Expositions et visites·Films·Spectacles

Bilan culturel d’avril

Déjà le mois de mai… Avril fut un mois très pauvre en culture. Quelle tristesse, quel dommage ! Je suis toute chagrinée. Tout ça à cause de week-ends bien remplis et surtout, de beaucoup de fatigue due aux révisions d’examens. J’espère pouvoir me rattraper en mai avec ces jours fériés et ces week-ends repos.

Visites

fete-de-l-hermione-la-rochelleL’Hermione

En début de mois, j’ai fui la capitale pour ma région d’origine : au programme, rigolades et dégustations d’huîtres avec ma famille ; festivités pour mon anniversaire. A cette occasion, nous avons profité de l’amarrage de l’Hermione à La Rochelle pour aller lui faire un coucou. Pour la petite histoire, puisque je viens de Charente-Maritime, j’ai vu grandir ce merveilleux bateau en même temps que moi, j’ai vu ses charpentes à l’état brut, puis j’ai participé aux premières visites…

Monter sur le bateau terminé, prêt pour voguer vers les Etats-Unis, était donc une expérience chargée d’émotion. Même si quelques semaines avant je l’avais déjà visité avec mon amie V., j’étais heureuse de revivre l’expérience ce jour-là avec ma famille. Le pont sent le bois, les cordages, l’excitation des visiteurs est palpable, la disponibilité et la gentillesse de l’équipage et des bénévoles remarquables… Je me suis pleinement sentie fille de la mer à cet instant, et malgré ma peur du vide, j’ai alors eu envie de grimper en haut du mat et de partir voguer à l’air libre. C’est mon côté rêveuse qui a pris le pas, ce jour-là, sur ma raison, et c’était bien agréable ! L’Hermione a maintenant quitté La Rochelle et les côtes françaises, mais vous pouvez la suivre sur Le blog de l’Hermione. Elle est aux îles Canaries jusqu’au 6 mai puis prendra le large vers l’Amérique ! Suivez-la, suivez son chanceux équipage et prévoyez de venir l’accueillir à Rochefort fin août 2015.

Spectacles

imagine-toi_julien-cottereau« Imagine-toi » de Julien Cottereau

Un seul spectacle ce mois-ci, malheureusement. Mais pas n’importe quel spectacle ! A la fois clown, mime et bruiteur, c’est un comédien très talentueux que j’ai pu découvrir ce soir-là. La scène est vide et pourtant remplie de poésie : les objets imaginaires prennent vie dans les mains de l’artiste. Ainsi, on rit de le voir jouer avec un chewing-gum inexistant et pourtant bien résistant ; on s’amuse de sa partie de foot invisible avec un membre du public ; on observe attentivement ces chiens transparents qui lui demandent la balle…

Il remporte vite l’adhésion des enfants et séduit avec subtilité les adultes. Touchant, talentueux, on sent Julien Cottereau ultra-sensible, observateur. Il met de la magie et de la poésie dans les petits riens. Un immense artiste à la bouille enfantine que l’on sent expérimenté et qui mérite son Molière de la révélation masculine. Avec une affiche aussi jolie et un talent pareil, je ne pouvais qu’adorer ! A découvrir, vite !

Cinéma

Restons cohérents jusqu’au bout… un seul film également pour ce mois d’avril ! Tout simplement désespérant quand on sait que je suis entourée de salles de cinémas et que j’ai une carte illimitée… Enfin ! L’élu était donc…

taxi-teheran-affiche« Taxi Téhéran » de Jafar Panahi

Un très très bon choix ciné qui mérite le succès ! Entièrement tourné dans un taxi en Iran, le film met en scène les conversations des passagers par fausse caméra cachée (les personnes sont toutes des acteurs amateurs). Le réalisateur conduit et les amène à parler de tout et de rien. Discrètement, sans point de vue explicif ou discours politique, les incohérences et contradictions du pouvoir iranien se dévoilent… On a le droit de filmer mais pas ce que l’on veut. On peut regarder des films mais seulement les films autorisés.

Jafar Panahi, condamné pour ses films et interdit de tournage, livre un film courageux et illégal, un faux documentaire qui parle intelligemment du cinéma en Iran. L’humour, très présent, met en valeur les tristes interdictions du pouvoir en place. S’il y a un film à voir actuellement, c’est bien celui-là. Il n’a rien de politique de prime abord, mais raconte pourtant tellement de choses. Coureeeez-y !!

