Livres

La page blanche, Pénélope Bagieu et Boulet


boulet-bagieu-page-blanchePourquoi ce livre ?

J’ai reçu cette jolie BD en cadeau d’anniversaire, tout simplement.

De quoi ça parle ?

La première page présente une jeune fille, assise sur un banc parisien, le regard perdu et les cheveux au vent. Que fait-elle ici ? Depuis quand est-elle là ? On ne le sait pas, elle non plus. C’est le point de départ de sa quête d’identité.

Mon avis

Le livre lui-même est joli. Matelassé, coloré, doux… J’ai tout de suite eu envie de l’ouvrir et de feuilleter les premières pages. Au fil de la lecture, on découvre, en même temps que l’héroïne, son histoire et son identité. Elle suit un parcours du combattant pour savoir où elle vit, quel est son métier, qui sont ses proches et surtout, ce qu’elle faisait là, sur ce banc. C’est de manière amusante et touchante qu’elle pénètre, méfiante, dans son appartement. On s’identifie très bien à elle et ça en devient drôle ! Elle redécouvre ses goûts, ses vêtements, ses habitudes… Et constate amèrement qu’elle n’a pas vraiment de personnalité, de passion, de goûts affirmés. Sa perte totale de mémoire, paradoxalement révélatrice, lui permettra d’aller de l’avant.

Les dessins de Bagieu, plutôt simples, permettent une lecture fluide. Les traits sont arrondis, les couleurs pastel, on retrouve bien sûr la patte de la dessinatrice blogueuse. Ils ont une place importante dans le récit : les pages sont en effet souvent dépourvues de texte. Une lecture d’images, donc, qui détend et apaise.

Cette jolie bande-dessinée, légère et intelligente, pose plusieurs questions sur l’identité : finalement, qui sommes-nous vraiment ? Avons-nous de réelles passions ou sont-elles créées par la mode ? Qu’est-ce qui nous identifie ? Notre dernier achat, nos amis, nos lectures ? On ne peut s’empêcher de se mettre à la place de l’héroïne. Des questions que se posent le lecteur et qui prouvent bien que le défi a été relevé avec brio.

BAGIEU Pénélope et BOULET, La page blanche, Editions Delcourt, 2012, 201 pages

Livres

Bord cadre, Jean Teulé

bord-cadre-teulePourquoi ce livre ?

Je l’ai choisi par hasard en faisant mes courses. Un tout petit risque car il s’agit tout de même d’un Teulé.

De quoi ça parle ?

Très court, ce roman raconte l’histoire d’un couple, de sa naissance à sa rupture, en passant par la passion et la déchirure. Marc et Léone, qui se rencontrent chez le peintre Sainte-Rose, vont connaître l’amour fou avant d’entrer en guerre. Un conflit provoqué par leur ami commun, qui propose à Marc, écrivain fragile, d’écrire sur un couple heureux qui se déchirerait. Son but ? Que la fiction remplace la réalité. Marc incarne donc son héros moqueur et méchant pour mieux imaginer son histoire. Un dangereux jeu de rôle qui va mener son couple à la catastrophe.

Mon avis

Bord cadre est un roman rythmé, sur l’amour et la passion artistique. Peut-on détruire ce que l’on aime le plus au monde pour atteindre l’apogée de son art ? C’est en tout cas ce que croient Marc et Sainte-Rose, l’un manipulé, l’autre amusé par ce qui se crée sous ses yeux. Une fois le couple détruit, il pourra peindre le malheur qui se lit dans leurs yeux. Un regard impossible à imiter. Il faut donc qu’il soit sincère et pour cela, le couple doit être malheureux. Tordu, n’est-ce pas ?

