Livres

Bord cadre, Jean Teulé

bord-cadre-teulePourquoi ce livre ?

Je l’ai choisi par hasard en faisant mes courses. Un tout petit risque car il s’agit tout de même d’un Teulé.

De quoi ça parle ?

Très court, ce roman raconte l’histoire d’un couple, de sa naissance à sa rupture, en passant par la passion et la déchirure. Marc et Léone, qui se rencontrent chez le peintre Sainte-Rose, vont connaître l’amour fou avant d’entrer en guerre. Un conflit provoqué par leur ami commun, qui propose à Marc, écrivain fragile, d’écrire sur un couple heureux qui se déchirerait. Son but ? Que la fiction remplace la réalité. Marc incarne donc son héros moqueur et méchant pour mieux imaginer son histoire. Un dangereux jeu de rôle qui va mener son couple à la catastrophe.

Mon avis

Bord cadre est un roman rythmé, sur l’amour et la passion artistique. Peut-on détruire ce que l’on aime le plus au monde pour atteindre l’apogée de son art ? C’est en tout cas ce que croient Marc et Sainte-Rose, l’un manipulé, l’autre amusé par ce qui se crée sous ses yeux. Une fois le couple détruit, il pourra peindre le malheur qui se lit dans leurs yeux. Un regard impossible à imiter. Il faut donc qu’il soit sincère et pour cela, le couple doit être malheureux. Tordu, n’est-ce pas ?

Découpé en trois parties principales (Rencontre, Bonheur et Malheur), ce petit livre de Jean Teulé se lit facilement et rapidement. Les courts chapitres rythment la lecture : on observe en accéléré l’histoire d’amour des deux héros ainsi que le mécanisme qui va les mener à leur perte. D’abord tendres, admiratifs et amoureux, Marc et Léone deviennent ennemis. Les déclarations d’amour laissent place aux répliques assassines. Ce qu’ils aimaient chez l’autre devient insupportable. Mais il ne s’agit pas d’un ras-le-bol "ordinaire". Ils incarnent chacun les personnages du roman de Marc, mais se sentent toujours visés personnellement. Une double lecture intéressante et originale, qui fait de cette histoire d’amour une histoire "pas comme les autres".

Bord cadre est un joli petit roman, finalement assez sombre. La fin aurait peut-être pu être évitée. Bien sûr, elle comble et rassure le lecteur, mais elle change légèrement le discours principal du roman. L’amour triomphe-t-il toujours sur la passion ? Jean Teulé donne la réponse, à vous de la découvrir !

TEULÉ Jean, Bord cadre, Editions Pocket, 2011 (1999 pour la publication chez Julliard), 175 pages

Livres

La Tristesse du Samouraï, Víctor del Árbol

A LA VOLTAIRE !Pourquoi ce livre ?

La Tristesse du Samouraï fait partie de la sélection du Prix de la Critique de Puteaux 2013. Dernière lecture imposée de l’année !

De quoi ça parle ?

L’histoire se passe en Espagne, à travers plusieurs périodes historiques : on suit d’abord Maria, avocate renommée des années 80 ; puis en 1941, Isabel, épouse d’un chef de parti d’extrême droite, éprise de liberté ; mais aussi Fernando et Andrès, fils d’Isabel, qui traversent les époques et relient les destins des autres personnages. Différentes familles, qui ont vu leurs destins basculer autrefois, doivent à nouveau faire face à leurs démons… en s’affrontant ou en s’entraidant. Un choix qui n’est pas toujours facile à faire.

Mon avis

Avouons-le tout de suite : j’ai pris peur en lisant la quatrième de couverture. Impossible de faire plus fouillis et démoralisant. J’ai cru un instant que je ne comprendrais rien, que les personnages seraient bien trop nombreux, que l’histoire serait absolument tordue et surtout, qu’en tant qu’inculte de l’histoire d’Espagne, je serais sans repères. Je vous rassure immédiatement, rien de tout cela n’est vrai. OUF.

Certes, les personnages sont nombreux, mais ils sont présentés petit à petit, et ont tous une histoire différente. On s’emmêle peut-être un peu les pinceaux au début mais très vite, on s’y fait. La faute, sans doute, aux prénoms espagnols choisis par l’auteur, qui ont parfois tendance à se ressembler (Marta, Maria…).

L’histoire, bien que complexe, est habilement déroulée. Chaque début de chapitre est introduit par un rappel du lieu et de l’époque qui va concerner ce qui va suivre. Très vite, hop, associations d’idées : 1981 = on suit Maria. Tout va bien.