Voilà pour avril. Je vais essayer de faire mieux en mai !

Films·Spectacles

Bilan culturel de mars

Coucou !

Voici un deuxième rendez-vous culturel, puisque le bilan de février avait l’air de vous plaire (et il me convenait mieux à moi aussi). C’est parti pour le mois de mars !

Spectacles

Deux spectacles cette fois-ci ! Youpi !

une-bourgeois-gentilhommeD’abord, « Le Bourgeois Gentilhomme » de Molière, mis en scène par Camille Roy et joué par les apprentis du réseau AGEFA PME au Théâtre des Hauts de Seine. On connaissait l’une des comédiennes, c’est ce qui nous a fait connaître ce spectacle. Une adaptation à la sauce comédie musicale sous le signe de l’humour, vraiment très agréable ! Un petit Molière de temps en temps, ça ne fait jamais de mal.

la_framboise_frivoleEnsuite, la Framboise Frivole, toujours au Théâtre des Hauts de Seine. Je rêvais de voir le spectacle de ces deux Belges fantasques, et ce depuis des années. Enfin, j’ai réalisé ce petit rêve ! Deux musiciens et chanteurs très doués, l’un au piano, l’autre au violoncelle, s’amusent avec les mots et les notes. Ils passent des grands standards de la musique classique à la variété ou la pop : Chopin et Bach se transforment en Brel et Queen, le « Papa Pingouin » vient chatouiller le « Carnaval des Animaux » de Saint-Saëns, les jeux de mots, futés ou idiots, fusent à tout va. Et  cette réécriture du « Gorille » de Brassens ! Brillant ! On rit sans cesse, on chantonne, on applaudit… C’est un véritable spectacle vivant, où le public s’amuse avec les artistes. Léger, malin, ce Delicatissimo fut effectivement un délice tout en délicatesse. A voir si vous ne connaissez pas ces deux merveilleux musiciens-humoristes !

Cinéma

Encore trois films découverts en salle ce mois-ci, j’aurais aimé y aller un peu plus mais bon.

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D’abord, « Shaun le Mouton, le film », de Mark Burton et Richard Starzak. Il sort officiellement en salles le 1er avril mais j’ai été invitée à une soirée « Label UGC » (oui, j’ai la carte illimitée), qui consiste à vous projeter un film au titre tenu secret jusqu’à la projection, à l’issue duquel vous devez donner votre avis. Et c’était ce film là ce soir là ! Une comédie signée par les créateurs de « Wallace et Gromit » ou « Chicken Run », des valeurs sûres en animation. Résultat : un bon film à la fois mignon et rigolo, plein de bonnes idées et de jolies images. A voir en famille !

Ensuite, le film qui a fait polémique ce mois-ci,  « American Sniper », de Clint Eastwood avec Bradley Cooper. Une histoire assez fascinante, quoique très pro-américaine. J’aurais aimé un peu plus de subtilité, un regard un peu plus critique. Les méchants sont les Irakiens, les gentils Américains. Est-ce vraiment si simple…? Bradley Cooper livre tout de même une belle prestation.

Enfin, le dernier Tim Burton« Big Eyes », avec Amy Adams et Christoph Waltz. Un film vraiment intéressant, sur la paternité des œuvres et la naissance du féminisme. Deux acteurs fantastiques, et une mise en scène plus classique, qui plaira aux méfiants et perplexes du style habituel de Burton. Pas de bizarre ni de morbide dans ce film, si ce n’est les tableaux aux grands yeux.

Voilà pour ce mois. Allez, rendez-vous en avril !

Films·Spectacles

Bilan culturel de février

Bonjour à tous !

Merci aux nouveaux venus, vous avez été plusieurs à vous abonner au blog ces derniers temps et je vous en remercie. Comme promis, je remplace les Petits Bonheurs de la semaine par un bilan culturel mensuel, pour vous parler de mes sorties… culturelles (sans blague). Quand l’occasion se présentera, je pense vous parler aussi de restaurants et autres sorties un peu hors du commun.