Découpé en trois parties principales (Rencontre, Bonheur et Malheur), ce petit livre de Jean Teulé se lit facilement et rapidement. Les courts chapitres rythment la lecture : on observe en accéléré l’histoire d’amour des deux héros ainsi que le mécanisme qui va les mener à leur perte. D’abord tendres, admiratifs et amoureux, Marc et Léone deviennent ennemis. Les déclarations d’amour laissent place aux répliques assassines. Ce qu’ils aimaient chez l’autre devient insupportable. Mais il ne s’agit pas d’un ras-le-bol "ordinaire". Ils incarnent chacun les personnages du roman de Marc, mais se sentent toujours visés personnellement. Une double lecture intéressante et originale, qui fait de cette histoire d’amour une histoire "pas comme les autres".

Bord cadre est un joli petit roman, finalement assez sombre. La fin aurait peut-être pu être évitée. Bien sûr, elle comble et rassure le lecteur, mais elle change légèrement le discours principal du roman. L’amour triomphe-t-il toujours sur la passion ? Jean Teulé donne la réponse, à vous de la découvrir !

TEULÉ Jean, Bord cadre, Editions Pocket, 2011 (1999 pour la publication chez Julliard), 175 pages

Livres

La Tristesse du Samouraï, Víctor del Árbol

A LA VOLTAIRE !Pourquoi ce livre ?

La Tristesse du Samouraï fait partie de la sélection du Prix de la Critique de Puteaux 2013. Dernière lecture imposée de l’année !

De quoi ça parle ?

L’histoire se passe en Espagne, à travers plusieurs périodes historiques : on suit d’abord Maria, avocate renommée des années 80 ; puis en 1941, Isabel, épouse d’un chef de parti d’extrême droite, éprise de liberté ; mais aussi Fernando et Andrès, fils d’Isabel, qui traversent les époques et relient les destins des autres personnages. Différentes familles, qui ont vu leurs destins basculer autrefois, doivent à nouveau faire face à leurs démons… en s’affrontant ou en s’entraidant. Un choix qui n’est pas toujours facile à faire.

Mon avis

Avouons-le tout de suite : j’ai pris peur en lisant la quatrième de couverture. Impossible de faire plus fouillis et démoralisant. J’ai cru un instant que je ne comprendrais rien, que les personnages seraient bien trop nombreux, que l’histoire serait absolument tordue et surtout, qu’en tant qu’inculte de l’histoire d’Espagne, je serais sans repères. Je vous rassure immédiatement, rien de tout cela n’est vrai. OUF.

Certes, les personnages sont nombreux, mais ils sont présentés petit à petit, et ont tous une histoire différente. On s’emmêle peut-être un peu les pinceaux au début mais très vite, on s’y fait. La faute, sans doute, aux prénoms espagnols choisis par l’auteur, qui ont parfois tendance à se ressembler (Marta, Maria…).

L’histoire, bien que complexe, est habilement déroulée. Chaque début de chapitre est introduit par un rappel du lieu et de l’époque qui va concerner ce qui va suivre. Très vite, hop, associations d’idées : 1981 = on suit Maria. Tout va bien.

L’histoire d’Espagne n’est qu’un décor aux péripéties du roman : elle a bien sûr une explication aux comportements de certains, aux combats, aux guerres et autres batailles, mais au fond, je n’y ai pas accordé d’importance, et cela n’a pas gâché ma lecture. Ce qui importe, au fond, ce sont les aventures et révélations humaines, les trahisons, les secrets, les douleurs des personnages, et les liens qui existent entre eux, malgré leur volonté.

Au final, l’auteur propose un récit bien ficelé, qui tient le coup jusqu’au bout. Les révélations parsemées au fil des pages entretiennent le suspense. Les personnages, ni blancs ni noirs, ont tous une part sombre en eux, quelque chose qui les ronge et les empêche d’avancer. La délivrance finale prend plusieurs formes : tuerie, suicide, disparition, solitude… Rien de très gai, je vous l’accorde, mais tout cela a le mérite d’apaiser tout le monde.

Seule déception : l’allusion au samouraï, qui apparaît un peu comme un cheveu sur la soupe dans ce récit espagnol. Le titre, bien que très joli, rappelle seulement quelques phrases du livre. Peut-être aurait-il fallu plus développer cet aspect, ou l’oublier totalement.