L’histoire d’Espagne n’est qu’un décor aux péripéties du roman : elle a bien sûr une explication aux comportements de certains, aux combats, aux guerres et autres batailles, mais au fond, je n’y ai pas accordé d’importance, et cela n’a pas gâché ma lecture. Ce qui importe, au fond, ce sont les aventures et révélations humaines, les trahisons, les secrets, les douleurs des personnages, et les liens qui existent entre eux, malgré leur volonté.

Au final, l’auteur propose un récit bien ficelé, qui tient le coup jusqu’au bout. Les révélations parsemées au fil des pages entretiennent le suspense. Les personnages, ni blancs ni noirs, ont tous une part sombre en eux, quelque chose qui les ronge et les empêche d’avancer. La délivrance finale prend plusieurs formes : tuerie, suicide, disparition, solitude… Rien de très gai, je vous l’accorde, mais tout cela a le mérite d’apaiser tout le monde.

Seule déception : l’allusion au samouraï, qui apparaît un peu comme un cheveu sur la soupe dans ce récit espagnol. Le titre, bien que très joli, rappelle seulement quelques phrases du livre. Peut-être aurait-il fallu plus développer cet aspect, ou l’oublier totalement.

Cela dit, ce petit bémol reste un détail. Un bon roman, donc. Je dirais même plus : une bonne surprise ! Idéal pour les vacances à venir.

DEL ÁRBOL Víctor, La Tristesse du Samouraï, Editions Actes Sud, 2012 (2011 pour la version originale), traduit de l’espagnol par Claude Bleton, 351 pages

Livres

La trilogie Millénium, Stieg Larsson

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Pourquoi cette trilogie ?

Par curiosité, tout simplement ! On m’a d’abord offert la version poche du tome 1, que j’ai vraiment dévoré ! Ensuite, il me fallait bien sûr lire la suite mais aussi compléter ma trilogie avec la même édition. C’est pourquoi j’ai préféré attendre la sortie poche des deux derniers tomes… Le 3 étant sorti fin janvier 2013, je me suis ruée dessus et ai fini par le lire en mars.

De quoi ça parle ?

Au début de la trilogie, on suit Mickael Blomkvist, journaliste pour "Millénium", qui vient d’être condamné pour diffamation dans une affaire financière. A la sortie de sa peine, il est contacté par Henrik Vanger, un vieil industriel qui ne se remet pas de la disparition de sa nièce, il y a plus de 40 ans. Celui-ci lui demande alors de mener l’enquête… Blomkvist va rapidement faire la connaissance de Lisbeth Salander, une jeune femme atypique, qui va lui venir en aide.

Le tome 1 se concentre donc sur cette histoire de disparition. Les deux tomes suivants s’intéressent plus aux deux personnages principaux, à leur passé. Quand Lisbeth est accusée de meurtres à tort, Blomkvist va tout faire pour lui venir en aide… C’est en farfouillant dans son passé qu’il va déterrer de vieilles histoires politiques, qui concernent même les plus hautes institutions. Tous deux vont donc se battre côte à côte pour rétablir la vérité et laver l’honneur de la jeune femme.

Mon avis

Il y aurait tant de choses à dire sur ces romans… Tous très épais (le tome 3 fait presque 900 pages poche), ils sont vraiment très détaillés. Chaque conversation ou presque est retranscrite. Le lecteur a donc vraiment accès à tout. On suit les différentes enquêtes, on comprend les pensées de chacun, on s’inquiète pour Lisbeth quand on sait ce qui l’attend, puis l’on est surpris par sa façon de riposter. Découvrant le passé de cette jeune femme courageuse en même temps que Mickael, on est très vite révolté par ce qu’elle a subi et ce qu’on lui reproche au fil des pages.

Le tome 3 est une véritable apothéose : après avoir mis à jour tous les mystères liés de près ou de loin à Lisbeth et sa famille, il se termine par un procès flamboyant, à la hauteur de mes attentes. Je n’en dis pas plus pour ceux qui ne connaitraient pas cette histoire.

Pour résumer, je dirais donc que Millénium est un formidable policier aux couleurs de la Suède. Entre révélations politiques, horreurs perpétuées au nom du secret d’Etat et outrages aux femmes, on ne s’ennuie jamais et l’on veut toujours en savoir plus. Le rythme effréné va de paire avec le suspense et les rebondissements qui ponctuent le récit.

