe du futur, Une jeunesse au Moyen-Orient (1978-1984), Riad Sattouf

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Pourquoi cette bande-dessinée ?

Je m’étais promis, une fois mon salaire tombé, de m’offrir l’une des milles bandes-dessinées qui me font envie en ce moment. Chose promise, chose faite : quelques déambulations chez Cultura m’ont fait craquer pour celle-ci.

De quoi ça parle ?

Riad Sattouf, dessinateur et réalisateur connu pour La vie secrète des jeunes ou les films Les beaux gosses, Gainsbourg ou Camille redouble (que j’ai adoré !), raconte son enfance en Libye et en Syrie. D’origine franco-syrienne, il revient sur sa découverte de ces pays arabes : son installation avec ses parents, la rencontre avec la famille, les autres enfants, les règles de vie en société…

Mon avis

Superbe bande-dessinée autobiographique ! Riad Sattouf est un dessinateur de talent : il observe le Moyen-Orient des années 70-80 avec ses yeux d’enfant et le raconte avec beaucoup d’humour. Ainsi, les autres enfants ne cessent de s’insulter, haineux envers les Juifs dès leur plus jeune âge, et Riad décide d’apprendre les insultes « traditionnelles » de Syrie. Les adultes sentent la sueur et ne sont pas très chaleureux, mais lui préfère cette odeur à celle de l’air français. Le mode de vie des Libyens, qui n’ont pas le droit de propriété et prennent donc le risque de se faire piquer leur appartement s’ils le quittent, a l’air de le fasciner. On découvre tout cela à travers lui, avec la même curiosité, quoi qu’un peu plus méfiant puisque l’on connaît aujourd’hui les horreurs commises par Kadhafi (à ce propos, lisez Les proies, dans le harem de Kadhafi, d’Annick Cojean).

Riad est aussi entouré d’une famille originale : une mère française, finalement assez effacée, qui suit son mari fougueux sur les terres de son enfance ; un père politisé plein de contradictions qui a tout d’un héros pour le petit Riad ; deux grands-mères très opposées, l’une bretonne et charmante, l’autre syrienne et mystérieuse… On s’attache à tous ces personnages qui semblent n’avoir rien en commun, si ce n’est les liens du sang ou du mariage.

Les dessins, enfin, sont tout ce que j’aime : traits fins, formes arrondies… la simplicité est au rendez-vous. On se sent immergé dans la vie de la famille Sattouf et l’on imagine très bien les villes et campagnes arabes grâce aux quelques éléments dessinés et aux descriptions de l’auteur. Pas besoin de tout un tralala !

L'arabe du futur, Riad Sattouf, première page
L’arabe du futur, Riad Sattouf, première page

Une très chouette BD, donc, qui mérite d’être offerte, à vous-même ou à votre entourage. Très riche en texte, elle met un certain temps à se lire et l’on ne regrette aucunement son achat !

SATTOUF Riad, L’arabe du futur, Une jeunesse au Moyen-Orient (1978-1984), Allary Editions, 2014, 158 pages

Livres

Come Prima, Alfred

alfred-comeprimaPourquoi ce livre ?

J’ai gracieusement reçu cette bande-dessinée grâce à Price Minister-Rakuten, qui proposait d’offrir aux blogueurs intéressés les bds sélectionnées au Festival d’Angoulême en début d’année, lors de l’opération “La BD fait son Festival 2014”. Je l’ai choisie parce qu’elle a tout simplement reçu le Fauve d’Or, prix du meilleur album 2014.

De quoi ça parle ?

Suite à la mort de leur père, Fabio et Giovanni, deux frères que tout oppose, prennent la route de l’Italie pour retrouver leurs racines. L’occasion pour eux de revenir sur les absences, les non-dits, les frustrations, les regrets et les remords…

Mon avis

Come Prima est une belle BD : sa couverture épurée, cartonnée et douce au toucher nous fait de l’œil, appelle à la caresse et à la lecture soignée. Ses couleurs méditerranéennes rayonnent et illuminent les pages. Son trait, simple, rond et efficace, montre l’essentiel. Le tout transpire l’Italie ! Difficile, déjà, de ne pas l’apprécier.