C’est parti pour le mois de février !

Spectacles

francois-rollin-se-rebiffe-europeenUn seul spectacle ce mois-ci (quand on vit près de Paris, c’est assez dommage, mais bon). De l’humour ! « François Rollin se rebiffe » à L’Européen, une salle parisienne située près de la place de Clichy.

C’est suite à cette sortie que j’ai rédigé mon classement des salles de spectacle les moins confortables de Paris. Comme je l’ai dit, je n’ai pas vraiment profité du spectacle, à cause de la douleur causée par mon installation. La première fois que je voyais ça…

Concernant le spectacle en lui-même, sachez que François Rollin est un as de la formule et de l’humour absurde. La loufoquerie est à l’honneur dans cette rebiffade haute en couleurs : le Professeur répond à des courriers imaginaires, emplis de questions plus ou moins insolites : pourquoi appelle-t-on les raisins blancs « blancs » et les raisins noirs « noirs » ? Quels sont les ouvrages majeurs sur la perdrix ? Quel est le goût du paprika ? Il y répond bien sûr avec esprit et fantaisie, et le public se délecte. L’essentiel est là.

Il y donne aussi son avis sur des sujets plus sociaux, plus politiques : l’immigration, le racisme, l’homosexualité, l’islam… Des sujets moins drôles, plus sérieux, qui font de ce spectacle un ensemble équilibré.

Amateurs de Ionesco et autres auteurs absurdes, je vous conseille fortement de vous offrir cette soirée ! En revanche, allez-y en avance, pour être sûr de bien choisir vos places (placement libre, attention !).

Cinéma

Trois films au menu ce mois-ci, c’est plus que ce que j’espérais !

cine-fevrier2015D’abord, « Un village presque parfait » de Stéphane Meunier avec Didier Bourdon et Lorànt Deutsch. Une comédie française plutôt légère, qui traite plus ou moins de la désertification des médecins dans les campagnes. Ce remake d’un film canadien était l’occasion d’admirer de magnifiques images de Pyrénées, et rien que pour ça, c’était bien. L’histoire, quant à elle, reste assez classique et prévisible (un Parisien méprisant qui arrive dans un village à l’ancienne et va finir par changer). Un film du dimanche soir, comme on dit chez moi !

Ensuite, l’ultra-médiatisé « Imitation Game », de Morten Tyldum avec Benedict Cumberbatch et Keira Knightley. J’ai comme beaucoup de gens adoré ce biopic du mathématicien et cryptologue anglais Alan Turing. Passionnante et inédite, l’histoire de ce génie m’a touchée.

Enfin, le loufoque et génial « Kingsman, Services Secrets » de Matthew Vaughn, avec Colin Firth et Samuel L. Jackson. Mon coup de cœur ciné du mois ! Une parodie de James Bond, façon gentleman anglais  à la fougue Tarantinesque ! Le malicieux Colin Firth est un talentueux espion en quête d’un nouveau talent. Trash, hyper drôle, plein de surprises, ce film sort des sentiers battus et rebattus et fait beaucoup de bien !

Voilà pour ce mois. A dans quelques semaines pour un nouveau rendez-vous !

Spectacles

Julie Ferrier, Théâtre de la Gaîté Montparnasse

en-mai-c-est-ferrier-ah-la-gaiteComédienne talentueuse, géniale et loufoque, capable d’incarner de multiples personnages en un instant, Julie Ferrier est l’humoriste à ne pas rater ! Disparue de la scène pendant plusieurs années, elle revient en 2014 avec un spectacle tout nouveau tout beau, accompagnée d’une petite troupe de comédiens.

« En mai c’est Ferrier » est un spectacle singulier : il ne commence pas après le lever du rideau, mais dans la rue, déjà, alors que le public fait la queue pour entrer. Julie Ferrier et ses acolytes déambulent le long du trottoir, prient les spectateurs de se presser, de vérifier leurs billets… Habillés en jaune fluo, rouge mémère et violet scintillant, ils attirent le regard. Comédiens ? Energumènes ? La foule s’interroge.

Le préambule au spectacle scénique continue dans la salle puis dans les rangées, entre le public déjà bien installé. Tout est susceptible d’être théâtre. On en vient à soupçonner son voisin.