Je n’ai maintenant qu’une hâte : convertir mon entourage à cette trilogie et voir enfin le troisième film, le seul qu’il me reste à découvrir aujourd’hui.

Et la suite ?

J’ai récemment appris qu’un quatrième tome avait été entamé par l’auteur avant qu’il meurt subitement d’un arrêt cardiaque. Concrètement, ce tome aura sans doute du mal à voir le jour, d’abord parce qu’il reste inachevé ; ensuite parce que les droits d’auteur appartiennent au frère et au père de Stieg Larsson, et que cela a créé une polémique monstre à la mort de l’écrivain, car Eva Gabrielsson, son amie (qui n’était pas son épouse, donc), ne disposait (et même aujourd’hui) d’aucun droit, aucun regard sur l’œuvre Millénium.

Je me suis un peu renseignée sur le net, il semblerait que Larsson avait prévu d’écrire une saga géante de dix tomes, dans laquelle il aurait notamment pu faire apparaître la sœur de Lisbeth qui n’existe pas dans la trilogie. Ca m’aurait bien plu je crois.

En tout cas, si vous n’avez pas ces trois tomes, soyez sans crainte, ils se suffisent à eux-mêmes et valent vraiment le coup !

LARSSON Stieg, Millénium, Editions Acte Sud, Collection Babel Noir, traduit du suédois par Lena Grumbach et Marc de Gouvenain, 2010, 2012 et 2013.

Spectacles

Théâtre sans animaux, l’absurde de Jean-Michel Ribes au Théâtre du Rond-Point

 

theatre-sans-animaux_affichePourquoi ce spectacle ?

Je garde un formidable souvenir d’un autre spectacle mis en scène au Théâtre du Rond-Point, à Paris, en 2006, intitulé "Boulevard du boulevard du boulevard". Conçu par Daniel Mesguich, ce spectacle hilarant et très foufou figure encore aujourd’hui en première place de mes coups de cœur théâtraux. En écrivant cette chronique, je réalise que Jean-Michel Ribes n’a rien à voir là-dedans… J’étais pourtant persuadée qu’il était le metteur en scène de ce spectacle, tant l’absurde y était présent. Bref ! Tout ça pour vous dire que j’avais envie de découvrir "Théâtre pour animaux" pour les raisons suivantes :

1. l’absurde ;

2. Jean-Michel Ribes ;

3. le Théâtre du Rond-Point, un lieu chargé de souvenirs pour moi, y étant venue en expédition lorsque j’étais lycéenne.

De quoi ça parle ?

"Théâtre sans animaux" est un spectacle découpé en plusieurs petits sketches, qui mettent chacun en scène une situation absurde, une conversation, une engueulade, une confidence… L’humour est bien sûr présent, à la fois dans le texte et dans l’interprétation. Ainsi, un père demande à sa fille quel est son prénom, un idiot annonce à son frère érudit qu’il est plus intelligent que lui, une femme supplie son époux de dire "bravo" à sa sœur comédienne, une famille s’interroge sur la présence d’un stylo bille géant disposé au milieu du salon… Les histoires sont simples, elles sont toujours dues à un mot, une expression, un détail, et prennent des proportions démesurées.

Mon avis

On sent par l’introduction de cette chronique que j’ai été séduite par cette soirée. Le concept même de ces sketches tordus m’a rappelé Ionesco et sa Cantatrice chauve. De la même manière, les personnages s’entêtent à expliquer aux autres des choses très simples, avec des mots compliqués. A moins que ce ne soit l’inverse… La mise en scène de Jean-Michel Ribes est intéressante, dénuée d’objets et de constructions. Le seul décor ? De grandes silhouettes cartonnées représentant des immeubles, donnant vie, scène après scène, à une rue, un salon de coiffure, une chambre, un musée… Des assistants, vêtus de chapeaux et manteaux noirs, viennent ainsi entre chaque histoire déplacer les silhouettes et créer un nouvel espace de jeu.

Les costumes, bien sûr, ont un rôle important. Ils informent aussitôt sur le personnage : cet homme, si mal fagoté, a l’air bien moins malin que son frère, portant une veste de velours ; cette jeune fille en pyjama est bien sûr une ado bêtasse, qui se transforme en épouse révoltée dans sa petite robe à la scène suivante. Enfin, n’oublions pas le talent des acteurs, qui incarnent, au sens propre du mot, le texte de l’auteur. Ils paraissent si naturels, sont si drôles, si vrais… Chapeau bas à Annie Gregorio, qui habille la langue française d’un délicieux accent du sud, mais aussi à Philippe Magnan et Marcel Philippot (vous le connaissez, c’est le client mécontent de la MAAF).