L’histoire surprend, amuse et touche : les deux hommes en route pour le Sud sont humains : l’un est agressif, méfiant et fermé ; l’autre est frustré, discret, encore blessé d’avoir vu son frère disparaître au mauvais moment. Le long voyage qui les attend est propice à la conversation, aux engueulades, à la réconciliation… Un véritable road-movie ponctué par des problèmes techniques, des rencontres étonnantes et des situations loufoques ! On s’attache à ces deux frères en cours d’apprivoisement.

Une très jolie BD, une émouvante histoire, que demander de plus !? Un seul petit bémol peut-être : l’originalité de l’histoire. Le road-movie “retour aux sources” me semble être un sujet déjà très abordé (par le cinéma ou la littérature par exemple). Mais cela n’est qu’un détail !

Deux petites photos pour vous donner envie :

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La note attribuée : 17/20

Merci beaucoup à Price Minister et à la librairie parisienne Pages Après Pages pour cet envoi !

ALFRED, Come Prima, éditions Delcourt/Mirages, collaboration aux couleurs de Maxime Derouen, 2013, 224 pages

Livres

Ainsi soit Benoîte Groult, Catel

ainsi-soit-benoite-groultPourquoi ce livre ?

C’est ma grand-mère qui me l’a offert pour Noël ! A peine reçu, déjà lu !

De quoi ça parle ?

Ce roman graphique assez conséquent dresse le portrait de la pétillante Benoîte Groult, auteure féministe à la personnalité haute en couleurs. Catel revient sur ces cinq dernières années, durant lesquelles elle a sympathisé avec Benoîte Groult et a partagé de jolis moments avec elle, mais aussi sur la vie mouvementée de la militante.

Mon avis

J’ai débuté ma lecture en ne sachant rien de Benoîte Groult. Il a même fallu que je cherche une photo d’elle sur Internet pour savoir qui Catel allait me présenter… Honte à moi ! La vie de cette nonagénaire (94 ans !) méritait un hommage tel que celui-là. Féministe avant l’heure, luttant contre les préjugés, les diktats et les injustices dont les femmes sont victimes, Benoîte GroultCatel_Groult-JFPaga-Grasset m’a passionnée par sa vie hors-norme : une jeunesse passée entre une mère mondaine et coquette et un père solitaire et pêcheur ; de nombreux amants ; plusieurs maris et un certain nombre d’IVG ; de très jolies maisons en bord de mer ; une famille artiste jusqu’au bout des ongles… Bref ! Amie de François Mitterrand, cette femme n’a pas chômé et n’a jamais cessé de lutter pour la féminisation des termes et notamment des métiers.

Catel, quant à elle, confirme son talent de dessinatrice et de conteuse d’histoire. Elle m’avait déjà convaincue avec Kiki de Montparnasse. Je suis un peu plus bluffée par ses dessins tirés de son Moleskine ! On croirait parfois des photographies retravaillées ! Le noir et blanc suffit à retranscrire les ambiances de fête, de jardin d’été ou de bord de mer, le trait doux et arrondi permet de se plonger dans cet album souvenir sans jamais déranger le lecteur.

On referme cette bande-dessinée biographique le cœur un peu plus féministe, ravi d’avoir pu découvrir ou redécouvrir Catel et Benoîte Groult, et prête à lire les ouvrages de cette dernière.

CATEL, Ainsi soit Benoîte Groult, éditions Grasset, 2013, 326 pages
Crédit photo : JF Paga – © Grasset

Livres

Le singe de Hartlepool, Wilfrid Lupano et Jérémie Moreau

lesingedehartlepool-bdPourquoi cette BD ?

Le singe de Hartlepool trônait parmi les nouveautés BD de ma médiathèque. Intriguée par la couverture et par le dessin somme toute assez joli et original, j’ai décidé de l’emprunter. Une nouvelle session de lecture de bande-dessinée se dessinait à l’horizon !

De quoi ça parle ?

En 1814, un navire de la flotte napoléonienne s’échoue au large d’Hartlepool, un petit village du Royaume-Uni. Parmi les débris, les villageois découvrent un survivant : il s’agit du singe du navire, vêtu de l’uniforme français, dont le rôle était d’amuser la galerie. Les Anglais, qui détestent les Français et n’ont jamais vu de singe, n’ont alors qu’un seul but : se débarrasser de ce sale Français survivant.