Le spectacle, parfaitement orchestré, commence alors : Julie Ferrier, au top de sa forme, incarne à nouveau son personnage fétiche, Martha, l’artiste évaporée. Elle présente aussi de nouveaux énergumènes : une Barbie plus vraie que nature, une pouf à rollers aussi drôle qu’indécente, une dresseuse d’animaux « postillonneuse »… Les autres comédiens l’accompagnent formidablement et ponctuent le spectacle de notes touchantes, humoristiques ou critiques. On aime particulièrement la mémé fan des Daft Punk ou la baigneuse au ventre flasque.julie-ferrier

Vivant et très travaillé, ce spectacle s’adapte aussi beaucoup au public : les comédiens jouent avec lui, réagissent à ses réflexions, le provoquent… Loin d’être passifs, les spectateurs participent amplement à l’ambiance festive de la soirée.

Si vous ne connaissez pas Julie Ferrier, IL EST GRAND TEMPS ! Folle à lier, très douée, pleine de surprises, elle est 1000 personnes en une. Les tics et les grimaces font partie d’elle : même immobile, son corps raconte quelque chose. Un talent à applaudir !

Les dates pour le Théâtre de la Gaîté Montparnasse sont passées mais surveillez les salles près de chez vous, une tournée devrait voir le jour très prochainement.

Films·Spectacles

La Belle et la Bête : film et comédie musicale

Cette dernière semaine de février aura été dédiée à La Belle et la Bête sous toutes ses coutures. Mon amie V. est venue chez moi avec, dans son sac, des places pour le spectacle parisien. C’était l’occasion pour nous de passer trois jours sur cette thématique, en visionnant d’abord le dessin animé Disney, puis la dernière adaptation cinématographique de Christophe Gans, avant d’aller au Théâtre Mogador, où se tenait la représentation.

Plutôt que de vous faire plusieurs chroniques répétitives, je préfère les rassembler en une seule, même si je ne suis pas sûre de rédiger une chronique parfaitement construite.

La Belle et la Bête, le film de Christophe Gans

la-belle-et-la-bete-christophe-gans-afficheJ’étais plutôt sceptique à propos de cette nouvelle adaptation, notamment à cause des deux acteurs principaux (Léa Seydoux et Vincent Cassel) que je ne porte pas particulièrement dans mon cœur. Heureusement, j’ai su dépasser cet apriori ! Car le film a de très bons côtés : avant tout, il est beau. Les scènes sont majestueuses, les décors, costumes et lumières parfaitement réussis. L’univers est sombre mais crédible. On y croit et comme Belle, on se méfie de cette nature et ce château maléfiques. Pas d’aspect “gnangnan” propre à Disney qui a tendance à me faire fuir, un très bon point !

Les acteurs sont aussi bien choisis : ils incarnent les personnages avec grâce et crédibilité, sauf peut-être Audrey Lamy, qui reste elle-même. On ne voit pas la sœur de Belle mais bien l’actrice. Dommage !

Autre point positif : le respect de l’histoire originale. Même si je n’ai pas lu le conte de Mme de Villeneuve (pas encore !), c’est dans mon souvenir la véritable histoire de La Belle et la Bête. J’ai particulièrement apprécié ce parti pris !

Enfin, je salue l’apparence de la Bête, qui m’a semblée tout à fait crédible : effrayante, mystérieuse et attirante à la fois, un trio gagnant !

Notons toutefois une faiblesse qui, a mon sens, rend le film bancal : l’amour naissant entre les deux personnages principaux n’est pas assez exploité. On ne perçoit pas l’évolution de leur relation, qui reste glaciale jusqu’à la scène finale, où ils s’embrassent amoureusement. Entre temps, leurs regards n’ont pas évolués, leurs gestes ne se sont pas adoucis… Finalement, ce qu’on attend le plus n’est pas maîtrisé. Cette incohérence frustre malheureusement le spectateur romantique.

Malgré cela, je vous conseille tout de même cette belle adaptation magique. Elle ravira les admirateurs de parcs fleuris et enchantés, les amateurs de fantastique, les amoureux des belles robes et les puristes du conte. Ca fait quand même du monde !