Même si j’ai été un peu déçue par certains sketches (notamment le tout dernier, plus philosophique qu’amusant), j’ai globalement beaucoup ri devant "Théâtre sans animaux". La tendresse y côtoyait l’humour, et ce tandem était, je dois le dire, parfait.

Un bémol, tout de même : les lycéens assis derrière nous, qui n’ont jamais respecté les autres spectateurs, commentant à tout va les répliques et les costumes. Insupportable. Dommage !

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Films·Livres

Hitchcock/Truffaut, Helen Scott et François Truffaut

hitchcock-truffautPourquoi ce livre ?

C’est mon âme cinéphile qui a tenu à lire ces entretiens entre Alfred Hitchcock et François Truffaut. Considéré comme une bible par mes anciens profs de cinéma, qui l’appelaient le Hitchbook (c’est vous dire), j’étais bien entendu curieuse de découvrir ce gros bouquin. La médiathèque a fini par le retrouver dans ses vieux placards, pour mon plus grand plaisir !

De quoi ça parle ?

Il s’agit donc d’entretiens avec Hitchcock (maître incontesté du cinéma), menés par Truffaut (réalisateur français de la Nouvelle Vague, que j’aime aussi dites donc !). Les deux hommes abordent tous les films conçus, pensés et réalisés par Hitchcock, mais ils évoquent aussi leurs manières de voir le cinéma, sa magie, son rôle, son utilité.

Mon avis

Ce superbe ouvrage donne incontestablement envie de regarder tous les films du réalisateur anglais ! Ils sont tous abordés par les deux interlocuteurs, des premiers films bricolés, muets et en noir et blanc, jusqu’aux grands films américains, en passant par la période anglaise et humoristique du cinéaste. Cette lecture est donc à la fois frustrante (par le fait que l’on ne connaisse pas forcément tous les films cités) et passionnante, car l’on y apprend beaucoup de choses.

On découvre un Hitchcock sévère mais sensible, qui sait ce qu’il veut et rechigne à tourner avec des acteurs “de seconde zone”. Ce sont bien sûr les stars qu’il préfère, celles qui savent plaire au public, qui savent les effrayer et les émouvoir. Car c’est avant toute chose cela qui comptait le plus pour cet homme sans doute très charismatique : l’émotion.coffret-dvd-hitchcock

Avant même de lire ces entretiens, j’étais déjà pleine d’admiration pour Hitchcock. Je crois l’avoir découvert au collège dans La mort aux trousses et depuis, je n’ai cessé d’aimer ses films et ses petits programmes TV plein d’humour. Etant en possession d’un coffret gigantesque de DVDs, je crois que je vais me replonger dedans, pour le plaisir de retrouver ces petits clins d’œil techniques, ces montages admirables et ces scénarios rocambolesques qui font le charme du réalisateur.

Si vous avez envie de découvrir Hitchcock et surtout, qu’on vous donne envie de regarder ses films, lisez ces entretiens. Quant aux films en eux-mêmes, je vous conseille Psychose (culte), Le crime était presque parfait (frissonnant), L’Inconnu du Nord-Express (grandiose), Fenêtre sur cour (amusant), Vertigo (sublime), Les Oiseaux (effrayant : mon favori !) et Frenzy (jubilatoire).

J’aurais voulu terminer avec “Lamb to the Slaughter”, un court-métrage génial d’Hitchcock, mais je ne le trouve pas en sous-titré VF. Si par hasard vous tombez dessus, faites-moi signe, je rajouterai la vidéo dans cet article.

TRUFFAUT François et SCOTT Helen, Hitchcock/Truffaut, Editions Ramsay, 1983, 307 pages

Blabla

Mes auteurs préférés

Même si je suis une lectrice exigeante, j’ai quand même trouvé des auteurs passionnants, qui ont su me séduire par leurs écrits. Une petite présentation s’imposait donc !

