Livres

Charly 9, Jean Teulé

teule-charly-9Pourquoi ce livre ?

Vous le savez, Jean Teulé fait partie de mes auteurs préférés. J’ai donc comme objectif de lire tous ses romans. J’avais trouvé celui-ci en broché à 1€ en occasion chez Book-Off à Paris, il dormait depuis sur une étagère, jusqu’à ce que j’ai envie de le dévorer récemment !

De quoi ça parle ?

Charles IX, jeune roi de France, ordonne le massacre de la Saint-Barthélemy, sous la pression de sa mère. Une extermination des Protestants qui s’étend à toute la France et devient incontrôlable… Le jeune homme ne s’en remet pas et sombre peu à peu dans la folie.

Mon avis

C’est encore une fois du Teulé tout craché. L’ordonnance du massacre au début du livre est un coup de maître de l’auteur : en quelques pages, à travers un dialogue redoutable, on comprend tout. Charles IX devient Charly 9. Il ne résiste pas aux demandes insistantes de ses proches et ordonne le massacre des Protestants. C’est un jeune roi transformé que l’on retrouve dans les pages suivantes : le voilà qui décapite les animaux et s’en fait des vêtements, il torture les oiseaux, chasse le cerf dans les couloirs du Louvre, distribue du muguet pour nourrir et porter bonheur aux Parisiens affamés, en ignorant que la plante est toxique, remplit les caisses du royaume avec de la fausse monnaie…

Le portrait de Charly 9 est à la fois drôle, touchant et terrifiant. Les mots de Teulé, crus, précis, modernes, entourés d’une ponctuation mouvementée, font de ce roi incompris et cruel un homme perdu, manipulé, qui redevient sauvage pour oublier ce qu’il a pu commettre.

C’est un roman vraiment fascinant qui se savoure et se découvre très rapidement, grâce à ses nombreux dialogues. Teulé maîtrise incontestablement l’écriture. Une fois de plus, il met en scène un personnage hors du commun avec un vocabulaire très riche et un sens de la formule. J’adore !

Livres

L’ultime secret du Christ, José Rodrigues dos Santos

lultime-secret-du-christPourquoi ce livre ?

Ce roman fait partie de la sélection imposée du Prix de la Critique Littéraire de Puteaux, auquel je participe.

De quoi ça parle ?

Dès le début de l’histoire, une paléographe reconnue est retrouvée égorgée dans la bibliothèque vaticane de Rome. A côté d’elle, les enquêteurs trouvent un étrange message codé. Ils font alors appel à Tomás, cryptologue particulièrement doué pour déchiffrer la Bible, afin d’expliquer cet horrible meurtre. Mais l’enquête ne va pas s’arrêter là : d’autres meurtres sont commis ailleurs en Europe et ils semblent trop similaires au premier pour être de simples coïncidences…

Mon avis

Le début de L’ultime secret du Christ commençait bien : Patricia Escalona, paléographe espagnole, venait d’être retrouvée égorgée dans la bibliothèque vaticane de Rome, près d’un étrange message codé. Le contexte parfaitement dressé, l’histoire allait pouvoir se dérouler. C’était sans compter sur l’invasion régulière de l’auteur, brutale et fastidieuse, qui semblait alors venir volontairement déconstruire le récit et réduire le suspense à néant.

Car c’est bien cela qui pose majoritairement problème à ce roman historique : de longues analyses de textes bibliques ponctuent le livre et empêchent inévitablement le déroulement de l’histoire. On sent, derrière ces lignes richement documentées, la passion de l’auteur pour l’histoire de Jésus. L’enquête policière, prétexte à ces révélations historiques, n’est alors qu’affaiblie et perd de l’intérêt.

Mais parce qu’il faut bien une histoire pour appuyer la parole de l’auteur, celui-ci s’empresse d’utiliser un procédé littéraire connu de tous les amateurs de thrillers, qui consiste à terminer chaque chapitre d’une phrase révélatrice, à la fois lourde de sens et énigmatique. C’est notamment ce qui fait le charme des « page-turners », qu’on ne peut s’empêcher d’arrêter de lire. L’ultime secret du Christ n’en est malheureusement pas un : répéter ce schéma à chaque chapitre, après une longue étude de la Bible, apporte finalement un côté artificiel au récit. José Rodrigues dos Santos aurait peut-être dû écrire tout simplement un essai sur Jésus…

Cet aspect stylistique mis à part, l’enquête policière finit néanmoins par attirer l’attention. Même si leurs personnalités ne sont pas assez creusées, Valentina, l’enquêtrice italienne, et Tomás, le héros cryptologue, relancent habilement la narration. Les cent dernières pages, bien qu’un peu tirées par les cheveux, ont aussi le mérite de maintenir le suspense et d’accrocher le lecteur – enfin !

Rendons aussi hommage à l’aspect scientifique du roman et aux nombreuses recherches documentaires effectuées par l’auteur. La vie de Jésus est intelligemment décortiquée et toujours étayée de preuves, elles-mêmes certifiées par l’écrivain à la fin du livre. On aurait tendance à se lancer dans d’autres lectures à ce propos afin d’en savoir un peu plus… Eveiller la curiosité du lecteur, même s’il n’est a priori pas séduit par le sujet, est, avouons-le, une réussite.

Il est donc nécessaire d’être averti : L’ultime secret du Christ se lit avant tout comme une démonstration historique et scientifique. Les amateurs de romans policiers risquent d’être déçus…

SANTOS, José Rodrigues dos, L’ultime secret du Christ, éditions Hervé Chopin, 2013 (2011 pour l’édition originale), traduit par Carlos Batista, 493 pages