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La Belle et la Bête, la comédie musicale

labelleetlabete-mogadorSachez d’abord que je ne suis pas une inconditionnelle des films Disney. Je n’ai pas été biberonnée à ces dessins animés comme une grande partie de ma génération. Mes héroïnes étaient plutôt Solange et Delphine des “Demoiselles de Rochefort”, ou Peau d’Ane du film de Jacques Demy, et je m’en porte très bien !

Avant d’aller assister au spectacle, j’ai donc visionné le dessin animé. Quelle différence avec l’histoire originale ! C’est cela qui m’a le plus marqué. J’ai compris ensuite pourquoi il plaît à tant de gens : romantique, enfantin, mignon, il met en scène une jeune fille comme les autres et de nombreux personnages foufous.

La comédie musicale se base donc sur le dessin animé : on y retrouve les mêmes personnages, la même intrigue, les mêmes maléfices. Je regrette un peu ce côté-là mais après tout, c’est un choix !

Le spectacle est incroyablement mis en scène : les décors tournants, les costumes flamboyants, les chorégraphies et la musique, parfaitement coordonnées, mettent des paillettes plein les yeux ! Tout est très coloré, joyeux, virevoltant. C’est donc un spectacle haut en couleurs qui émerveille les fans mais aussi les novices. Bien joué !

Les comédiens/chanteurs/danseurs incarnent très bien les personnages Disney : l’espièglerie de Lumière, la stature de l’Armoire, la douceur de Mme Samovar, l’honnêteté de Belle et la douce folie de son père… Tout cela fait indéniablement le charme de cette mise en scène.

Le bémol majeur de cette comédie musicale : la Bête. C’est dommage puisqu’il s’agit d’un personnage-clef… Malheureusement, je n’ai pas du tout été séduite par cette Bête, ni monstrueuse, ni charismatique. On attendrait un costume plus impressionnant, une voix grave et puissante, un jeu d’acteur plus mystérieux… Qu’est-ce donc que ce bélier enrhumé gigotant comme une sauterelle ?

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Quand la Bête geint en silence dans les coulisses, rassurez-vous, le reste est parfait ! Tous savent chanter et danser, on est à la fois surpris, émerveillé, ému et amusé et l’on ne voit pas passer les 2h30. Mention spéciale aux musiciens et au chef d’orchestre qui étaient juste devant nous et qui parviennent à se faire oublier tout en magnifiant l’ensemble. Bravo !

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Un beau cadeau à offrir ou à s’offrir. J’en profite pour remercier ma chère V. et son adorable maman.

Après ces trois jours thématiques, devinez-quoi ?! Je me suis acheté le conte original ! Faut pas se laisser aller les amis. Je vous en reparlerai quand il sera lu. En attendant, je vous conseille de comparer une œuvre et ses adaptations de cette manière, c’est très enrichissant !

Livres

Le quatrième mur, Sorj Chalandon

le-quatrieme-mur-sorj-chalandonPourquoi ce livre ?

Autre cadeau de Noël, de la part de mes parents cette fois.

De quoi ça parle ?

L’histoire se passe dans les années 70-80. Samuel, metteur en scène ambitieux, a l’idée de monter l’Antigone de Jean Anouilh à Beyrouth, au cœur de la guerre du Liban. Son objectif ? Réunir des acteurs amateurs de tout bord : sunnite, chiite (communauté musulmane), maronite, chaldéen, catholique (communauté chrétienne), druze… Malheureusement, la maladie le ronge et l’empêche de mener son projet à bien. Il remet alors le flambeau à son ami Georges, qui va devoir rassembler tous les acteurs en tenant compte des croyances et spécificités de chacun. Tout cela au cœur des attaques et bombardements qui détruisent le Liban.

Mon avis

Difficile de résumer ce roman incroyable ! Je me suis lancée confiante, rassurée par le Prix Goncourt des Lycéens qui a récompensé ce livre en novembre 2013. Pourtant, les cent premières pages ne parvenaient pas à m’accrocher. Georges, le narrateur, revient sur sa jeunesse et sa rencontre avec son ami Samuel, en mélangeant les périodes de sa vie. J’avais donc du mal à suivre et à trouver de l’intérêt au récit. Mais après tout cela, j’ai compris pourquoi les lycéens ont élu ce roman Prix Goncourt !