Boris Vian

Sans conteste, Boris Vian est un auteur que j’aime à la folie (n’ayons pas peur des mots). Je l’ai découvert il y a quelques années, par le biais de L’écume des jours. Immédiatement, ce fut le coup de foudre. Comment avais-je pu passer à côté de cette écriture et de cet homme ? Insouciant et très drôle, Vian était un auteur doué et fougueux. Il ne pensait pas à la vraisemblance ou au raisonnable, mais plutôt à la poésie, la folie et la joie de vivre. Même s’ils peuvent dérouter, ses textes incongrus sont souvent très amusants et dénoncent aussi quelque chose. Quant à l’homme, il me semble en tous points parfait : ce joueur de trompette, malade du cœur mais volontaire, a côtoyé des grands artistes, poètes, hommes et femmes de lettres. Il s’est amusé avec sa plume, avec son nom, a publié sous une autre identité, a choqué, a plu… Bref, il n’a pas laissé son entourage et son époque indifférents. Au passage, sachez que j’aime aussi les chansons de Vian, car même si elles sont d’une autre époque, elles restent d’actualité et me font vraiment rire !

Un livre à lire : L’Ecume des jours

Une chanson à écouter : La complainte du progrès

Boris Vian

Eugène Ionesco

Le coup de cœur pour cet auteur de théâtre se fit durant mes années lycéennes. Faisant partie d’une classe option théâtre, j’ai approché, lu et joué certains de ses textes. L’absurde étant la règle d’or chez Ionesco, je ne pouvais que succomber. Les échanges incohérents et infiniment drôles des personnages de La cantatrice chauve ont eu raison de moi…. Ça m’a suffit  pour que Ionesco devienne l’un de mes auteurs fétiches.

Une pièce à voir : Rhinocéros

Une pièce à lire : La cantatrice chauve

Eugène Ionesco

Tracy Chevalier

Cette auteur américaine a aussi réussi à me charmer à travers ses romans historiques. Qu’il s’agisse d’une époque, d’une façon de vivre ou d’un personnage, Tracy Chevalier parvient toujours à décrire les choses avec justesse. A chaque fois, elle s’attache à une figure féminine, comme c’est le cas dans son roman le plus connu, La jeune fille à la perle. Je vous avais parlé de son roman Prodigieuses créatures, qui m’avait bien plu également. Elle a sorti un nouveau livre en janvier 2013, intitulé The last runaway, mais il faudra attendre encore un peu pour l’avoir en français. Bien sûr, quand ce sera le cas, je vous ferai signe.

Un livre à lire : La jeune fille à la perle

Tracy Chevalier

Jean Teulé

Mon amour pour les livres de Jean Teulé s’est déclaré en ce début d’année 2013. J’enchaîne la lecture de ses romans et n’ai pas encore été déçue. Bien sûr, je le connaissais déjà avant car il y a quelques années, j’avais reçu pour mon anniversaire Le magasin des suicides. La plume franche, acérée et profondément drôle de Teulé est un vrai bonheur. J’aime aussi son goût pour les héros oubliés ou les gens simples. Quant à l’auteur en lui-même, il me semble si sympathique que j’aurais bien envie de le saluer un jour. Il a justement sorti en ce début de mois de mars 2013 un nouveau roman, Fleur de tonnerre, que je lirai sans aucun doute. En attendant, je rattrape la lecture de son œuvre à travers les sorties poche.

Un livre à lire : Le Montespan

Jean Teulé

En relisant ces quelques lignes, je constate que ce qui m’attire le plus dans la lecture, c’est l’humour et les personnages avides de liberté. Et vous, quel sont le(s) point(s) commun(s) à vos auteurs favoris ?

Livres

Le Montespan, Jean Teulé

Le-Montespan-livre-Jean-TeulePourquoi ce livre ?

N’étant jamais déçue par les romans de Jean Teulé, j’ai aussitôt rangé celui-ci dans mon sac après l’avoir aperçu traînant chez mes parents.

De quoi ça parle ?

Ce roman raconte l’histoire de Louis Henri de Pardaillan de Gondrin, soit le marquis de Montespan, qui a vécu pendant le règle de Louis XIV. On le suit dès sa rencontre avec sa future épouse Françoise Athénaïs de Rochechouart de Mortemart, plus tard appelée Madame de Montespan, jusqu’à la mort du couple (soit sur une trentaine d’années il me semble). Malheureusement connu pour avoir été le cocu du Roi, le Montespan, amoureux transi de sa femme, fera tout pour la reconquérir et se venger de l’amant royal…

Mon avis

Il s’agit sans doute du meilleur roman que j’ai lu de Jean Teulé ! Pourtant, je n’en ai pas lu beaucoup, mais j’ai été particulièrement séduite par celui-ci. Relativement court (un peu plus de 300 pages poche), il a réussi à m’émouvoir, à me surprendre et surtout, surtout, à me faire rire. Pas seulement sourire, mais vraiment rire. En le lisant à la gare, je me suis surprise à rigoler parfois de certaines phrases, me reprenant aussitôt, de peur d’effrayer les gens qui m’entouraient.