Cela dit, ce petit bémol reste un détail. Un bon roman, donc. Je dirais même plus : une bonne surprise ! Idéal pour les vacances à venir.

DEL ÁRBOL Víctor, La Tristesse du Samouraï, Editions Actes Sud, 2012 (2011 pour la version originale), traduit de l’espagnol par Claude Bleton, 351 pages

Livres

La trilogie Millénium, Stieg Larsson

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Pourquoi cette trilogie ?

Par curiosité, tout simplement ! On m’a d’abord offert la version poche du tome 1, que j’ai vraiment dévoré ! Ensuite, il me fallait bien sûr lire la suite mais aussi compléter ma trilogie avec la même édition. C’est pourquoi j’ai préféré attendre la sortie poche des deux derniers tomes… Le 3 étant sorti fin janvier 2013, je me suis ruée dessus et ai fini par le lire en mars.

De quoi ça parle ?

Au début de la trilogie, on suit Mickael Blomkvist, journaliste pour "Millénium", qui vient d’être condamné pour diffamation dans une affaire financière. A la sortie de sa peine, il est contacté par Henrik Vanger, un vieil industriel qui ne se remet pas de la disparition de sa nièce, il y a plus de 40 ans. Celui-ci lui demande alors de mener l’enquête… Blomkvist va rapidement faire la connaissance de Lisbeth Salander, une jeune femme atypique, qui va lui venir en aide.

Le tome 1 se concentre donc sur cette histoire de disparition. Les deux tomes suivants s’intéressent plus aux deux personnages principaux, à leur passé. Quand Lisbeth est accusée de meurtres à tort, Blomkvist va tout faire pour lui venir en aide… C’est en farfouillant dans son passé qu’il va déterrer de vieilles histoires politiques, qui concernent même les plus hautes institutions. Tous deux vont donc se battre côte à côte pour rétablir la vérité et laver l’honneur de la jeune femme.

Mon avis

Il y aurait tant de choses à dire sur ces romans… Tous très épais (le tome 3 fait presque 900 pages poche), ils sont vraiment très détaillés. Chaque conversation ou presque est retranscrite. Le lecteur a donc vraiment accès à tout. On suit les différentes enquêtes, on comprend les pensées de chacun, on s’inquiète pour Lisbeth quand on sait ce qui l’attend, puis l’on est surpris par sa façon de riposter. Découvrant le passé de cette jeune femme courageuse en même temps que Mickael, on est très vite révolté par ce qu’elle a subi et ce qu’on lui reproche au fil des pages.

Le tome 3 est une véritable apothéose : après avoir mis à jour tous les mystères liés de près ou de loin à Lisbeth et sa famille, il se termine par un procès flamboyant, à la hauteur de mes attentes. Je n’en dis pas plus pour ceux qui ne connaitraient pas cette histoire.

Pour résumer, je dirais donc que Millénium est un formidable policier aux couleurs de la Suède. Entre révélations politiques, horreurs perpétuées au nom du secret d’Etat et outrages aux femmes, on ne s’ennuie jamais et l’on veut toujours en savoir plus. Le rythme effréné va de paire avec le suspense et les rebondissements qui ponctuent le récit.

Je n’ai maintenant qu’une hâte : convertir mon entourage à cette trilogie et voir enfin le troisième film, le seul qu’il me reste à découvrir aujourd’hui.

Et la suite ?

J’ai récemment appris qu’un quatrième tome avait été entamé par l’auteur avant qu’il meurt subitement d’un arrêt cardiaque. Concrètement, ce tome aura sans doute du mal à voir le jour, d’abord parce qu’il reste inachevé ; ensuite parce que les droits d’auteur appartiennent au frère et au père de Stieg Larsson, et que cela a créé une polémique monstre à la mort de l’écrivain, car Eva Gabrielsson, son amie (qui n’était pas son épouse, donc), ne disposait (et même aujourd’hui) d’aucun droit, aucun regard sur l’œuvre Millénium.

