Livres

Prodigieuses Créatures, Tracy Chevalier

Aujourd’hui, voici pour vous une critique plus spontanée, sans doute un brin moins classique.

Prodigieuses CréaturesTracy Chevalier écrit vraiment bien. En tout cas, j’ose espérer qu’elle est parfaitement traduite, parce que bien sûr, je la lis en français et Madame est américaine. Récemment, elle a sorti son tout dernier livre et j’avoue avoir tréTracy Chevalierpigné lorsque j’ai appris la nouvelle. J’ai lu tous ses livres, je les ai tous aimés, particulièrement La jeune fille à la perle, La Vierge en bleu et L’Innocence. Lorsque je lis ses romans, je me sens comme au ralenti, immergée dans un autre monde un peu poétique, à suivre les parcours de femmes fortes et solides que je ne peux qu’admirer.

On retrouve tout ça dans Prodigieuses Créatures, en suivant les vies de deux femmes des années 1800 : Elizabeth Philpot, vieille fille douce et passionnée par les animaux fossilisés ; Mary Anning, petite fille pauvre, dont le seul moyen de survivre est la vente des fossiles qu’elle déniche sur la plage. Elles se rencontrent dans un petit village situé au bord de la mer, sans doute grâce à leur passion commune. Entre complicité et jalousie, elles s’interrogent alors sur l’origine du monde et sur ces petits (ou gros) animaux de pierres.

L’histoire est belle, touchante et fascinante, mais elle intrigue aussi. Mary Anning a existé, Tracy Chevalier s’est donc inspiré de découvertes et de conflits entre hommes et femmes concernant la vérité scientifique réels. Et je trouve ça vraiment passionnant! Le roman interroge le passé : une femme ne pouvait-elle donc pas remettre en cause tout ce qu’on croyait véridique, simplement parce qu’elle était une femme ? Les scientifiques masculins ne pensaient-ils qu’à profiter du savoir-faire des femmes d’exception en se l’attribuant ?

En tout cas, je vous le conseille absolument ! C’est très agréable à lire, les façons de “parler” des deux femmes (parce qu’elles s’expriment à la première personne chacune leur tour) sont différentes et donc complémentaires et j’ai aimé suivre leur évolution et leurs sentiments à propos des fossiles, des hommes et de la science. Ca donnerait presque envie de chercher des fossiles !

CHEVALIER Tracy, Prodigieuses Créatures, Editions de La Table Ronde, 2010, 377 pages

Livres

Michael Jackson : Pop Life, Olivier Cachin

Je reviens, en ce début de mois de juillet, avec la deuxième critique que j’ai rendue pour le Prix de la Critique Littéraire. Le livre que j’ai le moins aimé de la série, je crois. Je publierai aussi des critiques toutes neuves des livres que je lis ou que j’ai récemment lu. Bonnes vacances!

Pop LifeSans conteste, il faut aimer et aduler Michael Jackson pour apprécier la biographie proposée par Olivier Cachin. L’auteur s’est beaucoup documenté et le résultat est truffé de détails : dates précises, titres, noms, lieux… Même si cela semble assez original dans le style biographique, ces descriptions incessantes sont rapidement insupportables. Les chapitres, heureusement courts, décrivent, énumèrent… la liste des chansons, leur description, le contexte de leur écriture ; puis la liste des clips, leur description, le contexte de leur tournage… et ainsi de suite. Parfois, un chapitre plus rédigé, plus centré sur Michael lui-même vient alléger l’écriture.

Sans attendre une biographie remplie de rumeurs people et de détails personnels inutiles, on espère – en vain – une réflexion sur le personnage. Pourquoi a-t-il transformé son visage ? Pourquoi ses fans afro-américains l’ont autant prié et pleuré le jour de sa mort alors qu’il a physiquement renié ses origines ? L’hypothèse de la maladie de la peau est avancée dans le livre d’Olivier Cachin, toutefois, on ne pourra pas nier la transformation du nez de l’artiste. Ce questionnement sur l’aspect physique de cet homme n’est qu’un exemple, toutefois, il reste essentiel puisque c’est ce que l’on perçoit en premier chez lui. Michael Jackson n’est pas un artiste comme les autres : même ceux qui ne possèdent aucun de ses disques s’interrogent sur cet homme mystérieux.

Et puis une chose n’est jamais dite : l’inspiration que Michael Jackson a trouvée dans le personnage du mime Marceau. L’absence totale de ce grand nom dans le chapitre consacré au fameux moonwalk est regrettable, car même si le pas de danse, son rythme, son génie et sa beauté sont interprétés à merveille par Michael Jackson, quelque part, le mime Marceau en est à l’origine.

On peut tout de même relever quelques passages qui parviennent à susciter un brin de concentration et de fascination chez le lecteur : la malveillance de la Motown aux débuts artistiques de Michael Jackson ; la progression fulgurante de l’artiste aux côtés de Quincy Jones ; le chapitre sur le documentaire de Martin Bashir, Living with Michael Jackson, qui retrace le tournage et toute l’effervescence que ce film a entraînée ; le procès qu’a subit le chanteur durant quatre longs mois, face à une famille maléfique, avide d’argent et de pouvoir.

Olivier Cachin nous livre là une biographie essentiellement descriptive, ultra-documentée et admirablement objective. Pop Life est proche de l’inventaire et c’est dommage. Une fois le livre fini, on a déjà oublié tout ces détails et l’on se sent frustré d’en avoir appris si peu sur le personnage lui-même.

CACHIN Olivier, Michael Jackson : Pop Life, Éditions Alphée, 2008, 344 pages