Livres

Garde tes larmes pour plus tard, Alix de Saint-André

gardeteslarmespourplustard-alix-desaintandrePourquoi ce livre ?

Il s’agit du dernier livre de la sélection du Prix de la Critique Littéraire de Puteaux !

De quoi ça parle ?

Alix de Saint-André, journaliste à Elle puis auteur, mène l’enquête sur les origines et la famille mystérieuses de Françoise Giroud, fondatrice de l’Express, romancière et ancienne secrétaire d’Etat à la culture et chargée de la condition féminine sous Giscard d’Estaing.

Mon avis

L’entrée en matière est efficace : Françoise Giroud meurt, en laissant de nombreux mystères familiaux derrière elle. Sa première biographie la discrédite, l’accuse d’antisémitisme et attise le feu vengeur d’Alix de Saint-André, journaliste talentueuse amie de la grande dame. Elle attrape sa plume, contacte Caroline Eliacheff, fille de Françoise Giroud, et décide de jouer les Sherlock Holmes pour démêler tous les nœuds de la vie de cette famille, éclairer les zones d’ombres, rétablir les faits et stopper la rumeur.

Très vite, donc, le livre entraîne le lecteur et lui promet une belle investigation. Mais il faut probablement connaître Françoise Giroud pour apprécier à juste valeur l’enquête d’Alix de Saint-André : connaître le personnage, son parcours et les polémiques qu’elle suscitait… Sans cela, il manque un petit plus, un poil de biographie, un soupçon de photographies. Bien évidemment, le lecteur peut à loisir faire sa propre petite enquête. Une démarche nécessaire qui n’aurait pas dû l’être mais qui permet de visualiser le contexte et la femme qu’était Françoise Giroud.

Cela étant fait, on apprécie enfin les multiples échanges entre Alix et Caroline, leurs découvertes fascinantes sur la famille de Françoise Giroud, ses parents et grands-parents. Il arrive pourtant que l’on décroche, car la remontée dans l’arbre généalogique se fait trop précise, trop pointue, et l’on ne sait plus qui est qui. On retient en revanche la pudeur de Françoise à propos de ses origines juives, le combat politique de son père, la soif de vérité de son petit-fils devenu rabbin… Une famille riche et complexe !

La plume de l’auteur, quant à elle, retranscrit un attachement certain pour Françoise Giroud. Acérée, précise et directe, elle attaque les détracteurs de la fondatrice de l’Express, relate l’enquête dans ses moindres détails, remercie ceux qui permettent certaines révélations et rend compte de la difficulté de la recherche généalogique. Peut-être un peu trop long et détaillé, Garde tes larmes pour plus tard reste un bel ouvrage, entre biographie et essai, dressant le portrait raturé et rafistolé d’une femme hors du commun, à la manière d’un puzzle que l’on reconstitue enfin.

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SAINT-ANDRE (de) Alix, Garde tes larmes pour plus tard, éditions Gallimard, 2013, 289 pages

Livres

L’ultime secret du Christ, José Rodrigues dos Santos

lultime-secret-du-christPourquoi ce livre ?

Ce roman fait partie de la sélection imposée du Prix de la Critique Littéraire de Puteaux, auquel je participe.

De quoi ça parle ?

Dès le début de l’histoire, une paléographe reconnue est retrouvée égorgée dans la bibliothèque vaticane de Rome. A côté d’elle, les enquêteurs trouvent un étrange message codé. Ils font alors appel à Tomás, cryptologue particulièrement doué pour déchiffrer la Bible, afin d’expliquer cet horrible meurtre. Mais l’enquête ne va pas s’arrêter là : d’autres meurtres sont commis ailleurs en Europe et ils semblent trop similaires au premier pour être de simples coïncidences…

Mon avis

Le début de L’ultime secret du Christ commençait bien : Patricia Escalona, paléographe espagnole, venait d’être retrouvée égorgée dans la bibliothèque vaticane de Rome, près d’un étrange message codé. Le contexte parfaitement dressé, l’histoire allait pouvoir se dérouler. C’était sans compter sur l’invasion régulière de l’auteur, brutale et fastidieuse, qui semblait alors venir volontairement déconstruire le récit et réduire le suspense à néant.

Car c’est bien cela qui pose majoritairement problème à ce roman historique : de longues analyses de textes bibliques ponctuent le livre et empêchent inévitablement le déroulement de l’histoire. On sent, derrière ces lignes richement documentées, la passion de l’auteur pour l’histoire de Jésus. L’enquête policière, prétexte à ces révélations historiques, n’est alors qu’affaiblie et perd de l’intérêt.