Je me suis un peu renseignée sur le net, il semblerait que Larsson avait prévu d’écrire une saga géante de dix tomes, dans laquelle il aurait notamment pu faire apparaître la sœur de Lisbeth qui n’existe pas dans la trilogie. Ca m’aurait bien plu je crois.

En tout cas, si vous n’avez pas ces trois tomes, soyez sans crainte, ils se suffisent à eux-mêmes et valent vraiment le coup !

LARSSON Stieg, Millénium, Editions Acte Sud, Collection Babel Noir, traduit du suédois par Lena Grumbach et Marc de Gouvenain, 2010, 2012 et 2013.

Films·Livres

Hitchcock/Truffaut, Helen Scott et François Truffaut

hitchcock-truffautPourquoi ce livre ?

C’est mon âme cinéphile qui a tenu à lire ces entretiens entre Alfred Hitchcock et François Truffaut. Considéré comme une bible par mes anciens profs de cinéma, qui l’appelaient le Hitchbook (c’est vous dire), j’étais bien entendu curieuse de découvrir ce gros bouquin. La médiathèque a fini par le retrouver dans ses vieux placards, pour mon plus grand plaisir !

De quoi ça parle ?

Il s’agit donc d’entretiens avec Hitchcock (maître incontesté du cinéma), menés par Truffaut (réalisateur français de la Nouvelle Vague, que j’aime aussi dites donc !). Les deux hommes abordent tous les films conçus, pensés et réalisés par Hitchcock, mais ils évoquent aussi leurs manières de voir le cinéma, sa magie, son rôle, son utilité.

Mon avis

Ce superbe ouvrage donne incontestablement envie de regarder tous les films du réalisateur anglais ! Ils sont tous abordés par les deux interlocuteurs, des premiers films bricolés, muets et en noir et blanc, jusqu’aux grands films américains, en passant par la période anglaise et humoristique du cinéaste. Cette lecture est donc à la fois frustrante (par le fait que l’on ne connaisse pas forcément tous les films cités) et passionnante, car l’on y apprend beaucoup de choses.

On découvre un Hitchcock sévère mais sensible, qui sait ce qu’il veut et rechigne à tourner avec des acteurs “de seconde zone”. Ce sont bien sûr les stars qu’il préfère, celles qui savent plaire au public, qui savent les effrayer et les émouvoir. Car c’est avant toute chose cela qui comptait le plus pour cet homme sans doute très charismatique : l’émotion.coffret-dvd-hitchcock

Avant même de lire ces entretiens, j’étais déjà pleine d’admiration pour Hitchcock. Je crois l’avoir découvert au collège dans La mort aux trousses et depuis, je n’ai cessé d’aimer ses films et ses petits programmes TV plein d’humour. Etant en possession d’un coffret gigantesque de DVDs, je crois que je vais me replonger dedans, pour le plaisir de retrouver ces petits clins d’œil techniques, ces montages admirables et ces scénarios rocambolesques qui font le charme du réalisateur.

Si vous avez envie de découvrir Hitchcock et surtout, qu’on vous donne envie de regarder ses films, lisez ces entretiens. Quant aux films en eux-mêmes, je vous conseille Psychose (culte), Le crime était presque parfait (frissonnant), L’Inconnu du Nord-Express (grandiose), Fenêtre sur cour (amusant), Vertigo (sublime), Les Oiseaux (effrayant : mon favori !) et Frenzy (jubilatoire).

J’aurais voulu terminer avec “Lamb to the Slaughter”, un court-métrage génial d’Hitchcock, mais je ne le trouve pas en sous-titré VF. Si par hasard vous tombez dessus, faites-moi signe, je rajouterai la vidéo dans cet article.

TRUFFAUT François et SCOTT Helen, Hitchcock/Truffaut, Editions Ramsay, 1983, 307 pages

Livres

Le Montespan, Jean Teulé

Le-Montespan-livre-Jean-TeulePourquoi ce livre ?

N’étant jamais déçue par les romans de Jean Teulé, j’ai aussitôt rangé celui-ci dans mon sac après l’avoir aperçu traînant chez mes parents.