En plus d’être drôle, donc, ce livre est touchant. Il creuse vraiment le personnage du Montespan, ce marquis fou d’amour pour sa belle, si malheureux de l’avoir perdue. A l’époque de Louis XIV, cela a de quoi interroger. Comme les autres personnages, on se demande pourquoi cet homme s’attache tant à cette femme, quand on sait qu’à la cour, il était plutôt flatteur d’être le cocu du Roi Soleil. Lui prend ça comme une déclaration de guerre. Naïf et trop gentil, le Montespan est surtout très courageux ! En l’honneur de ses souvenirs heureux, de son amour flamboyant et de ses enfants abandonnés par leur mère, le marquis s’infiltre à Versailles, crée des scandales, affronte le Roi sans trembler. C’est un homme admirable, qu’on aimerait tant aider et soutenir. Comme souvent chez Teulé, on suit un personnage peu connu ou même oublié, qui mériterait pourtant une récompense, après avoir lutter si durement pour sauver son amour. Sarcastique, il enterre même cet amour après une cérémonie religieuse tout à fait normale.

Parallèlement à l’histoire de la famille Montespan, l’auteur nous livre, je pense, un bon aperçu de la vie à cette époque, notamment à propos de l’hygiène. On imagine très bien les rues sales, les soirées versaillaises peu conventionnelles, où les femmes les plus raffinées à la Cour ne se gênent pas pour uriner ou déféquer au milieu d’une pièce. Les parties de jambes en l’air (comme celle du Roi et de sa maîtresse) sont elles aussi décrites sans pudeur. Tout comme le comportement odieux du fils des Montespan, le duc d’Antin, qui face à la mort de ses parents ne pense qu’à la gloire. L’écriture de Teulé rend ces situations drôles ou surprenantes, car les choses sont dites naturellement, sans fioritures.

Cette lecture est donc, pour le moment, ma meilleure lecture 2013. Je n’avais tout simplement pas envie que l’histoire se termine et croisait les doigts à chaque chapitre pour que Madame de Montespan reprenne ses esprits et retourne auprès de son époux amoureux. Quant au présent simple, choisi par l’auteur pour raconter cette histoire, il ne m’a pas du tout dérangé ! Etonnant, non ? Moi qui ne le supporte pas habituellement, je ne m’en suis rendue compte qu’au milieu du livre. Preuve que l’emploi de ce temps peut être justifié.

Infos complémentaires

Le Montespan a reçu le Prix Maison de la Presse et le Grand prix Palatine du roman historique. Il a aussi été élu parmi les 20 meilleurs livres de l’année 2008 par le magazine Le Point.

TEULÉ Jean, Le Montespan, Editions Pocket, 2011 (2008 pour l’édition originale chez Julliard), 307 pages

Spectacles

Les Chœurs de l’Armée Rouge

Choeurs-armee-rouge-affichePourquoi ce spectacle ?

J’ai tout simplement été invitée par mon amoureux. Héhé !

De quoi s’agit-il ?

Les Chœurs de l’Armée Rouge est un ensemble militaire mondialement connu pour ses spectacles mêlant chant, danse et musique traditionnelle russe. Il reprend aussi des airs d’opéra, de musiques sacrées ou populaires. La puissance vocale des chanteurs, l’accompagnement d’instruments traditionnels russes et les danses colorées et rythmées font de ce spectacle un show spectaculaire.

Mon avis

C’est sans doute un spectacle qu’il faut voir une fois dans sa vie. Car plus que des militaires en costume, ce sont avant tout des chanteurs brillants qui m’ont fait vibrer hier soir, sur la scène du Palais des Congrès de Paris. La salle, gigantesque, a su m’impressionner dès le départ. Sans fioritures, la soirée a commencé par l’hymne national russe puis La Marseillaise. Un peu de patriotisme qui m’a plutôt amusée, la salle entière étant debout, à l’écoute de ces chants sérieux mais néanmoins très beaux.