Mon avis

Inspirée d’une légende d’Hartlepool, un véritable village anglo-saxon, l’histoire de ce singe a de quoi décontenancer. D’abord humoristique, elle prend lentement des couleurs plus sombres. Aveuglés par la haine, l’ignorance et le nationalisme, les villageois anglais ne verront jamais que ce survivant n’est qu’un singe. Cette aberration interroge vraiment à la lecture : jusqu’à quel point l’homme est-il capable d’aller lorsqu’il est motivé par la haine ? La bêtise peut-elle à ce point dominer ? Il est clair qu’au fur et à mesure, on se demande si cela a effectivement eu lieu. Impossible de savoir quelle est la part de vérité dans cette légende. Malgré cela, elle reste encore bien ancrée en Grande-Bretagne puisque les habitants de Hartlepool, encore aujourd’hui en 2013, sont surnommés “les pendeurs de singe” (monkey hangers).

Les dessins aux couleurs pastel et aux traits parfois doux, parfois agressifs, ne sont pas déplaisants. Ils illustrent très bien l’ambiance grise et pluvieuse de ce village, la violente tempête, la colère et la hargne des habitants, l’incompréhension de ce singe au regard doux et triste.

Loin d’être amusante, cette bande-dessinée originale a le mérite de faire connaître une légende inconnue par ici, en pointant du doigt la bêtise et la cruauté humaine. A découvrir !

LUPANO Wilfrid & MOREAU Jérémie, Le singe de Hartlepool, éditions Delcourt, 2013, 94 pages

Livres

Maus, Art Spiegelman

mausPourquoi ce livre ?

Très connue et appréciée, cette bande-dessinée sur la déportation juive et les camps d’extermination de la Seconde Guerre mondiale me tentait depuis un certain temps. C’est à la médiathèque que je l’ai trouvée : rarement disponible, cette fois, elle se trouvait sur son étagère. Hop, ni une ni deux, je l’ai embarquée !

De quoi ça parle ?

L’auteur, Art Spiegelman, raconte ses conversations avec son père juif polonais, Vladek, survivant d’Auschwitz et plus généralement de la Seconde Guerre mondiale. Les confidences du père sont illustrées par le fils. On découvre donc toute sa vie, notamment les horreurs vécues par cet homme malin, chanceux et désormais très avare.

Mon avis

Longue et condensée, cette bande-dessinée en noir et blanc ne présageait pas une lecture légère ou décontractée. Le thème, lui non plus, ne semblait pas idéal pour les vacances. Pourtant, ce fut une excellente occasion de se replonger dans l’Histoire. Car par le biais du témoignage de son père, Art Spiegelman raconte bien notre histoire. Parfois drôle, souvent terrible, ce retour en arrière raconte la vie d’un homme hors du commun : on découvre d’abord sa jeunesse, son mariage, son évolution professionnelle et familiale ; puis l’on vit à ses côtés l’horreur du nazisme, la violence, la peur, la trahison, le désespoir, la mort. Chacun peut s’identifier, et c’est cela qui heurte et émeut.

Le dessin, détaillé et minutieux, enrichit l’histoire. Les Juifs, à tête de souris, doivent fuir ou obéir aux Allemands à tête de chat. Ce simple choix révèle toute la relation qui existe entre eux : les uns chassent les autres, sans pitié. Ils jouent avec, les trompent, les surprennent pour mieux les faire souffrir.

Les allers et retours entre les années 30-40 (récit de la vie de Vladek) et les années 70-80 (conversations entre le père et le fils) se font naturellement. On croirait assister à leurs échanges. Finalement, Vladek nous raconte à nous aussi son histoire. Plus qu’un ouvrage de bande-dessinée, Maus remplit un devoir de mémoire : il rappelle ce dont l’homme fut capable. Simplement pour ça, il faut prendre le temps de découvrir ce livre.

Informations complémentaires

Art Spiegelman a notamment reçu, pour cette bande-dessinée, le Prix Pulitzer 1992.

SPIEGELMAN Art, Maus, L’intégrale, éditions Flammarion, 1998, traduit par Judith Ertel, lettrage d’Anne Delobel, 296 pages