De quoi ça parle ?

Ce roman raconte l’histoire de Louis Henri de Pardaillan de Gondrin, soit le marquis de Montespan, qui a vécu pendant le règle de Louis XIV. On le suit dès sa rencontre avec sa future épouse Françoise Athénaïs de Rochechouart de Mortemart, plus tard appelée Madame de Montespan, jusqu’à la mort du couple (soit sur une trentaine d’années il me semble). Malheureusement connu pour avoir été le cocu du Roi, le Montespan, amoureux transi de sa femme, fera tout pour la reconquérir et se venger de l’amant royal…

Mon avis

Il s’agit sans doute du meilleur roman que j’ai lu de Jean Teulé ! Pourtant, je n’en ai pas lu beaucoup, mais j’ai été particulièrement séduite par celui-ci. Relativement court (un peu plus de 300 pages poche), il a réussi à m’émouvoir, à me surprendre et surtout, surtout, à me faire rire. Pas seulement sourire, mais vraiment rire. En le lisant à la gare, je me suis surprise à rigoler parfois de certaines phrases, me reprenant aussitôt, de peur d’effrayer les gens qui m’entouraient.

En plus d’être drôle, donc, ce livre est touchant. Il creuse vraiment le personnage du Montespan, ce marquis fou d’amour pour sa belle, si malheureux de l’avoir perdue. A l’époque de Louis XIV, cela a de quoi interroger. Comme les autres personnages, on se demande pourquoi cet homme s’attache tant à cette femme, quand on sait qu’à la cour, il était plutôt flatteur d’être le cocu du Roi Soleil. Lui prend ça comme une déclaration de guerre. Naïf et trop gentil, le Montespan est surtout très courageux ! En l’honneur de ses souvenirs heureux, de son amour flamboyant et de ses enfants abandonnés par leur mère, le marquis s’infiltre à Versailles, crée des scandales, affronte le Roi sans trembler. C’est un homme admirable, qu’on aimerait tant aider et soutenir. Comme souvent chez Teulé, on suit un personnage peu connu ou même oublié, qui mériterait pourtant une récompense, après avoir lutter si durement pour sauver son amour. Sarcastique, il enterre même cet amour après une cérémonie religieuse tout à fait normale.

Parallèlement à l’histoire de la famille Montespan, l’auteur nous livre, je pense, un bon aperçu de la vie à cette époque, notamment à propos de l’hygiène. On imagine très bien les rues sales, les soirées versaillaises peu conventionnelles, où les femmes les plus raffinées à la Cour ne se gênent pas pour uriner ou déféquer au milieu d’une pièce. Les parties de jambes en l’air (comme celle du Roi et de sa maîtresse) sont elles aussi décrites sans pudeur. Tout comme le comportement odieux du fils des Montespan, le duc d’Antin, qui face à la mort de ses parents ne pense qu’à la gloire. L’écriture de Teulé rend ces situations drôles ou surprenantes, car les choses sont dites naturellement, sans fioritures.

Cette lecture est donc, pour le moment, ma meilleure lecture 2013. Je n’avais tout simplement pas envie que l’histoire se termine et croisait les doigts à chaque chapitre pour que Madame de Montespan reprenne ses esprits et retourne auprès de son époux amoureux. Quant au présent simple, choisi par l’auteur pour raconter cette histoire, il ne m’a pas du tout dérangé ! Etonnant, non ? Moi qui ne le supporte pas habituellement, je ne m’en suis rendue compte qu’au milieu du livre. Preuve que l’emploi de ce temps peut être justifié.

Infos complémentaires

Le Montespan a reçu le Prix Maison de la Presse et le Grand prix Palatine du roman historique. Il a aussi été élu parmi les 20 meilleurs livres de l’année 2008 par le magazine Le Point.

TEULÉ Jean, Le Montespan, Editions Pocket, 2011 (2008 pour l’édition originale chez Julliard), 307 pages

Livres

L’autre côté de l’ombre, Graham Hurley

lautrecotedelombre-hurleyPourquoi ce livre ?