Dès que Georges prend les choses en main et que l’on entre dans le vif du sujet, l’histoire devient passionnante. On atterrit au Liban avec lui, on se méfie de tous les personnages qu’il rencontre, meurtris et amers envers les autres communautés. On tremble lorsqu’il doit convaincre les familles des acteurs. On a le sourire aux lèvres quand il y parvient.

Sorj Chalandon retranscrit admirablement l’horreur de la guerre et ses conséquences. La première personne permet aussi d’être plongé dans cette ambiance morbide et terrifiante. On n’a pas le regard extérieur des médias, mais l’on vit l’instant avec le narrateur. Il est blessé : on n’avance plus. Il est hanté par les corps étendus dans les rues : on ne voit plus que cela, tout comme lui. Il est choqué par la bêtise de femmes françaises se disputant une place dans une file d’attente : on relativise et on apprécie d’autant plus la vie que l’on mène.

L’idée de mettre en scène Antigone dans un pays en guerre est, en soi, une très bonne matière à exploiter. Les références et citations de la pièce d’Anouilh sont équitablement réparties dans le roman et elles ne sont jamais réservées aux connaisseurs. Pas la peine de connaître l’œuvre originale pour lire ce livre ! Inutile aussi d’effectuer des recherches sur les communautés religieuses libanaises. Moi qui n’y comprends rien, je me suis laissée porter par le style de l’auteur, qui ne complique jamais les choses. Après tout, ce qui compte, c’est l’humain.

Les derniers chapitres, profonds et violents, empêchent de refermer le livre. On est estomaqué ! J’aimerais profondément qu’un réalisateur adapte ce roman incroyable au cinéma, car il mérite d’être plus connu ! J’ai cru au début que j’oublierai bien vite cette histoire ; finalement, j’en suis ressortie marquée. Bluffant.

CHALANDON Sorj, Le quatrième mur, éditions Grasset, 2013, 327 pages

Blabla·Livres

Le droit de détester

Je revendique aujourd’hui le droit de détester une œuvre, quelle qu’elle soit. Pièce de théâtre, film, livre, peinture, peu importe. J’ai le sentiment qu’il est assez mal vu de dire du mal d’un travail artistique. Prenons l’exemple d’un roman. On part du principe qu’il a été réfléchi, qu’il est l’objet d’un travail de longue haleine pour l’auteur et que pour ça, tout simplement, le lecteur n’a pas le droit de le détester. L’aimer à la folie et l’adorer, bien évidemment. L’aimer comme ci comme ça, aucun problème. Le détester, non.

Franchement, je veux bien qu’il s’agisse d’un travail de longue haleine mais s’il n’a pas su captiver le lecteur et lui a même mené la vie dure pendant un moment, il ne mérite pas d’applaudissements. Cela n’empêche pas de reconnaître qu’il puisse plaire à d’autres personnes.

Je vous parle de ça aujourd’hui car j’ai publié récemment une chronique sur le dernier roman de Marie NDiaye. Elle est certes reconnue, considérée comme un grand écrivain, récompensée par un Goncourt. Problème : j’ai détesté ce livre. Je l’ai trouvé extrêmement compliqué, très pointu et pénible à la lecture. J’ai exprimé mon avis.

Ce livre faisant l’objet d’un Prix de la critique près de chez moi, j’ai déposé ma critique à la médiathèque. Une bibliothécaire m’a alors avoué que j’étais trop dure avec Marie NDiaye et que je devrais me remettre en question en tant que lectrice. Evidemment, je n’ai sans doute pas compris ce roman. Cela explique en grande partie que je le massacre à ce point. Mais ! Mais ! Mais ! Je considère qu’une lecture aussi complexe n’est pas supérieure à une autre plus simplement écrite, comme le laissait sous-entendre cette réaction. D’autres romans, plus agréables à lire, sont moins connus, leurs auteurs moins reconnus et ils provoquent un plaisir de lecture BIEN PLUS GRAND.