Ensuite se sont enchaînés des airs très connus, comme “l’International”, “Kalinka”, “Ah si j’étais riche” ou “Les trois cloches” de Piaf (mais si, vous connaissez). A chaque fois, les voix puissantes et profondes des chanteurs m’ont fait frissonner ! Accompagnés d’un petit orchestre, ils propageaient une énergie folle, qui donnait très envie de danser et virevolter. Tous les spectateurs applaudissaient alors en rythme.

Parfois accompagné par le ténor français Vincent Niclo, le Chœur a aussi repris “Ameno” et “Carmina Burana” (vous connaissez aussi). Frissons garantis ! J’ai aussi beaucoup aimé la puissante reprise de “Tri Martolod”, chant traditionnel breton très connu.

En alternance avec ces chants, nous avions droit à une danse traditionnelle. Et les danseurs étaient eux aussi très impressionnants ! Vêtus de costumes colorés et bouffants, ils faisaient de véritables performances physiques : danse à genoux, en rampant, en faisant des acrobaties inattendues… Novice en la matière, j’ai trouvé ces danses très belles, très joyeuses et balalaikapleines d’humour. Car ce ne sont pas seulement des danses : elles racontent une histoire. Des situations burlesques se créaient sous nos yeux. Ainsi, une demoiselle s’amusait à repousser six prétendants, arrivés l’un après l’autre. Cinq jeunes femmes, tournoyant dans leurs robes légères, taquinaient les hommes alentour.

J’ai donc ri durant cette soirée ! Qui l’eut crû ! Et je n’étais pas la seule. Autre situation très amusante : les Chœurs ont repris la chanson “Sex Bomb” de Tom Jones, un air plutôt récent et vraiment différent du registre habituel. Le résultat n’en fut que meilleur : la foule, en liesse, applaudissait à tout rompre et saluait joyeusement le militaire qui osait s’agiter comme un rigolo sur la scène.

Les musiciens, eux, avaient aussi beaucoup de talent. Mon instant musical préféré fut sans doute celui où cinq joueurs de balalaïka (la grande guitare triangulaire russe !) ont interprété plusieurs airs traditionnels en version accélérée, réunis en petit groupe sur le devant de la scène. Là encore, ils s’amusaient à créer des “conversations” entre leurs instruments, ce qui déclenchait parfois le rire du public.

Ce que je retiens de cette soirée : les Chœurs de l’Armée Rouge reprennent des chants très joyeux, dynamiques et colorés. Le spectacle fut amusant, impressionnant et plein de découvertes. Théâtral, imposant, drôle, solennel, puissant et léger à la fois. Une véritable performance, en somme !

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Et vous, les avez-vous déjà vus ? Avez-vous été autant impressionnés que moi ? Dites-moi tout ! En tout cas, si vous trouvez encore des places, profitez de leur tournée française qui a lieu en ce moment. Toutes les infos par ici. Ca vaut vraiment le coup.

Films

Wadjda, un hymne à la liberté

wadjda-affichePourquoi ce film ?

J’en sors à peine, les amis. J’ai juste eu le temps de manger un petit quelque chose, et voilà que je vous ponds un article en urgence. Pourquoi Wadjda ? Simplement parce que j’en ai lu beaucoup de bien. Ca a suffit pour me convaincre.

De quoi ça parle ?

Le film raconte l’histoire de Wadjda, une jeune fille qui vit en Arabie Saoudite. Elle rêve de s’acheter un vélo, pour faire la course avec son meilleur ami Abdallah. Le problème, c’est que les femmes ne font pas de vélo. C’est une question d’honneur. Mais Wadjda, déterminée, n’a que faire de ces diktats masculins ! Elle va tout faire pour obtenir le vélo de ses rêves, même s’il faut gagner un concours de récitation coranique…

Mon avis

Magnifique ! Ce film de Haifaa Al Mansour, première femme réalisatrice saoudienne, n’est pas lourd de reproches et de critiques envers les hommes. Il n’est ni politique ni social. C’est un film d’amitié, un film sur la jeunesse qui met en scène des adolescents plein d’ambition et d’envie de liberté. Wadjda, incarnée par la formidable Waad Mohammed, rêve de ce vélo pour battre son ami à la course, tout simplement. Mais elle n’est pas la seule à vouloir vivre sa vie comme elle l’entend : les jeunes filles de son école ont envie de vernis sur les pieds, de tatouages, de bracelets, d’amoureux… Tout cela est interdit par la directrice, impitoyable avec les règles, l’honneur et la morale. Le jeune Abdallah, admiratif de son intrépide amie, la taquine, la console et lui prête son vélo. Il ne serait pas contre une course, lui non plus. Bref, la jeunesse saoudienne est encore fougueuse, malgré les remontrances des adultes. Elle récite le Coran avec volonté mais finalement, ce qui l’amuse le plus, ce sont les choses les plus simples.