Il m’a été offert à Noël par ma sœur, qui connaît mes goûts littéraires. Un policier avait donc toutes ses chances en ma compagnie.

De quoi ça parle ?

Tout le long du roman, on suit deux personnages qui ont travaillé ensemble par le passé mais n’ont rien en commun aujourd’hui. Il s’agit de Joe Faraday, inspecteur de police honnête et droit, et de Paul Winter, ancien flic reconverti dans la mafia du coin. Dès le début, le premier enquête sur le meurtre d’un promoteur immobilier, mystérieux et parfaitement réalisé. Le second, lui, fait ses premiers pas de mafieux aux côtés de Bazza, le chef de file.

Mon avis

Assez long (615 pages), ce roman perturbe au début : on entre directement dans l’action. Winter assiste à l’enterrement du frère de Bazza. Qui est qui, on a du mal à le savoir aussitôt. Quelques pages plus loin, Faraday commence à enquêter sur un meurtre. Qui est cet inspecteur ? Là encore, on se sent un peu perdu. Et puis petit à petit, les choses se mettent en place. L’alternance des deux récits (un pour chaque personnage) devient alors presque naturelle. En simultané, on suit deux aventures, deux points de vue.

Les deux personnages principaux n’ont rien en commun, si ce n’est qu’ils sont tous deux indépendants. Le travail d’équipe n’est pas vraiment fait pour eux. D’un côté, Faraday semble distant, préoccupé par son fils sourd et muet devenu riche trop vite. De l’autre, Winter ne fait pas une confiance aveugle en Bazza, son nouveau mentor. Dans les deux cas, un suspense se crée alors. Faraday va-t-il résoudre le meurtre du promoteur immobilier ? Winter est-il vraiment ce qu’il laisse entendre (un ancien flic amer ou un infiltré ?). Les réponses se font petit à petit, c’est pourquoi on a vite envie d’en savoir plus !

Les chapitres, d’une longueur idéale, s’enchaînent et se lisent bien. L’écriture fait la part belle aux dialogues, on est alors plus immergé dans les esprits des personnages. Les cent dernières pages sont les meilleures, bien sûr. Tout se résout, chacun se révèle… Derrière les états d’âme des héros, l’auteur dresse un dur portrait de Portsmouth, petite ville d’Angleterre. Les commerçants y sont corrompus, l’argent sale est roi et la mafia contrôle tout, ou presque. Tout cela ne sera pas sans conséquences, même à toute petite échelle, sur certains habitants désespérés…

Un bon roman policier, donc, qui ne propose pas de morale toute faite et montre les bons et mauvais côtés des deux clans que sont la police et la mafia. Un livre idéal pour l’été, je pense !

HURLEY Graham, L’autre côté de l’ombre, Editions Gallimard, Folio Policier, 2011 (2008 pour la version originale), traduit par Philippe Loubat-Delranc, 615 pages

Livres

L’empoisonneuse, Peter Meer et Barbara Yelin

lempoisonneuse-peer-meterPourquoi ce livre ?

L’empoisonneuse est une bande dessinée type roman graphique, que j’ai depuis quelques années dans ma bibliothèque. Déjà lue lors de son achat, j’ai eu envie de me replonger dedans.

De quoi ça parle ?

L’histoire se passe au XIXe siècle, à Brême (Allemagne). Une jeune auteur arrive dans la ville pour faire un compte-rendu touristique du lieu. Par hasard, elle découvre qu’une femme va bientôt être exécutée sur la place publique, pour avoir assassiné par empoisonnement sa famille et ses amis durant quinze ans, avant d’être démasquée. Curieuse, l’héroïne va donc mener l’enquête sur les pulsions de la meurtrière et sur son jugement, non sans provoquer la méfiance des habitants.

