Blabla·Livres

Remise du Prix de la Critique Littéraire de Puteaux 2013

Pour cette dixième édition, la ville de Puteaux a fait fort : elle a convié tous les participants au Prix de la Critique Littéraire adulte au restaurant Le Drouant (Paris), le restaurant attitré des Prix Goncourt et Renaudot. Cette simple annonce m’a tout de suite convaincue : aussitôt l’invitation reçue, j’ai confirmé ma venue.IMG_1466

Je ne vais pas vous raconter la soirée dans le détail, car finalement, elle fut surtout riche en conversations. J’ai retrouvé les mêmes participants qu’il y a deux ans (l’année dernière, une tendinite carabinée m’avait empêchée d’y aller) et naturellement, nous nous sommes assis à la même table. Bien que n’ayant remporté aucun prix, j’ai reçu, comme tous les autres, une petite pochette renfermant une jolie bougie nommée “Bibliothèque” de chez Byredo Parfums (connais pas), ainsi qu’un petit livre sur le prix Goncourt. Une gentille attention !

Le restaurant, quant à lui, fut à la hauteur de mes attentes : chic et classique. Le repas, bien que joliment présenté, fut finalement assez simple : œuf poché et fricassée de petits pois/fèves, épaule d’agneau et polenta, fraises et glace au fromage blanc. Bon, certes, mais pas très surprenant.

J’ai constaté que la sélection livresque de cette année ne resterait pas dans les annales. En ce mois de juin, déjà, j’avais oublié la plupart des livres de l’année. Plutôt mauvais signe, non ? Il s’agissait donc de :

Barbe bleue, Amélie Nothomb (très bof)
Elizabeth II, dans l’intimité du règne, Isabelle Rivère (très instructif)
Je vais passer pour un vieux con, Philippe Delerm (fin et drôle)
Qu’avons-nous fait de nos rêves ?, Jennifer Egan (insupportable)
La tristesse du samouraï, Victor del Arbol (intéressant)

Voilà. Bon. Peu flamboyant. Rendez-vous en septembre pour la nouvelle sélection !

Livres

La Tristesse du Samouraï, Víctor del Árbol

A LA VOLTAIRE !Pourquoi ce livre ?

La Tristesse du Samouraï fait partie de la sélection du Prix de la Critique de Puteaux 2013. Dernière lecture imposée de l’année !

De quoi ça parle ?

L’histoire se passe en Espagne, à travers plusieurs périodes historiques : on suit d’abord Maria, avocate renommée des années 80 ; puis en 1941, Isabel, épouse d’un chef de parti d’extrême droite, éprise de liberté ; mais aussi Fernando et Andrès, fils d’Isabel, qui traversent les époques et relient les destins des autres personnages. Différentes familles, qui ont vu leurs destins basculer autrefois, doivent à nouveau faire face à leurs démons… en s’affrontant ou en s’entraidant. Un choix qui n’est pas toujours facile à faire.

Mon avis

Avouons-le tout de suite : j’ai pris peur en lisant la quatrième de couverture. Impossible de faire plus fouillis et démoralisant. J’ai cru un instant que je ne comprendrais rien, que les personnages seraient bien trop nombreux, que l’histoire serait absolument tordue et surtout, qu’en tant qu’inculte de l’histoire d’Espagne, je serais sans repères. Je vous rassure immédiatement, rien de tout cela n’est vrai. OUF.

Certes, les personnages sont nombreux, mais ils sont présentés petit à petit, et ont tous une histoire différente. On s’emmêle peut-être un peu les pinceaux au début mais très vite, on s’y fait. La faute, sans doute, aux prénoms espagnols choisis par l’auteur, qui ont parfois tendance à se ressembler (Marta, Maria…).

L’histoire, bien que complexe, est habilement déroulée. Chaque début de chapitre est introduit par un rappel du lieu et de l’époque qui va concerner ce qui va suivre. Très vite, hop, associations d’idées : 1981 = on suit Maria. Tout va bien.

L’histoire d’Espagne n’est qu’un décor aux péripéties du roman : elle a bien sûr une explication aux comportements de certains, aux combats, aux guerres et autres batailles, mais au fond, je n’y ai pas accordé d’importance, et cela n’a pas gâché ma lecture. Ce qui importe, au fond, ce sont les aventures et révélations humaines, les trahisons, les secrets, les douleurs des personnages, et les liens qui existent entre eux, malgré leur volonté.

Au final, l’auteur propose un récit bien ficelé, qui tient le coup jusqu’au bout. Les révélations parsemées au fil des pages entretiennent le suspense. Les personnages, ni blancs ni noirs, ont tous une part sombre en eux, quelque chose qui les ronge et les empêche d’avancer. La délivrance finale prend plusieurs formes : tuerie, suicide, disparition, solitude… Rien de très gai, je vous l’accorde, mais tout cela a le mérite d’apaiser tout le monde.

Seule déception : l’allusion au samouraï, qui apparaît un peu comme un cheveu sur la soupe dans ce récit espagnol. Le titre, bien que très joli, rappelle seulement quelques phrases du livre. Peut-être aurait-il fallu plus développer cet aspect, ou l’oublier totalement.

Cela dit, ce petit bémol reste un détail. Un bon roman, donc. Je dirais même plus : une bonne surprise ! Idéal pour les vacances à venir.

DEL ÁRBOL Víctor, La Tristesse du Samouraï, Editions Actes Sud, 2012 (2011 pour la version originale), traduit de l’espagnol par Claude Bleton, 351 pages