La condition des femmes est aussi l’un des sujets principaux du film, notamment à travers la mère de Wadjda, jouée par Reem Abdullah (une très belle femme d’ailleurs). Elle est aux petits soins pour son mari absent, qui s’apprête à se marier avec une seconde femme, mais on sent qu’elle n’est pas heureuse. Que veut cette femme qui se cache sous son voile ou derrière la porte, qui chante quand les hommes ne sont pas là ? Elle ne le dira pas, mais elle soutiendra sa fille.

Enfin, Wadjda est un film très amusant ! L’héroïne a de la répartie et n’hésite pas à aller de l’avant, contre vents et marées. “Casse-toi”, balance-t-elle à une écolière qui lui explique que des hommes peuvent les voir dans la cour de récréation. Surprenante et cinglante, cette réplique a fait marrer toute la salle… !

J’oublie sûrement des tas de choses que je voulais vous dire… En tout cas, j’ai été bluffée par la jeune Waad Mohammed, qui incarne avec perfection une jeune fille pleine de charme, qui en veut ! Et son prénom est si beau à prononcer. C’est un film à voir. Je vous en conjure, allez-y ! L’histoire de Wadjda fait relativiser… et donne envie de faire du vélo.

Livres

L’autre côté de l’ombre, Graham Hurley

lautrecotedelombre-hurleyPourquoi ce livre ?

Il m’a été offert à Noël par ma sœur, qui connaît mes goûts littéraires. Un policier avait donc toutes ses chances en ma compagnie.

De quoi ça parle ?

Tout le long du roman, on suit deux personnages qui ont travaillé ensemble par le passé mais n’ont rien en commun aujourd’hui. Il s’agit de Joe Faraday, inspecteur de police honnête et droit, et de Paul Winter, ancien flic reconverti dans la mafia du coin. Dès le début, le premier enquête sur le meurtre d’un promoteur immobilier, mystérieux et parfaitement réalisé. Le second, lui, fait ses premiers pas de mafieux aux côtés de Bazza, le chef de file.

Mon avis

Assez long (615 pages), ce roman perturbe au début : on entre directement dans l’action. Winter assiste à l’enterrement du frère de Bazza. Qui est qui, on a du mal à le savoir aussitôt. Quelques pages plus loin, Faraday commence à enquêter sur un meurtre. Qui est cet inspecteur ? Là encore, on se sent un peu perdu. Et puis petit à petit, les choses se mettent en place. L’alternance des deux récits (un pour chaque personnage) devient alors presque naturelle. En simultané, on suit deux aventures, deux points de vue.

Les deux personnages principaux n’ont rien en commun, si ce n’est qu’ils sont tous deux indépendants. Le travail d’équipe n’est pas vraiment fait pour eux. D’un côté, Faraday semble distant, préoccupé par son fils sourd et muet devenu riche trop vite. De l’autre, Winter ne fait pas une confiance aveugle en Bazza, son nouveau mentor. Dans les deux cas, un suspense se crée alors. Faraday va-t-il résoudre le meurtre du promoteur immobilier ? Winter est-il vraiment ce qu’il laisse entendre (un ancien flic amer ou un infiltré ?). Les réponses se font petit à petit, c’est pourquoi on a vite envie d’en savoir plus !

Les chapitres, d’une longueur idéale, s’enchaînent et se lisent bien. L’écriture fait la part belle aux dialogues, on est alors plus immergé dans les esprits des personnages. Les cent dernières pages sont les meilleures, bien sûr. Tout se résout, chacun se révèle… Derrière les états d’âme des héros, l’auteur dresse un dur portrait de Portsmouth, petite ville d’Angleterre. Les commerçants y sont corrompus, l’argent sale est roi et la mafia contrôle tout, ou presque. Tout cela ne sera pas sans conséquences, même à toute petite échelle, sur certains habitants désespérés…

Un bon roman policier, donc, qui ne propose pas de morale toute faite et montre les bons et mauvais côtés des deux clans que sont la police et la mafia. Un livre idéal pour l’été, je pense !

HURLEY Graham, L’autre côté de l’ombre, Editions Gallimard, Folio Policier, 2011 (2008 pour la version originale), traduit par Philippe Loubat-Delranc, 615 pages