Mon avis

Précisons avant tout que cette histoire s’inspire d’un drame qui s’est réellement passé au XIXe siècle. Quand on sait cela, on lit cette BD différemment. Tout comme l’héroïne, on est très curieux d’apprendre ce qui a poussé Gesche Margarethe Gottfried, l’empoisonneuse, a agir ainsi… Car elle a volontairement donné du “beurre à souris” (saindoux à l’arsenic) tartiné sur du pain à ses enfants, ses différents maris, ses amis, ses parents, ses voisins… tout en en soignant certains, pour atténuer leurs souffrances. Une véritable contradiction qui interpelle. Avant de la juger, on aimerait la comprendre.

La BD suit donc l’enquête de la narratrice, qui discute avec plusieurs personnages (le pasteur, l’avocat…) et se promène dans Brême pour en savoir plus. Très vite, les habitants la regarde d’un mauvais œil : qui est cette étrangère qui vient fouiner et veut ruiner la réputation de la ville ? Le lieu, rongé par cette histoire d’empoisonnement trop longtemps dissimulée, n’est pas du tout paisible. On le sent dans les ombres et les regards furtifs, les chuchotements et les confidences… Etonnamment, on finit par s’attacher à l’accusée, qui n’a pu s’exprimer que par le meurtre.

Une histoire très intrigante, donc, qui mérite d’être plus connue et surtout, qui donne envie d’en savoir plus. Quant aux dessins en noir et blanc, ils sont très joliment crayonnés. On se croirait presque dans un songe. Les coups de crayon de Barbara Yelin ne sont pas dissimulés, au contraire. Ils sont mis en avant et apportent une poésie au récit. Pour vous montrer, voici deux planches de la BD :

lempoisonneuse-planche1lempoisonneuse-planche2

Si vous avez envie d’une BD qui sort du commun et que l’histoire de l’empoisonneuse vous intrigue, n’hésitez pas !

MEER Peter et YELIN Barbara, L’empoisonneuse, Editions Actes Sud, collection l’An 2, 2010, 199 pages

Livres

Walking Dead, 1. Passé décomposé, Robert Kirkman, Tony Moore et Charlie Adlard

walkingdead-tome1Ca, c’est du titre d’article. Mais bon, soyons sérieux, j’allais pas laisser un auteur de côté ou réduire le titre pour le plaisir des yeux. Clignement d'œil

Pourquoi ce livre ?

C’est de la faute d’Aniouchka, blogueuse littéraire particulièrement douée pour parler de ce qu’elle aime lire. Du coup, à force de la regarder baver devant ces comics, j’ai craqué. J’ai acheté le tome 1, juste pour essayer. Avant de pouvoir le feuilleter, j’avoue que j’avais peur des dessins. Qu’ils soient effrayants et surtout, qu’ils soient moches (disons-le tout net). En fait, à peine ouvert, j’étais agréablement surprise alors je l’ai pris.

De quoi ça parle ?

Il s’agit donc d’un comic américain en noir et blanc, qui raconte l’histoire d’un groupe de survivants dans un monde peuplé de zombies baveux et décomposés (miam miam). Tout commence avec Rick, un jeune policier qui sort du coma à l’hôpital, après s’être fait tirer dessus. Il comprend rapidement que le lieu est infesté de zombies… Que s’est-il passé pendant son “absence” !? Avant d’éclaircir tout ça, sa priorité est de retrouver sa femme et son fils. Le voilà qui erre donc de maisons en maisons, avant de tomber sur un groupe d’humains survivants.

Mon avis

Vous en dire plus serait très vilain. Je dévoilerais toute l’intrigue du tome 1 qui, je dois bien l’avouer, n’est pas très riche en rebondissements mais a le mérite d’introduire toute la série en expliquant bien dans quel monde se trouvent les personnages principaux. On se sent nous aussi pris au piège, perdus au milieu de ces zombies repoussants, sans comprendre comment on en est arrivé là. Aucune explication sur ces mutations éclair, donc, mais un suspense très agréable. A peine lu, ce premier tome donne évidemment envie d’en savoir plus… et de lire le tome 2 [RHA].