Mais parce qu’il faut bien une histoire pour appuyer la parole de l’auteur, celui-ci s’empresse d’utiliser un procédé littéraire connu de tous les amateurs de thrillers, qui consiste à terminer chaque chapitre d’une phrase révélatrice, à la fois lourde de sens et énigmatique. C’est notamment ce qui fait le charme des « page-turners », qu’on ne peut s’empêcher d’arrêter de lire. L’ultime secret du Christ n’en est malheureusement pas un : répéter ce schéma à chaque chapitre, après une longue étude de la Bible, apporte finalement un côté artificiel au récit. José Rodrigues dos Santos aurait peut-être dû écrire tout simplement un essai sur Jésus…

Cet aspect stylistique mis à part, l’enquête policière finit néanmoins par attirer l’attention. Même si leurs personnalités ne sont pas assez creusées, Valentina, l’enquêtrice italienne, et Tomás, le héros cryptologue, relancent habilement la narration. Les cent dernières pages, bien qu’un peu tirées par les cheveux, ont aussi le mérite de maintenir le suspense et d’accrocher le lecteur – enfin !

Rendons aussi hommage à l’aspect scientifique du roman et aux nombreuses recherches documentaires effectuées par l’auteur. La vie de Jésus est intelligemment décortiquée et toujours étayée de preuves, elles-mêmes certifiées par l’écrivain à la fin du livre. On aurait tendance à se lancer dans d’autres lectures à ce propos afin d’en savoir un peu plus… Eveiller la curiosité du lecteur, même s’il n’est a priori pas séduit par le sujet, est, avouons-le, une réussite.

Il est donc nécessaire d’être averti : L’ultime secret du Christ se lit avant tout comme une démonstration historique et scientifique. Les amateurs de romans policiers risquent d’être déçus…

SANTOS, José Rodrigues dos, L’ultime secret du Christ, éditions Hervé Chopin, 2013 (2011 pour l’édition originale), traduit par Carlos Batista, 493 pages

Livres

Merde à la déprime, Jacques Séguéla

merde-a-la-deprimePourquoi ce livre ?

Il s’agit du troisième livre imposé pour le Prix de la Critique Littéraire de Puteaux.

De quoi ça parle ?

Dans ce court essai, Jacques Séguéla donne sa recette miracle pour que nous, Français, arrêtions d’être grincheux et déprimés. Il liste donc les points positifs et invite ses lecteurs à prendre les choses en main, notamment en travaillant et en innovant.

Mon avis

La couverture, simple et amusante, appelle immédiatement à la lecture. Difficile de résister au smiley rouge qui nous promet une recette miracle pour retrouver le sourire en ces temps de crise. La longueur du livre, relativement courte, séduit aussi le lecteur, tout comme les chapitres aérés et la police de caractères grande et ronde. Le livre en main, on n’a qu’une hâte : le commencer.

Mais le contenu du bouquin, alors ? Va-t-on enfin apprendre à voir la vie en rose, nous, Français grognons et déprimés ? Après la dernière page, saura-t-on comment reprendre sa vie en main, mettre de côté les problèmes de tous les jours, les interrogations, les doutes ? Tout cela n’est pas évident… Séguéla, plein d’entrain, pointe du doigt tout ce qui va bien chez nous : le luxe se porte à merveille, on fabrique de beaux avions, on a de grandes écoles, notre pays est plein de touristes… Génial !

Pas d’argent pour une grande école, pas l’envie de faire de l’économie, de la publicité ou du commerce ? Adeptes de la littérature, des études artistiques, passionnés de sciences humaines, de psychologie ou d’histoire-géographie, changez de voie, voyons. Tout cela est inutile. Pensez argent et travail ! TRA-VAIL, on vous dit. Il n’y a que cela de vrai ! Travaillez beaucoup, tout le temps, faites fumer vos neurones pour faire décoller le PIB français, et vous retrouverez alors le moral et la joie de vivre. Le chômage ? Chers Français, vous n’avez qu’à inventer de magnifiques inventions, telles la fourchette-régime ou la balance connectée, merveilleusement utiles !

Séguéla voue donc un culte au travail et nous le fait savoir. Mais sait-il que le bonheur passe aussi – et surtout ! – par la vie familiale, les relations amicales, l’environnement, le savoir-vivre, le respect de l’autre, l’entraide ? Consacrer sa vie au travail est sans doute une source de joie pour certains, mais il est aussi source de stress pour beaucoup. L’auteur, en poussant à travailler et inventer des outils 100 % français, oublie le contexte : pour se lancer sereinement dans une aventure, il faut peut-être déjà avoir un logement digne de ce nom, de quoi se nourrir plus décemment, une aide sociale et sanitaire égale pour tous. Et surtout avoir l’envie !

Seul point positif : l’auteur met en avant le rôle des femmes et des jeunes. Il compte même sur eux pour redonner de l’espoir aux Français. De manière générale, Séguéla a donc le mérite de ne pas laisser indifférent. Il lance le débat : que faire pour retrouver le sourire ? Vaste question. Malgré son discours à sens unique, ce court ouvrage est plaisant à lire : il donne à réfléchir et c’est déjà une bonne chose.

SEGUELA Jacques, Merde à la déprime, éditions Jean-Claude Gawsewitch, 2013, 158 pages