Revenons au droit de détester : je constate que les chroniqueurs de Ruquier dans “On n’est pas couchés” sont souvent critiqués sur Twitter quand ils disent du mal d’un livre. “Il est trop dur”, “C’est irrespectueux”… Non ! Dire du mal d’un livre n’est pas irrespectueux. De son auteur, oui. Mais son travail, son œuvre, ce qu’il vient vendre ce soir-là, peut tout à fait être considéré comme inintéressant, aberrant, pénible, insupportable. C’est le droit individuel des chroniqueurs d’avoir détesté ce livre.

Etes-vous d’accord avec moi ou avez-vous le sentiment que je suis complètement à côté de la plaque et que je ne comprends rien aux bons romans ? J’ai peur, faites-moi signe.

Spectacles

Théâtre sans animaux, l’absurde de Jean-Michel Ribes au Théâtre du Rond-Point

 

theatre-sans-animaux_affichePourquoi ce spectacle ?

Je garde un formidable souvenir d’un autre spectacle mis en scène au Théâtre du Rond-Point, à Paris, en 2006, intitulé "Boulevard du boulevard du boulevard". Conçu par Daniel Mesguich, ce spectacle hilarant et très foufou figure encore aujourd’hui en première place de mes coups de cœur théâtraux. En écrivant cette chronique, je réalise que Jean-Michel Ribes n’a rien à voir là-dedans… J’étais pourtant persuadée qu’il était le metteur en scène de ce spectacle, tant l’absurde y était présent. Bref ! Tout ça pour vous dire que j’avais envie de découvrir "Théâtre pour animaux" pour les raisons suivantes :

1. l’absurde ;

2. Jean-Michel Ribes ;

3. le Théâtre du Rond-Point, un lieu chargé de souvenirs pour moi, y étant venue en expédition lorsque j’étais lycéenne.

De quoi ça parle ?

"Théâtre sans animaux" est un spectacle découpé en plusieurs petits sketches, qui mettent chacun en scène une situation absurde, une conversation, une engueulade, une confidence… L’humour est bien sûr présent, à la fois dans le texte et dans l’interprétation. Ainsi, un père demande à sa fille quel est son prénom, un idiot annonce à son frère érudit qu’il est plus intelligent que lui, une femme supplie son époux de dire "bravo" à sa sœur comédienne, une famille s’interroge sur la présence d’un stylo bille géant disposé au milieu du salon… Les histoires sont simples, elles sont toujours dues à un mot, une expression, un détail, et prennent des proportions démesurées.

Mon avis

On sent par l’introduction de cette chronique que j’ai été séduite par cette soirée. Le concept même de ces sketches tordus m’a rappelé Ionesco et sa Cantatrice chauve. De la même manière, les personnages s’entêtent à expliquer aux autres des choses très simples, avec des mots compliqués. A moins que ce ne soit l’inverse… La mise en scène de Jean-Michel Ribes est intéressante, dénuée d’objets et de constructions. Le seul décor ? De grandes silhouettes cartonnées représentant des immeubles, donnant vie, scène après scène, à une rue, un salon de coiffure, une chambre, un musée… Des assistants, vêtus de chapeaux et manteaux noirs, viennent ainsi entre chaque histoire déplacer les silhouettes et créer un nouvel espace de jeu.

Les costumes, bien sûr, ont un rôle important. Ils informent aussitôt sur le personnage : cet homme, si mal fagoté, a l’air bien moins malin que son frère, portant une veste de velours ; cette jeune fille en pyjama est bien sûr une ado bêtasse, qui se transforme en épouse révoltée dans sa petite robe à la scène suivante. Enfin, n’oublions pas le talent des acteurs, qui incarnent, au sens propre du mot, le texte de l’auteur. Ils paraissent si naturels, sont si drôles, si vrais… Chapeau bas à Annie Gregorio, qui habille la langue française d’un délicieux accent du sud, mais aussi à Philippe Magnan et Marcel Philippot (vous le connaissez, c’est le client mécontent de la MAAF).

Même si j’ai été un peu déçue par certains sketches (notamment le tout dernier, plus philosophique qu’amusant), j’ai globalement beaucoup ri devant "Théâtre sans animaux". La tendresse y côtoyait l’humour, et ce tandem était, je dois le dire, parfait.

Un bémol, tout de même : les lycéens assis derrière nous, qui n’ont jamais respecté les autres spectateurs, commentant à tout va les répliques et les costumes. Insupportable. Dommage !

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