Quant aux dessins, j’étais vraiment surprise. Réalistes et très détaillés, ils alimentent le suspense et l’addiction. Les hordes de zombies sont particulièrement effrayantes, je ne les ai donc pas minutieusement observées… Toujours est-il que rien n’est caché. On voit tout, les morsures, les yeux qui pendouillent, les artères et muscles mâchouillés, les cris à peine esquissés, les larmes des personnages, les flocons de neige, les étoiles…

Bien sûr, la joie de vivre n’est pas au rendez-vous. Les personnages ont peur, leurs craintes et leurs regrets les envahissent et provoquent des tensions au sein du groupe. Plus qu’une description banale de zombies, Walking Dead est une réflexion sur la survie en groupe.

Pour vous faire une petite idée, on retrouve la même angoisse que dans 28 jours plus tard et 28 semaines plus tard. Je ne connais pas la série télé mais vu son succès, il doit s’agir d’une bonne adaptation. A voir plus tard, donc. En attendant, je vais sans doute me pencher sur la suite. Je ne suis pas sûre de vous en reparler ici car tout cela serait sans doute redondant. Rendez-vous sur Twitter, les amis !

KIRKMAN Robert, MOORE Tony, ADLARD Charlie, Walking Dead, tome 1 “Passé Décomposé”, Editions Delcourt, 2007, 136 pages

Livres

Qu’avons-nous fait de nos rêves ?, Jennifer Egan

JenniferEganPourquoi ce livre ?

Il fait partie de la sélection du Prix de la Critique Littéraire de ma ville, auquel je participe.

De quoi ça parle ?

Très éclaté, le roman nous immerge, à chaque chapitre, dans la vie d’un personnage, à un moment donné de sa vie. Qu’ils soient enfant, parent, adolescent, jeune désabusé, ex-producteur de musique, journaliste au fond du trou, kleptomane, suicidaire, femme trompée, tous errent parmi les pages, ne se rencontrent pas forcément et ont un regard plus ou moins heureux sur le passé et l’avenir.

Mon avis

Déconstruit. Décousu. Mélancolique. Qu’avons-nous fait de nos rêves ? est un roman étrange, si étrange qu’on a du mal à s’y plonger. Alternant entre passé, présent et futur, mais aussi entre une bonne dizaine de personnages, on ne sait plus trop où donner de la tête. Qui est qui, à quelle époque sommes-nous… Ces questions sont constamment présentes dans l’esprit du lecteur. Loin d’être une lecture détente, c’est une lecture prise de tête qui l’attend à chaque chapitre. Les vies de ces personnages se recoupent : ils se croisent, se retrouvent des années plus tard, se séparent, se perdent de vue. Tous ne se connaissent pas mais ils ont un lien.

Unis par la nostalgie du temps passé, les regrets et les remords, les héros de ces pages ne nous touchent pas vraiment. Ils défilent devant nos yeux, sans qu’on ait le temps de s’y attacher. Sasha, jeune kleptomane, ouvre et ferme le récit. Elle apparaît, de temps en temps, dans les vies des autres personnages, et l’on parvient petit à petit à placer les pièces du puzzle pour comprendre sa vie. Mais sans plus d’intérêt…

En réalité, les destins de ces gens ne nous passionnent pas. Ils ne font pas grand chose, finalement, et préfèrent ressasser les souvenirs qui nous sont inconnus. Imaginez alors le désarroi dans lequel se trouve le lecteur, se sentant incompris, tout comme ceux qu’il heurte à chaque page.

Une cohérence, toutefois, qui mérite d’être soulignée : l’écriture de Jennifer Egan, tout autant déconstruite que le fond de l’histoire, nous plonge avec brio dans un flou triste et morose. Une fois la dernière page tournée, on se sent déprimé. Par chance, cela ne durera pas : sitôt lu, Qu’avons-nous fait de nos rêves ? est oublié.

EGAN Jennifer, Qu’avons-nous fait de nos rêves ?, Editions Stock, 2012 (2010 pour la version originale), 374 pages